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193 ne comprend pas les avis défavorables du Civen

mardi 7 août 2018

193

Des victimes ayant déposé des dossiers avec l’aide de 193. L’association réclame une antenne locale du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires. (© Damien Grivois)


Après 18 mois d’existence, 193 a fait le point hier sur les dossiers de demandes d’indemnisation. L’association va attaquer les avis défavorables du Civen devant le tribunal administratif. Elle répète ses revendications : extension de la liste des maladies radio-induites, retrait de la date limite d’éligibilité…

“Nous nous demandons si le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, le Civen n’est pas en train de nous remettre une couche de risque négligeable…”

Après 18 mois d’existence, 193 a fait, hier, à Paofai, le point sur les demandes d’indemnisation que l’association accompagne : 170 familles rencontrées, 75 dossiers expédiés, 60 recensés par le Civen, et 14 dossiers examinés en juin et juillet 2018, dont 6 ont reçu un avis défavorable.

Le Civen a motivé l’un de ces refus par le fait que le demandeur a été exposé à une contamination jugée trop faible, inférieure à 1 millisievert sur 12 mois consécutifs. “Il en résulte que vous n’avez pas subi d’exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français”, écrit le Comité d’indemnisation.

193 ne comprend pas cette argumentation “puisque la notion de risque négligeable a disparu de la loi Morin”. L’association s’interroge sur la méthode de calculs appliquée par le Civen et annonce que des recours individuels ont été déposés auprès du tribunal administratif de Papeete.

Elle interpelle les trois parlementaires polynésiens de la Commission mixte paritaire, et leur demande de s’engager davantage, notamment pour la mise en place de l’audition par visioconférence des victimes par le Civen.

193 rappelle ses revendications : extension de la liste des maladies radio-induites à l’identique de la liste américaine, retrait de la date limite d’éligibilité fixée fin 1998, prise en charge des enfants atteints de malformations, “prise en charge totale par l’État français, dès la déclaration de la maladie” et réalisation d’études sur les maladies dites transgénérationnelles.

 

“Risque d’explosion sociale”

 

193 se réjouit malgré tout que ses premiers dossiers aient été examinés. “Il est possible de constituer un dossier de demande d’indemnisation sans passer par un avocat”, souligne l’association, qui rappelle les conditions d’éligibilité de la loi Morin : avoir séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998, et développer ou être décédé d’une des 21 maladies radio-induites listées. Par la voix de son président, 193 envoie un message de défiance à la classe politique.

“Il y a ici des victimes avec nous. De vrais visages. Ces avancées sont le fruit du travail des associations”, a déclaré Auguste Uebe Carlson, qui estime que les 55 000 pétitionnaires en faveur d’un référendum local ont influencé l’attitude des politiques.

“Il y a un peuple qui se lève. Une urgence qui risque de créer une nouvelle explosion sociale.”
Et de menacer : “Nous ne tolérerons pas les tentatives de récupération politicienne.”

 

Damien Grivois

 

À l’ONU, un paragraphe voyageur fait s’enflammer 193

“À l’ONU, le paragraphe de la résolution du 6 décembre 2016 sur les retombées environnementales, écologiques, sanitaires et autres des essais nucléaires a été retiré en juin, à la demande de Manuel Terai, représentant du gouvernement local”, a accusé hier le père Carlson. “Nous considérons, comme le pasteur Tapati de l’Église protestante maohi, que les représentants du Pays ne doivent pas être les envoyés de l’État à l’ONU…”

Le gouvernement assure que l’intervention de Manuel Terai devant le comité des 24 ne concernait pas le point 11 du projet de résolution, contrairement aux affirmations de 193. “La demande du délégué aux affaires internationales portait sur le point 6 qui fait état d’une évaluation qui n’a jamais été portée à notre connaissance”, a expliqué hier la présidence du Pays.

L’exposé du représentant de la Polynésie française en date du 22 juin, que La Dépêche a consulté, n’évoque que la situation politique et institutionnelle. “Nous venons effectivement de constater que le point 11 a été supprimé. Mais ce n’est pas le seul. Le Comité est libre de sa rédaction et on ne peut imputer à la Polynésie française le retrait de ce point”, précise le gouvernement, qui note que dans les considérants figurant à la page 2 du nouveau projet de juin, le paragraphe 8 reprend les termes de l’ancien point 11.

Le document de l’ONU A/AC.109/2018/L.24 mentionne en effet : – “Consciente des importantes retombées sanitaires et environnementales des essais nucléaires pratiqués dans le territoire par la Puissance administrante pendant 30 ans et des inquiétudes que suscitent dans le territoire les conséquences de ces activités sur la vie et la santé des populations. (…)

– Rappelant le rapport du secrétaire général sur les retombées environnementales, écologiques, sanitaires et autres des essais nucléaires (…) établi conformément au para- graphe 7 de sa résolution 71/120 du 6 décembre 2016. – Notant qu’en février 2017, la Puissance administrante a modifié la loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires pour qu’un plus grand nombre de victimes puissent être indemnisées.”

 

Le malentendu 193-Regnault

193 a rencontré la presse en présence de Sandro Stephenson, le petit-fils du Pouvanaa a Oopa. Le père Carlson a critiqué à nouveau l’historien Jean-Marc Regnault, dont les propos rapportés par La Dépêche ont été manifestement mal compris.

“Pour nous, Pouvanaa est bien la première victime des essais nucléaires”, déclare 193. C’est, en l’occurence, exactement ce que dit Jean-Marc Regnault !

L’historien, sans le travail duquel la révision du procès de Pouvanaa n’aurait jamais pu être envisagée, avait apporté une précision factuelle : il n’est pas possible de dire que le metua a été arrêté “en raison de ses déclarations hostiles” au CEP. Puisqu’à la date de son arrestation, Pouvanaa n’avait jamais parlé de la bombe, ignorant même les projets de Paris concernant Moruroa.

Jean-Marc Regnault est lucide sur les motifs qui ont conduit la France à accuser Pouvanaa d’une prétendue volonté d’incendier Papeete, ses ouvrages en attestent. Ce sont bien les visées atomiques de Paris. En octobre 1958, Pouvanaa n’ayant jamais évoqué les essais nucléaires, il ne pouvait donc pas être arrêté “pour ses déclarations”.

 

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