A Kouaoua en Nouvelle-Calédonie, le nickel bouche rivières et horizons

lundi 18 mai 2015

« La mine a tué l’esprit d’entreprise. C’est tellement plus simple d’être conducteur d’engin et salarié, on a du mal à sortir du tout nickel« , déplore Alcide Ponga, jeune maire de Kouaoua, village minier de Nouvelle-Calédonie.
Élu en mars 2014, cet athlétique père de famille de 39 ans, titulaire d’une maîtrise en sciences politiques, appartient à l’élite kanak, qui émerge depuis que l’archipel a décidé en 1988 d’opérer un rééquilibrage ethnique.
Non partisan de l’indépendance, il conduisait une liste de coalition avec des indépendantistes.
Pour atteindre le petit village qu’il administre sur la côte est, il faut suivre au cœur des montagnes une route dangereusement sinueuse, bordée d’une foisonnante végétation où voisinent fougères arborescentes, haies de bambous et alignement de bois de fer.
Emblématique des cités minières historiques du Caillou, Kouaoua, aux 1 500 âmes, est un morne hameau de maisonnettes en bois, avec une mairie, une gendarmerie, une épicerie et un terrain de foot mal entretenu.
Au milieu de ce village enclavé coule une rivière, la Kouaoua, qui rejoint la baie et que des décennies d’exploitation minière ont défigurée. A marée basse, on peut par endroits la traverser à pieds tandis que son eau est rougie et que des bancs de graviers et de cailloux assèchent la plupart de ses bras.
« Avant, les grands voiliers pouvaient naviguer sur la rivière, on y pêchait des crevettes et beaucoup de poissons. Maintenant c’est fini, il n’y a plus de fond, elle est trop engravée », se désole Boufi Couienon, un retraité de la tribu Amon-Kasiori, située en contrebas des massifs miniers.  

Cela n’empêche pas que chaque année, lors de fortes pluies, Kouaoua se retrouve inondé ; des terres jadis dédiées aux cultures vivrières sont désormais envahies par la boue. 

« Longtemps, on ne savait rien de la pollution. On grattait la mine, on poussait les cailloux dans la rivière, sans savoir ce qui allait se passer. Mais à l’époque les ingénieurs devaient bien se douter… », confie-t-il avec amertume.

En 1975, la Société Le Nickel (SLN) découvrit à Kouaoua le plus grand gisement mondial de garniérites (minerai riche) d’un seul tenant, la carrière de Méa. Elle est aujourd’hui épuisée, mais plusieurs autres mines sont en exploitation et emploient plusieurs centaines de personnes.
La curiosité du village est son « tapis roulant » de 11 kilomètres, « la Serpentine », qui dévale la montagne et permet d’acheminer le minerai jusqu’à la baie.
« Aujourd’hui, l’exploitation est plus propre, mais c’est le passif qui est difficile à réparer », explique Alcide Ponga, montrant un bassin de rétention, récemment construit par la SLN, sur la Kouaoua pour limiter les inondations.

« Tout le monde est à la mine »
 
Des trois industriels implantés dans la commune, la SLN, opérateur historique du nickel calédonien, est la société la plus investie dans les travaux de réhabilitation et l’appui au développement, qu’elle finance au moyen d’une convention triennale.
S’il obstrue les rivières, le nickel bouche aussi les horizons économiques de Kouaoua.

« Il n’y a plus que de l’agriculture vivrière dans le village. Quand j’étais enfant, on y élevait du bétail, on plantait du maïs. Depuis les années 1970, tout le monde est à la mine », constate Alcide Ponga, lui-même directeur des affaires externes de l’usine métallurgique, Koniambo, au nord-ouest de l’archipel.

Kouaoua reflète la problématique globale de l’économie calédonienne, phagocytée par l’industrie minière au détriment de l’agriculture, de la pêche ou du tourisme dont les importants potentiels sont insuffisamment mis en valeur.
« Nous devons envisager le nickel autrement. Il faut s’en servir comme d’un outil, source de richesse, permettant de diversifier l’économie », préconise Alcide Ponga, qui entend mettre à profit son mandat pour « redynamiser l’agriculture à Kouaoua ».

AFP

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