2015 rétrospective social – De longues grèves qui ont mis les nerfs de la population à rude épreuve

    lundi 4 janvier 2016


    CPS : les grévistes demandent la restructuration de la direction générale

    Le mouvement de grève qui a perturbé pendant plusieurs jours le fonctionnement de la Caisse de prévoyance sociale (CPS) avait commencé le 24 mars. Il s’agissait pour les grévistes de demander l’exécution du protocole de levée du préavis de grève du 8 mars, la restructuration de la direction générale de la Caisse, la pérennité du système de protection sociale et le respect des droits acquis des agents de la CPS. Le blocage des entrées de la Caisse avait empêché les visiteurs de se rendre dans les différents services et les personnels non grévistes avaient dû un temps se résigner à rester dehors ou à intégrer les différentes antennes qui n’étaient pas ou peu impactées par ce mouvement social.
    La grève s’était ensuite déplacée sur le terrain politique avec la prise de position du Medef Polynésie qui apportait son soutien au directeur de la CPS, dont le management avait fait l’objet de critiques de la part des grévistes.

    Ni gagnant ni perdant

    Finalement, la grève avait été levée mercredi 8 avril après 16 jours de conflit et s’était conclue par la signature d’un protocole d’accord dans lequel il n’y avait ni gagnant ni perdant, selon l’expression des deux parties, incluant, entre autres, la restructuration de la direction de la Caisse souhaitée par les grévistes.
    Le texte prévoyait la création d’une commission de conciliation et la nomination d’un directeur adjoint “issu du personnel de la CPS” qui recevait une délégation générale du directeur de la CPS et qui était nommé comme interlocuteur principal du personnel de la Caisse. L’intersyndical avait également obtenu que les acquis sociaux “ne soient pas la contrepartie de la participation de solidarité de l’État au régime de solidarité”, ainsi que la présence d’un représentant du personnel aux réunions du conseil d’administra-tion.
    Il avait ensuite fallu plusieurs semaines de travail intensif des salariés de la Caisse pour résorber le traitement des dossiers qui étaient restés en instance.

     

    Huilerie de Tahiti : un conflit de 47 jours qui a menacé la filière du coprah

    L’Huilerie de Tahiti a, elle aussi, connu un conflit très dur puisque, commencé le 2 avril, celui-ci s’est terminé le 18 mai par la reprise du travail des salariés, soit 47 jours de grève qui avaient mis en ébullition la filière du coprah.
    C’est le syndicat CSTP/FO qui avait mené ce conflit avec, au départ, un cahier de 14 revendications. L’absence du directeur parti en mission en métropole n’avait pas permis de débuter les négociations et il avait fallu attendre le retour de ce dernier pour entamer une première phase de discussions qui s’étaient rapidement soldées par un échec “compte tenu de la réalité économique”, selon le directeur.
    Très rapidement, les stocks disponibles avaient été livrés et les éleveurs se trouvaient confrontés à une absence de tourteaux pour nourrir leurs animaux. L’huilerie s’était ensuite trouvée confrontée à l’afflux constant de coprah provenant des îles et au manque de hangars pour le stocker. Celle-ci avait donc déployé toute son énergie à la fois pour négocier, mais aussi pour trouver des lieux de stockage afin de ne pas pénaliser les coprahculteurs des îles. L’absence d’accord et le manque de place pour stocker la production des îles avaient conduit l’huilerie à demander aux coprahculteurs et aux compagnies maritimes de ne plus charger le coprah dans les goélettes.
    La situation devenant extrêmement tendue, les politiques s’étaient emparés du dossier qui devait finalement trouver une issue favorable après un très long conflit qui aura marqué les esprits en 2015, et surtout souligné l’extrême dépendance de l’économie des îles à un conflit à Tahiti.

