2015 rétrospective justice et faits divers – Une année endeuillée par la violence et les accidents, et marquée par des procès phare

    lundi 4 janvier 2016


    Décès de Sandy Ellacott dans des conditions tragiques

    Le 15 septembre, Sandy Ellacott décédait au centre hospitalier de Taaone, où il avait été hospitalisé en urgence quelques jours plus tôt, dans un état désespéré. La nuit du samedi au dimanche précédente, le jeune père de famille avait été violemment passé à tabac par un homme, à Bora Bora, à l’issue d’une soirée. Avec un comparse, l’agresseur présumé l’avait poursuivi en voiture avant de parvenir à l’immobiliser. Puis il l’avait sorti de son véhicule pour le rouer de coups une fois au sol.
    L’auteur des violences mortelles se trouve toujours aujourd’hui en détention provisoire à Nuutania en attendant la tenue d’un procès.

    “On ne peut pas l’accepter”

    Le second individu impliqué est, lui, libre, mais mis en examen pour non-assistance à personne en danger. Au lendemain de l’agression gratuite, le père de Sandy, Stanley Ellacott, président de la fédération d’entraide polynésienne de sauvetage en mer, faisait part de son désarroi dans nos colonnes.
    “Mon fils était un garçon gentil. Je m’investis pour sauver des vies et, là, je ne peux rien faire pour mon fils. Une telle violence, une telle sauvagerie, on ne peut pas l’accepter.” Le tragique décès du jeune homme a d’ailleurs bouleversé tous les Polynésiens. Le week-end suivant sa mort, une marche blanche pour dire “stop à la violence” est organisée par ses proches.
    “Avec l’unique fille de mon frère, nous avons décidé de dire à tous à quel point mon frère, son père, était un homme pacifiste qui ne se battait jamais. Qui ne savait pas se battre. Et nous ne voulions pas qu’il soit parti pour rien. C’est pour cela que nous avons voulu organiser une marche, pour qu’un message passe, pour qu’il n’y ait plus jamais ça”, expliquait, avec émotion, la sœur du jeune homme, Terainui. La manifestation regroupe 4 000 personnes, qui défilent silencieusement dans les rues de Papeete mais aussi à Bora Bora, où le drame s’est joué.

    Trois enfants se noient à la plage de Hitimahana

    Samedi 15 août devait être un jour de fête à Mahina, où s’achevaient les festivités du mini-Heiva. Mais c’est un terrible drame que garderont en mémoire les nombreuses personnes qui participaient à l’événement. Trois enfants de 3, 4 et 5 ans se noient ce jour-là à la plage de Hitimahana après avoir échappé un bref instant à la surveillance de leurs parents.
    “C’est à l’occasion d’une rencontre de remerciements pour l’engagement de toutes les associations des quartiers que le drame s’est produit”, expliquait le tavana de la commune, Damas Teuira.
    Un habitant des lieux témoignait également au lendemain du drame : “Les voisins étaient en train de mettre leur filet et, à l’endroit où il y a la bouée, ils ont trouvé une petite fille. Ils l’ont ramenée sur la plage. Quand les pompiers sont arrivés, ils l’ont emmenée dans leur voiture. C’est là que je suis intervenu parce qu’il y a eu un deuxième enfant. Il n’était pas loin de cette même bouée. J’ai été le chercher et je l’ai amené dans la voiture des pompiers. Après, il y a un troisième qui est remonté aussi.”

    Pas de “défaillance de surveillance”

    Malgré l’intervention rapide des secouristes, les trois enfants n’ont pu être réanimés. Immédiatement après les faits, une enquête est ouverte par le parquet de Papeete.
    Les investigations des gendarmes ne concluent à aucune “défaillance de surveillance” de la part des parents des trois jeunes victimes. “Il y avait énormément d’enfants. Ils ont perdu les leurs pendant une dizaine de minutes. Ils les ont cherchés mais dans le mauvais sens. De plus, à cet endroit où se déroulait la fête, le bord de mer n’est pas visible. Le drame a été extrêmement rapide. Des enfants de cet âge-là se noient en une minute”, expliquait le procureur de la République. 

