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13 ans de réclusion criminelle pour son déchaînement de violences

mardi 13 juin 2017

assises brett uturoa

“J’étais énervé ce soir-là. Avec l’alcool et tout, tu n’as plus conscience de ce que tu fais”, a expliqué le jeune homme à la barre. (© Florent Collet)

C’est encore une histoire qui démarre avec une consommation conséquente d’alcool et qui finit par une mort dramatique. Pour cette dernière journée d’audience de la session, le procès devant la cour d’assises de Brett T. n’a pas dérogé à la règle.

Des bières, du paka et deux grosses bouteilles de whiskey, ce sont les ingrédients qui ont poussé le jeune homme, aujourd’hui âgé de 22 ans, dans un déchaînement de violences aveugles ayant entraîné la mort de Maretto, alors âgé de 37 ans.

La jalousie, la pauvreté et le sexe sont les ferments d’un mélange qui a rendu explosive la nuit du 31 août 2015, à Uturoa, à Raiatea, aux abords d’un ancien enclos à cochons, où la relation particulière entre l’accusé et la victime débouche sur une multitude de coups de talon au visage et de coups de poing au torse.

Brett T. expliquera aux gendarmes avoir arrêté de frapper parce qu’il “n’en pouvait plus et avait mal aux poings”. Lorsque les secours arrivent vers 3 heures du matin, ils ne peuvent pratiquer de massage cardiaque, en dessous, “les os sont tous mous”.

Les coups de Brett T. ont réduit le thorax de Maretto en un tas d’os, foie et rate sont fracturés, le cœur est “éclaté”. À l’arrière du crâne, la victime présente une très profonde entaille, qui a, selon le médecin légiste, plongé l’homme dans le coma ; puis ses très nombreuses blessures ont causé sa mort.

 

Paka et alcool le rendent violent

 

Retour en arrière. Brett T. a été adopté par sa tante et jouit ainsi, selon les experts, d’une famille sans alcool, ni violence, un cadre structuré et sécurisant. Il suit des études jusqu’au bac pro mais abandonne quelques mois avant de passer les épreuves.

Le service militaire adapté ne sera pas une réussite non plus, il se fait exclure du camp pour y avoir amené du cannabis et fugué. Sa vie est alors faite d’oisiveté chez sa mère adoptive, de paka qu’il consomme à longueur de journée et d’alcool qui le rendent violent.

Sa mère adoptive le craint. Elle veille la nuit depuis qu’il a menacé de faire brûler leur maison et elle avoue “être soulagée qu’il soit en prison”. Pour boire, il quémande de l’argent à ses parents mais peut aussi compter sur Maretto. Ce dernier est SDF après avoir été condamné pour agression sexuelle sur sa nièce.

Mais depuis sa sortie de prison, sa gentillesse et sa capacité de travail sont louées de tous. Il est notamment employé de la famille de l’accusé. La mère dit d’ailleurs qu’elle le“préfère à Brett et son frère”.

Maretto paie donc souvent à boire à Brett T. et son frère. En échange, il aime aussi “faire des bisous dans le cou et caresser les cheveux” de Brett T., comme le remarque l’entourage.

Mais Maretto demande “quotidiennement” au jeune homme de pouvoir pratiquer sur lui des fellations. Cela est déjà arrivé une dizaine de fois. Brett T. l’aurait aussi sodomisé.

Ce soir-là, Maretto se montre encore pressant. Il finit par obtenir satisfaction, lorsque les partenaires de boisson ne sont plus là. Sauf qu’à peine l’acte entamé, Maretto se rend compte qu’ils sont espionnés depuis le toit, ce qui, selon l’accusé, l’aurait énervé.

La soirée se termine là sauf que, quelques heures plus tard, Brett T., seul témoin, alors dans sa chambre, entend Maretto crier et taper. Lorsqu’il sort de sa chambre, il voit Maretto vouloir le provoquer à la bagarre puis lui lancer une bouteille vide au visage et le manquer.

Brett T. le prend alors en chasse, mais sa proie se prend le corps dans des fils barbelés et tombe à la renverse. Brett T. affirme que sa victime ne bougeait alors plus. Les coups tombent.

À la barre hier, l’accusé ne peut l’expliquer. “J’étais énervé ce soir-là. Avec l’alcool et tout, tu n’as plus conscience de ce que tu fais.”

 

“Un nombre impressionnant de mensonges”

 

Peu disert, Brett T. revient sur ses déclarations et celles de ses proches durant l’enquête. Il nie par exemple avoir montré une vidéo de Maretto en train de pratiquer une fellation sur lui. Mais il finira par le reconnaître qu’après que son frère l’a confirmé à l’audience.

“Le nombre de mensonges qu’il a débité à l’audience aujourd’hui est impressionnant”, a ainsi remarqué l’avocate générale. Cette dernière a également demandé à ce que deux questions supplémentaires soient posées aux jurés ; à savoir si Brett T. avait utilisé une arme, la représentante du ministère public estimant que les blessures infligées ne sont pas les seuls résultats de coups de pied et poing.

L’avocate générale a également estimé que les coups avaient été portés sur une personne vulnérable, la victime étant inconsciente au moment où elle a été frappée. Pour elle, Brett T. “a fait payer à Maretto le fait de renvoyer une image de lui qu’il n’aime pas, de le faire passer pour un homosexuel”.

“Il ne s’aime pas dans ce rôle de prostitué. Et surtout, il lui fait payer d’être plus apprécié des parents que lui et ses frères et sœurs.” 

Estimant qu’il “doit être confronté à la rigueur de la loi, le seul langage qu’il comprenne”, elle a requis 15 ans de réclusion criminelle. “Si Maretto n’était pas venu dans cette famille, Brett T. ne serait pas là aujourd’hui”, a conclu, de son côté, Me Ceran-Jerusalemy, l’avocat de l’accusé qui s’est attaché à montrer que son client n’était que la victime de Maretto.

“C’est la victime qui invite à boire, et mon client est énervé car il découvre son côté pervers. Le pervers, c’est lui.”

L’avocat rappelle que le harcèlement pour faire des fellations était quotidien et que la victime n’acceptait que lorsqu’elle avait bu. Au final, Brett T. écope de 13 ans de réclusion criminelle. 

F.C.

 

 

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