150 ans de présence chinoise en Polynésie

dimanche 14 juin 2015

Tous ces hommes et femmes ont apporté leur pierre à l’édifice de la communauté chinoise de Tahiti.

 

Mireille Rochette, 44 ans, directrice du collège Anne-Marie Javouhey : “Je me sens polynésienne et chinoise à la fois”

“Je me sens polynésienne et chinoise, les deux à la fois. Je suis née à Papeete, mes parents sont Chinois. Ma mère était institutrice à l’école primaire Notre-Dame-des-Anges à Faa’a et mon père boulanger à Faa’a. Je comprends le tahitien et le hakka, j’écris un peu le mandarin mais je suis à l’aise en anglais. Lorsque j’étais étudiante, j’ai réalisé ma soutenance de thèse sur la communauté chinoise à Hawaii. Des Chinois plus nombreux à s’installer sur ce territoire américain qu’en Polynésie française. Ces Chinois installés à Hawaii viennent de plusieurs régions de Chine. J’ai réalisé mon mémoire lorsque j’étais étudiante à l’Université Paul-Valéry à Montpellier. Comme j’étais une étudiante dans le département anglais, il fallait faire une thèse sur le monde anglo-saxon et c’est ainsi que je me suis intéressée à la communauté chinoise de Hawaii et non à celle de la Polynésie française. Aujourd’hui, ma grand-mère éduque mes enfants en leur parlant en hakka. J’ai trois enfants. Deux ont pris l’option mandarin au collège La Mennais et la dernière est scolarisée à l’école de la Mission en classe de CE1. Elle n’a que sept ans. À la maison, je parle hakka avec ma grand-mère et mon père, malgré qu’il parle le français. Je me sens très bien intégrée dans la société polynésienne. Je me sens pleinement chinoise et polynésienne à la fois. Je continue à pratiquer la culture chinoise par exemple, je me suis inscrite à des cours de Tai Chi, je participe aux festivités du Nouvel An chinois. Sinon à la maison, on célèbre l’année chinoise en famille, malgré que jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais visité la Chine.”

 

Karine Giraud, 44 ans, directrice adjointe de l’école élémentaire Sainte-Thérèse-Saint-Paul : “La communauté chinoise est bien mélangée”

« J’ai beaucoup d’amis polynésiens. Aujourd’hui, la communauté chinoise est bien mélangée. D’ailleurs, mon mari est européen.
Mes deux parents sont Chinois. Ma mère est originaire de Hong Kong et mon père est d’ici. Je suis née à Papeete. Petite, j’allais à l’école chinoise uniquement pendant les vacances. J’ai fait mes études à l’école de la Mission, au collège Anne-Marie-Javouhey et au lycée La Mennais. Je ne parle pas très bien le tahitien, ni le hakka. Il y a douze ans, j’ai étudié, pendant un an, le mandarin, au sein de l’association philanthropique chinoise. Et ma fille, scolarisée au collège La Mennais, a pris l’option mandarin. On ne fête pas le Nouvel An chinois à la maison. Mais on le célèbre à l’école, qui accueille beaucoup d’élèves issus de la communauté chinoise.”

 

Roland Sam, 52 ans, vice-président de l’association Koo Men Tong 1 : “Beaucoup de Polynésiens découvrent qu’ils ont un ancêtre chinois”

“De nos jours, beaucoup de Polynésiens découvrent qu’ils ont des ancêtres chinois. Voilà pourquoi c’est important de présenter cette exposition à la Maison de la culture. C’est quelque chose d’historique autour d’un rassemblement polynésien, un regard sur le passé car tous ces premiers Chinois qui sont arrivés en masse ont fondé une famille, donc il y a eu des descendants auprès de la population locale. À titre d’exemple, l’association les 7 villages, bien connue au sein de la communauté chinoise, tire son fondement auprès des ces ancêtres venus de Chine par bateau, les fondateurs sont issus de ces migrants chinois. C’est une bonne chose de transmettre tout ce patrimoine historique à la nouvelle génération. C’est aussi de la culture qu’on perpétue et justement le Ka-San, c’est quoi ? C’est le culte des ancêtres. Moi, tous les ans, je célèbre le Ka-San et j’encourage les jeunes à faire de même. Il faut aussi participer à toutes les traditions chinoises, sinon, elles vont disparaître à jamais. Je me souviens que ma tante ainsi que ma grand-mère avaient les pieds bandés.”

