120 nouveaux cancers du sein chaque année

    jeudi 15 octobre 2015

    La journée de lutte contre le cancer du sein aura lieu dimanche, dans les jardins de Paofai. L’objectif : informer les femmes sur la nécessité de faire régulièrement un dépistage. Au fenua, on recense 120 nouveaux cancers du sein chaque année.

    “Quand on cherche le cancer on peut le trouver, c’est tout le sens du dépistage”, explique le radiologue Pierre Catteau, qui sera présent dimanche dans les jardins de Paofai, à l’occasion de la journée de lutte contre le cancer du sein.  
    Ce spécialiste y donnera une mini-conférence, gratuite et ouverte à tous, sur le dépistage du cancer du sein. Il reviendra en détail sur le grand avantage de réaliser une mammographie tous les deux ans dès l’âge de 50 ans. “Il m’arrive de trouver des cancers de la taille d’un demi-grain de riz. De cette taille, non seulement ils sont très vite soignés, mais en plus, ils ne nécessitent pas de grosse chirurgie, ni d’ablation”, assure-t-il.
    Cet examen pris en charge par la direction de la santé est considéré comme vital. Pourtant, en Polynésie, seules 30 % des femmes de cette tranche d’âge vont se faire dépister.
    “Trois Polynésiennes sur dix de plus de 50 ans vont faire leur mammographie. Pourtant, on sait que 75 % des cancers du sein se déclarent entre 50 et 65 ans, c’est donc primordial. Seulement pour faire cet examen, il faut informer les femmes de ce qu’elles risquent”, explique Patricia Grand, présidente de l’antenne polynésienne de la Ligue contre le cancer.

    Douze femmes sur 100 touchées par le cancer

    En prenant conscience de l’ignorance générale sur le sujet, le docteur Catteau a décidé de sortir de son cabinet pour se rendre sur le terrain. Accompagné de Patricia Grand, il va depuis plusieurs années maintenant à la rencontre des Polynésien-
    nes. Cette année, à eux deux, ils ont mené une douzaine de réunions auprès de centaines de femmes dans plusieurs paroisses de Tahiti. Grâce à leurs interventions, certaines d’entre elles ont été pour la première fois faire leur mammographie, d’autres ont compris qu’elles avaient quelque chose d’anormal et l’ont fait constater, elles sont aujourd’hui prises en charge par les oncologues du CHPF, qui les soignent.
    Les chiffres d’ici et de métropole sont pourtant les mêmes, “sur 100 femmes, on sait que douze ont eu, ont, ou auront un cancer du sein au cours de leur vie”, précise le docteur Catteau, qui ajoute que “c’est aussi le cancer le plus courant chez la femme puisqu’il représente à lui tout seul l’équivalent de 75 % des cas de cancers féminins”.
    C’est donc dans le but de ne pas laisser de femmes mourir de ce type de cancer, aujourd’hui guérissable dans plus de 87 % des cas, que ce radiologue privé a pris son bâton de pèlerin pour informer, renseigner et prévenir la population sur la maladie et la façon de la détecter, de la surveiller et de la prendre en charge.
    Président des radiologues du fenua depuis 1993, le docteur Catteau milite grandement pour que le dépistage du cancer du sein devienne ici, comme en métropole, aux États-Unis et ailleurs, l’affaire de tous.
    Car comme toutes les actions de santé publique qui ont un coût, le dépistage a des détracteurs, tout comme la vaccination. Cependant, pour le médecin le constat est clair : “Aujourd’hui, lorsqu’on fait des dépistages, on trouve des cancers”.
    Sur 550 cancers dépistés chaque année au fenua, 120 sont des cancers du sein.

    Jennifer Rofes

     

    Quels sont les signes qui doivent pousser une femme à se faire dépister ?

    – Dans 90 % des cas, lorsqu’au toucher, on sent une grosseur, plutôt dure, qui ne fait pas mal, cela doit alerter et pousser à faire une radiographie.
    – Lorsqu’on lève les bras devant sa glace et que l’on remarque un froncement, un pli, une ride aux abords du sein, comme si la peau était aspirée de l’intérieur, cela peut être un signe de tumeur.
    – Lorsque le mamelon se rétracte, se recroqueville sur lui-même aussi.
    – Lorsqu’il y a un écoulement du mamelon, un peu brunâtre, il faut consulter.