    Gaz de Tahiti : le haut-commissaire réquisitionne des employés

    Quelques semaines après le début du conflit à l’Huilerie de Tahiti mené par la CSTP/FO, c’était au tour de la société Gaz de Tahiti d’être confrontée le 30 avril à un préavis de grève déposé par la CSIP. La situation devenait rapidement explosive entre le syndicat et la direction au point que celle-ci n’hésitait pas à intenter une action en justice contre Cyril Le Gayic.
    Le personnel non gréviste de Gaz de Tahiti ne parvenant pas à recompléter les stocks et surtout à livrer les bouteilles de gaz dans les commerces et les stations-service, la situation était vite devenue très tendue au point que des heurts étaient signalés sur les points de vente pris d’assaut par la population.
    La direction du travail avait été sollicitée pour tenter de mettre un terme à ce conflit qui menaçait l’approvisionnement de l’ensemble de la Polynésie avec le risque de voir supprimer une rotation du méthanier chargé d’approvisionner le fenua.
    Pour la première fois, on assistait à la mise en place d’un marché noir de la bouteille de gaz, dont le prix atteignait parfois 10 000 F l’unité. Les roulottes avaient de plus en plus de mal à fonctionner ainsi que certains restaurants qui étaient obligés de fermer leurs portes.
    Face à l’intransigeance des grévistes et à la menace de pénurie généralisée, la direction de Gaz de Tahiti avait sollicité une rencontre avec le haut-commissaire pour étudier la possibilité de réquisitionner des salariés grévistes pour assurer un service minimum.
    Ce dernier devait finalement accéder à cette demande et prononcer la réquisition de quatre salariés en grève, sans aucun effet, puisque deux n’étaient pas joignables, un autre était en arrêt maladie et seul l’un d’entre eux avait rejoint son poste de travail.
    Face à la dureté du conflit, le gouvernement s’interrogeait “sur les motivations réelles à faire perdurer le conflit” et appelait la population à garder son calme, pour éviter que ne circulent de fausses informations sur le blocage de Motu Uta ou des stations-service.
    Finalement, un protocole d’accord était signé lundi 8 juin mettant un terme au conflit qui aura duré 39 jours, coûté plusieurs dizaines de millions à Gaz de Tahiti et plongé la Polynésie dans la pénurie.

    Brasserie de Tahiti : 400 millions de francs et pas de protocole d’accord

    Malgré les avancées dans les négociations, notamment sur les trois premiers points de revendications figurant sur le préavis de grève déposé par le syndicat A Tia i Mua le 24 novembre, aucun accord n’avait pu être trouvé à la Brasserie de Tahiti avant le délai légal de cinq jours imparti pour les négociations.
    La grève avait donc débuté le 30 novembre au matin dans l’usine de la Punaruu où le mouvement serait suivi, selon le syndicat, par environ 60 % des salariés. À Arue, ce serait la quasi-totalité des employés qui serait en grève, puisque selon A Tia i Mua, 90 % d’entre eux auraient cessé le travail. Rappelons que le site de la Punaruu est le siège de la production et que Arue est l’un des grands entrepôts de distribution de la Brasserie de Tahiti.
    Du côté de la direction, Thierry Mosser, directeur général de la Brasserie de Tahiti, confirmait que les trois premiers points des revendications avaient pratiquement trouvé une solution favorable, mais que les cinq autres revendications qui concernaient les avantages généraux “qui sont demandés dans un contexte économique général difficile, n’invitaient pas la direction à s’engager sur des revendications à long terme”.
    En attendant, la direction assurait que tout était mis en œuvre pour ne pas pénaliser les clients de la Brasserie et qu’en tout état de cause, “tout était fait pour que les clients ne manquent de rien” et pour éviter la pénurie des stocks.
    Dix jours plus tard, le travail reprenait à la Brasserie de Tahiti sans qu’un accord écrit n’ait été signé par les deux parties. La pénurie avait été au rendez-vous des stations-service et des petits commerçants, dont les stocks n’avaient pas été renouvelés malgré leurs appels répétés. Selon certaines sources, la grève aurait coûté environ 400 millions de francs à la Brasserie de Tahiti.

    CPS – Élection d’Yves Laugrost à la tête du CA

    C’est le 13 mars qu’a été élu Yves Laugrost, du syndicat A Tia i Mua, à la tête du conseil d’administration de la Caisse de prévoyance sociale (CPS) à l’issue d’un scrutin à deux tours par 15 voix sur 27 face à Patrick Galenon qui n’en recueillait que huit. Le nouveau bureau était donc composé d’Yves Laugrost, président, Gilles Yau, vice-président, Ronald Terorotua, secrétaire, et Alain Dusart, secrétaire adjoint. Quelques jours plus tard, la CPS était confrontée à un conflit mené par une intersyndicale regroupant les autres syndicats représentatifs au fenua.