    William Bernier, principal prévenu du procès Sofipac, tente de se suicider

    Coup de tonnerre, le 15 octobre, au palais de justice de Papeete. William Bernier, l’ancien gérant de la Sofipac et principal suspect du plus important dossier de fraude présumée à la défiscalisation qu’a connu la Polynésie, tente de mettre fin à ses jours. Quelques heures auparavant, le procureur avait requis à l’encontre de cet homme de 71 ans une peine de sept ans de prison ferme avec mandat de dépôt à Nuutania pour “escroquerie en bande organisée”. Il demande également que soit prononcée une amende de quelque 100 millions de francs.
    “Non seulement il y a escroquerie mais la morale a vraiment été bafouée. Aucun investissement productif n’a été réalisé. Aucun “petit”, pour reprendre l’expression de M. Bernier, n’a eu de boulot avec ça”, tonne le représentant du parquet.
    À la reprise de l’audience, en début d’après-midi, William Bernier n’est pas présent alors qu’il avait assisté à l’ensemble des débats depuis le début de son procès. Le septuagénaire est finalement retrouvé inconscient, dans la salle de bain de la pension de famille qu’il habite, une importante plaie à la gorge.
    “Ce qui l’a affecté, c’est le mandat de dépôt à l’issue de l’audience. Le fait de devoir aller à Nuutania, c’est cela qui a été insupportable”, indique alors son avocat.

    “Sa place n’est pas en prison”

    En raison de l’hospitalisation de son client, le procès est suspendu jusqu’au 27 octobre. “Les poursuites ne sauraient justifier qu’une personne mette fin à ses jours”, lance en préambule de sa plaidoirie son avocat. “Pour moi, sa place n’est pas en prison. Il a 71 ans et ce qu’on lui reproche n’est pas de nature à engendrer un emprisonnement”, ajoute celui-ci.
    Le jugement du tribunal correctionnel est à l’heure actuelle en délibéré. Il sera rendu le 19 janvier prochain. Contre la principale apporteuse d’affaires de la Sofipac, Yolande Wong Lam, cinq ans de prison ferme ont été requis par le procureur. 

    Une centaine de Polynésiens lésés, le parquet “met en garde” la société Get Easy

    Le 12 février, chose peu habituelle, le procureur de la République José Thorel organise une conférence de presse pour émettre une “mise en garde” visant la société Get Easy.
    Cette dernière promet à ses “clients” des rendements mirifiques de l’ordre de 200 à 300 % en investissant dans des géolocalisateurs qu’elle dit ensuite louer. Mais derrière ce procédé, la justice soupçonne en réalité une vaste escroquerie de type vente pyramidale.
    Or, une centaine de Polynésiens a “investi” dans la société pour un montant global de quelque 205 millions de francs. Le préjudice aurait même pu être bien plus conséquent puisqu’entre 600 et 700 millions de francs ont été bloqués in extremis par les banques du pays, “effarées”, alors que les fonds s’apprêtaient à quitter la Polynésie. D’où la sonnette d’alarme tirée par le procureur en début d’année.
    “Le but de cette société est de drainer un maximum de capitaux en un minimum de temps. Les rendements mirifiques promis n’ont jamais été versés. Seuls des relevés bancaires virtuels ont été fournis. On fait croire au souscripteur qu’on lui fait gagner des millions”, explique le chef du parquet de Papeete en appelant les Polynésiens à se “méfier comme de la peste de toute proposition financière faite par Internet”.
    En métropole aussi, l’Autorité des marchés financiers émet une mise en garde contre ladite société qui, sentant l’étau se resserrer, aurait changé de nom pour devenir IGetMania, Unasin ou encore collectif de souscripteurs de Get Easy.
    D’autres structures proposant des ventes de type pyramidal sont également dans le collimateur de la justice au fenua, notamment Training Sandra Network, dont la gérante est actuellement sous le coup d’une enquête. 

    J-B.C.

    Ben Benacek, le premier braqueur du pays, contraint à l’exil

    Jugé ingérable à Nuutania, le détenu Ben Benacek, le premier braqueur de l’histoire du pays, est transféré dans la nuit du 5 au 6 août dans une prison de la région parisienne, sur décision de justice. Selon la direction de la maison d’arrêt de Faa’a, le profil psychologique complexe de l’homme de 35 ans rendait son suivi impossible au fenua. À plusieurs reprises, le mois précédent, le trentenaire avait été à l’origine d’incidents. Par deux fois, il avait notamment escaladé le mur d’enceinte de Nuutania. Son transfert jusqu’en métropole s’était fait sous haute surveillance. Pour manifester son opposition, Ben Benacek a refusé de signer le passeport qu’on venait de lui remettre pour le trajet. Une autorisation spéciale des autorités américaines permettra néanmoins au détenu et à son escorte de transiter par les États-Unis.

     

    Le navigateur Laurent Bourgnon disparaît en mer

    Le 24 juin, le monde de la voile est dans l’inquiétude. Laurent Bourgnon, l’un des plus célèbres skippers français, a disparu au cours d’une plongée dans l’atoll de Toau aux Tuamotu. Le navigateur accompagnait ce jour-là des touristes pour une excursion à bord de son catamaran, le Jumbo. D’importants moyens de recherches sont rapidement mis en place par les autorités. Le frère du disparu, Yvan, fait également le déplacement en Polynésie pour aider les secours. En vain. Son corps n’a pas été retrouvé. Le 13 juillet, un hommage lui est rendu en mer, au fenua, pour saluer l’un des plus grands marins de sa génération.