 

Stella Jouen, 87 ans, retraitée et membre de l’association Koo Men Tong 1 : “Je suis plus chinoise que polynésienne”

“Je me sens plus chinoise que polynésienne. Mes parents sont originaires de Hongkong et ils sont venus faire commerce en Polynésie du côté de l’atoll de Kaukura (Tuamotu), c’est ainsi que je suis née à Kaukura. Mes parents ont ouvert un magasin d’alimentation générale dénommé « Chee Fat » à Kaukura, magasin qui n’existe plus aujourd’hui. Je parle un peu le tahitien et un peu le français mais je parle couramment le chinois (hakka). Je suis descendue de Kaukura à l’âge de 12 ans pour être scolarisée à l’école chinoise Koo Men Tong 1 (KMT 1) car je me souviens qu’à l’époque, je voulais aller à l’école des sœurs, mais la direction a refusé ma candidature du fait que j’étais trop âgée. En conséquence, mes parents m’ont inscrite à l’école KMT 1 pour étudier le chinois jusqu’à l’âge de mes 18 ans. Je me suis mariée à la façon chinoise et pour le mariage civil à la mairie, ce n’était qu’une pure formalité administrative, venue beaucoup plus tard. Mais je me suis également mariée à la paroisse Sainte-Trinité et c’est le père Lucien Law qui a célébré notre union. J’ai travaillé dans un restaurant-café qui n’existe plus aujourd’hui. À cette époque, il était situé en face du magasin Ariana, là où se trouve aujourd’hui l’agence Banque de Tahiti. Puis j’ai quitté ce poste pour travailler au restaurant Bambou, j’ai démissionné pour aller travailler dans une société d’importation de produits hygiéniques et de bazar, puis dans un magasin à Tipaerui. Depuis 1978, je fais de la pâtisserie chez moi à la maison, jusqu’à maintenant. J’habite à Mahina. J’ai cinq enfants, six mootua et six hinarere.”

 

La francisation des noms chinois

Si aujourd’hui, les noms chinois n’existent plus car ils ont été francisés, le parcours n’a pas été du tout un long fleuve tranquille. “Avec la reconnaissance de la République populaire de Chine par la France en janvier 1964, a été adopté par le gouvernement français de l’époque, un assouplissement des procédures de naturalisation des ressortissants de Polynésie. Désormais, une certaine automaticité était retenue et des directives étaient données pour que les demandes soient traitées avec bienveillance. Il fallait néanmoins remplir des formalités fastidieuses” explique l’association Si Ni Tong. Avant de passer à l’acte juridique de la francisation d’un nom de famille, l’administration d’État lançait systématiquement une enquête auprès de la famille chinoise. Des anciens se souviennent que certains documents demandaient si la famille utilisait des baguettes ou des fourchettes lors des repas ! Des noms francisés sont apparus dans l’état civil des mairies tel que Chansin, Chanteau, Beaumont, Larson, Lausan, Suard, Vanselme, Chevouline, Tanseau, etc. L’association Si Ni Tong a prévu une troisième exposition en septembre et elle retracera la période allant de 1911 à 1973, année de la naturalisation massive des Chinois de Tahiti.

 

Le Ka-San, l’hommage aux disparus

Deux fois par an, les Chinois effectuent le traditionnel Ka-San au cimetière chinois de Arue communément appelé Chemin du repos éternel. En Chine, la mort est entourée de rites et lorsque les Chinois sont arrivés à Tahiti, ils ont continué à perpétuer ces rites. Ainsi à chaque Ka-San, les familles se rendent au cimetière, surtout les week-ends, et effectuent cette cérémonie qui consiste à rendre hommage à leurs défunts. Elles apportent des offrandes : de la nourriture, des fruits secs, des fruits exotiques… D’autres apportent de la boisson comme le thé de Chine et le vin rouge de France. On brûle de l’encens, des faux billets de banque, des faux vêtements en papier et on se prosterne devant le tombeau. La première période de Ka-San se situe en avril (Quinming), la seconde en octobre-novembre.

 

Un temple chinois à la toiture de pagode

En Polynésie française, il existe quelques signes voyants de la présence chinoise, notamment le cimetière chinois mais surtout le temple Kanti à Mamao. Selon l’association Si Ni Tong qui gère ce bâtiment, nul ne peut établir avec certitude la date de construction de l’ancien temple chinois, entièrement construit en bois et détruit par un violent incendie le 18 mai 1981. « On parle bien d’une tablette avec une inscription de bon augure accrochée à l’entrée du vieux temple. Elle portait une date de donation An 3 du règne Tsun Tsi, ce qui correspond à l’année 1864 du calendrier occidental. Peut-on pour autant en conclure que sa construction est antérieure à cette année là ? Si c’était le cas, elle serait le fait des Chinois établis à Tahiti avant l’arrivée des coolies », explique un membre de Si Ni Tong. La reconstruction a mobilisé la communauté chinoise toute entière. Architecture classique inspirée d’extrême-orient avec un toit en pagode. Le plan a été dessiné par un architecte de Taiwan. Deux ans de travaux pour une inauguration en mai 1987 en présence de Michel Law.

 

lebororo 2015-06-15 13:19:00
Les chinois ont été "propres" aussi...
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