     

    INFIRMIERS LIBÉRAUX – Mouvement de protestation contre les retards de paiement de leurs prestations

    Afin de protester contre les retards de paiement de leurs prestations, les infirmiers libéraux ont décidé à partir du 27 avril de cesser les nouvelles prises en charge “tant que la convention collective du 9 janvier 2009 fixant le paiement des factures des professionnels à 30 jours calendaires ne serait pas respectée”. Selon le Syndicat des infirmiers libéraux, ces retards, jusqu’à six mois, avaient conduit à des situations financières extrêmement pénalisantes pour certains au point que nombre d’entre eux ne pouvaient plus faire face à leurs obligations.
    Une réunion tripartite entre le ministre de la Santé, la CPS et le syndicat avait finalement réussi à débloquer la situation alors que celle-ci devenait préoccupante puisque les nouveaux patients étaient dirigés vers les services hospitaliers qui avaient de plus en plus de difficultés à les prendre en charge. Finalement, le mouvement des infirmiers libéraux se concluait le 15 mai par la signature d’un protocole d’accord après 14 jours de conflit.

     

    OPT – Grève éclair de deux jours

    L’OPT était de nouveau en grève le 1er avril, cinq mois un premier mouvement de grève en décembre 2014, après que les discussions de la veille n’aient pas permis de répondre favorablement aux revendications du syndicat interne Sapot. Celui-ci demandait notamment des précisions sur le prélèvement de 1,5 milliard de francs des caisses de l’OPT pour abonder le budget du Pays et sur la revalorisation des salaires. Le fonctionnement des agences avait été perturbé ainsi que celui du centre des chèques postaux. Finalement, un protocole d’accord avait été signé dans la nuit du 2 au 3 avril, après deux jours de grève seulement.

     

    CHPF – Grève des personnels soumis aux rayons ionisants menée par la CSTP/FO

    Les personnels du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) soumis aux rayons ionisants sont entrés en grève le 30 avril. Ils entendaient faire “respecter les protocoles d’accord du 19 janvier 2012 et du 31 mars 2015 portant notamment sur le rétablissement des congés radio accordés au personnel travaillant dans des services utilisant un appareillage produisant des rayonnements”, ainsi que la “justification de certains recrutements au sein du CHPF”.
    La grève, suspendue le 20 mai en échange de la reprise des négociations, avait ensuite été reconduite faute d’accord en laissant planer le risque d’une extension du conflit à l’ensemble des services du CHPF. Finalement, 78 salariés du CHPF entraient en grève le 3 juin pour soutenir l’intersyndicale et réclamer un accord sur les 16 points de revendications. Un accord global était trouvé le 5 juin.

     

    APRP – Grève pour protester contre un plan social

    Le mouvement de grève au sein des ateliers pour la réinsertion professionnelle des personnes handicapées (APRP) avait débuté le 18 mai. Mené par la CSIP, ce conflit entendait protester contre le plan social décidé par la direction pour sauver l’entreprise qui employait six salariés non vulnérables qui encadraient 18 travailleurs handicapés salariés et dix stagiaires handicapés. Pour la direction, ce plan social était une question de survie alors que les APRP étaient en situation de cessation de paiement “dans la mesure où il est impossible d’assurer le paiement des 30 millions de francs de créances exigibles avec l’actif disponible”. Finalement, la CSIP mettait un terme au conflit le 17 juin après un mois de grève, sans qu’un protocole d’accord n’ait toutefois été signé.

     

    Air Tahiti Nui – Turbulences syndicales

    Des perturbations agitent en ce moment le programme des vols de la compagnie au tiare malgré les négociations qui se sont tenues mardi 22 décembre entre la direction et les syndicats de pilotes. Il s’agissait pour la direction de faire lever la consigne syndicale émise par le syndicat de personnel navigant technique (SPNT) présidé par Jean-Yves Saint-Marc qui consiste à ne pas remplacer un pilote absent. Faute d’un accord, la séance avait été levée “séance tenante” par la direction. Le fossé entre ce syndicat et la direction est tel qu’aujourd’hui encore, des vols sont affectés par cette consigne obligeant la compagnie à reprogrammer des vols en fonction des absences de ses pilotes.

     

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