     

    Dix-huit mois de prison avec sursis contre Gaston Flosse dans le dossier du SED

    Le 23 juin, Gaston Flosse est condamné par le tribunal correctionnel à 18 mois de prison avec sursis, deux ans d’inéligibilité et 2 millions de francs d’amende dans le cadre du dossier SED, les “RG” de l’ex-présidence, de 1997 à 2004. La justice lui reproche l’emploi, sur fonds publics, de ces agents de renseignement qui filaient journalistes et opposants. Une condamnation dont le Vieux Lion fait appel. Il comparaît donc de nouveau le 19 novembre. L’avocat général requiert la même peine de prison mais réclame un rallongement de la durée d’inéligibilité qu’il fixe entre trois et quatre ans. “Il mérite d’être écarté de l’échiquier politique”, tonne le représentant du ministère public. La cour d’appel rendra son délibéré le 25 février prochain.

    Un kilo et demi d’ice découvert dans un conteneur, une saisie record au fenua

    Le 10 juillet, les agents des douanes effectuent la plus importante saisie d’ice jamais réalisée au fenua. Un kilo et demi de methamphétamine est découvert dans un conteneur, dans la zone portuaire de Motu Uta, dissimulé dans un déshumidificateur. Les investigations permettent rapidement de remonter vers deux individus, dont un quadragénaire à la tête d’une petite entreprise. Mis en examen, ils sont ensuite placés en détention provisoire à Nuutania. “Je regrette ce que j’ai fait, bien sûr”, déclare le chef d’entreprise devant le juge des libertés et de la détention. Il ajoute avoir importé la drogue afin de la revendre pour éponger les dettes de sa société. La valeur marchande d’1,5 kilo d’ice est évaluée à 150 millions de francs sur le marché local.

    À Mahina, un homme tente d’égorger sa compagne et se suicide

    Lundi 2 mars, aux environs de 8 heures du matin, une importante colonne de fumée noire bouche le ciel de Mahina. Une maison est en feu dans le quartier Tirao, aux pieds du Tahara’a. En arrivant sur place, les secours découvrent une femme sous le choc, le torse ensanglanté. Elle a échappé à l’incendie mais aussi à son compagnon qui vient de tenter de l’égorger. Tout serait parti d’un différend financier. L’homme de 41 ans a ensuite de lui-même mis le feu au fare. Après avoir dit à des voisins qu’il regrettait son geste, il a mis fin à ses jours en se pendant. Les pompiers tenteront en vain de le réanimer. “On fait beaucoup pour la jeunesse mais l’on oublie les couples qui vivent des drames au quotidien. Il y a peut-être un trop gros écart entre ceux qui sont aisés et ceux qui n’ont pas de moyens”, soufflait le jour des faits le maire de Mahina.

     

    Crash d’Air Moorea : des indemnisations décevantes pour les familles

    Dans le volet civil du crash d’Air Moorea, la justice accorde, en première instance, des indemnisations allant de 100 000 F à 6 millions de francs pour les familles des 20 victimes. Des sommes bien en deçà de celles qu’espéraient les avocats des proches des disparus qui réclamaient 120 millions de francs par famille. “Les sommes me semblent particulièrement peu élevées”, déplorait un membre de l’association 987. “Il y a eu de multiples frais occasionnés par la perte de nos proches et des implications financières car certains faisaient vivre leur famille (…) Il est un peu difficile d’accepter le positionnement du tribunal.” Sur le plan pénal, l’instruction du dossier est désormais close. Un procès devant le tribunal correctionnel pourrait avoir lieu dans le courant de l’année 2016.

     

    Trente ans de prison pour les meurtres de sa mère et de sa sœur

    Le 11 septembre au soir, Raiarii Tihupe-Faana était condamné par la cour d’assises de Papeete à 30 ans de réclusion pour les meurtres de sa mère et de sa sœur fa’a’amu âgée d’à peine 14 ans. Les faits s’étaient déroulés dans la nuit du 30 au 31 août 2013 à Tubuai, aux Australes. Après avoir commis ses crimes, le jeune homme de 25 ans s’était présenté de lui-même à la gendarmerie de l’île. Les victimes avaient été poignardées alors qu’elles somnolaient dans leur salon. Au cours de son procès, l’accusé ne parvient pas à expliquer son geste. “C’était comme si j’étais possédé. Je n’avais pas de raison valable pour faire ça. Je ne sais pas comment expliquer mon acte mais je n’étais pas dans mon état normal quand ça s’est produit. Je regrette ce que j’ai fait”, dit-il depuis son box. La cour a été au-delà des réquisitions du parquet général qui réclamait une peine de 20 ans de prison. Le jeune homme a interjeté appel du verdict.

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