    Comprendre le résultat d’une mammographie

    Les radiologues utilisent une classification mondialement utilisée pour traduire les résultats d’une mammographie. Il s’agit de la classification américaine de l’American College Radiology (ACR) qui se décline en cinq catégories. Pour comprendre :
    – Sur la radio est écrit ACR 1 : cela veut dire qu’il n’y a rien du tout, pas de cancer.
    – ACR 2 :  il y a quelque chose, mais ce n’est pas cancéreux, on en est sûr à 100 %.
    – ACR 3 : il y a quelque chose, ça n’a pas l’air grave, mais il faut contrôler dans six mois.
    Si cela se modifie, il faut faire une biopsie. Si cela ne bouge pas, il est déclassé en ACR2.
    – ACR 4 : il faut faire une biopsie, il y a de gros risques.
    – ACR 5: nul doute, c’est le cancer.

    Où peut-on faire son examen ?

    – À l’hôpital de Taaone.
    – À la clinique Cardella et à la clinique Paofai.
    – Au centre médical Mamao.
    – Au centre Tamanu de Punaauia.
    – Au centre Fanomai de Faa’a.
    – À Moorea.
    – À Taravao.
    – À l’hôpital de Raiatea.

    Pratique

    Pour contacter la Ligue contre le cancer : 87.79.11.97.
    Pour soutenir la Ligue, ce dimanche 18 octobre : randonnée “marche pour ses titi” à la vallée de la Fautaua, de 7 h 30 à 9 h 30. Participation de 1 000 F entièrement reversée à la Ligue.
    Inscription tous les jours de 11 h 30 à 14 heures dans les jardins de Paofai sous le fare pote’e.

    Patricia Grand, présidente de l’antenne polynésienne de la Ligue contre le cancer : “Une vie de gagnée, ça n’a pas de prix”

    Quel est le rôle de la Ligue contre le cancer en Polynésie ?
    C’est un rôle essentiellement d’information et de prévention. Depuis dès années, en partenariat avec le docteur Catteau, nous allons à la rencontre des femmes des communes de Tahiti. Cette année, nous avons été dans une douzaine de paroisses pour mener des réunions au cours desquelles on renseigne sur ce qu’est le dépistage du cancer du sein.
    Et par ce biais, nous faisons aussi de la prévention car, à chaque fois qu’on les informe, on explique pourquoi il est important de se faire dépister, quand le faire, qui aller voir…

    Lors de ces réunions, avez-vous l’impression que les femmes méconnaissent le dépistage du cancer du sein et la maladie en elle-même ?
    Ah oui, à chaque fois ! Je le vois sur le visage des femmes quand elles ont compris. Je suis convaincue que ces réunions sont essentielles. Ce n’est pas qu’auparavant, l’explication n’était pas assez claire, c’est seulement que l’explication n’avait pas été à leur niveau.
    Nous avons eu récemment le cas d’une femme qui, après avoir participé à une de nos réunions, est allée faire sa mammographie et on lui a trouvé un cancer. C’est une vie de gagnée, et une vie de gagnée, ça n’a pas de prix.

    Quelles sont les autres missions de la Ligue contre le cancer ?
    L’accompagnement, notamment avec notre psychologue Sylvie Couraud, qui représente une grande part de notre budget puisque nous la rémunérons. Elle organise une fois par mois un groupe de parole et s’occupe individuellement de chaque personne qui le nécessite.
    Le soutien financier aux familles a repris cette année, car l’année dernière, nous n’avions pas assez de sous. Lorsqu’une personne désœuvrée est évasanée, en fonction de la durée de son séjour fixée par la CPS, la Ligue lui verse de l’argent de poche compris entre 30 000 et 100 000 F.
    Enfin, nous sommes aussi le dernier recours, nous répondons à l’urgence. Il y a une semaine, nous avons fourni un ordinateur à une jeune fille de terminale qui perdait une semaine d’école à chaque fois qu’elle faisait sa chimio. Grâce à cet outil, elle peut désormais suivre ses cours à distance quand elle fait son traitement.

    Propos recueillis par Jen.R.

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