À Manihi, la perle noire fait grise mine

    jeudi 12 mars 2015

    La ministre Pau-Langenvin est venue hier prendre le pouls de la filière perlicole aux Tuamotu. Une filière qui va mal, cassée par la baisse
    des prix, la surexploitation et les maladies.  Des recherches sont aujourd’hui entreprises pour redresser le tout.

    George Pau-Langevin est arrivée hier le sourire aux lèvres à Manihi. Forte chaleur, soleil parfait et lagon turquoise ont accueilli une ministre des Outremer ravie. La maire de Manihi, Mireille Haoatai aura tôt fait de replonger la ministre parisienne dans les dossiers et la tirer des paysages idylliques. Lors de son discours, l’élue de l’atoll a lancé un vibrant appel au soutien, du Pays comme de l’État, pour sauver une filière qui, il y a encore dix ans, faisait vivre de nombreuses familles.
    La perle va mal. Ce n’est pas une surprise, mais à Maupiti, ce ne sont pas les seules baisses du prix au gramme du gemme qui ont flanqué l’activité par terre. Des maladies semblent être responsables d’un appauvrissement de la production.
    “C’est à Manihi que la culture de la perle est née mais surtout, c’est ici qu’elle s’est développée à l’échelle industrielle” a rappelé la maire du village. “De nombreuses exploitations ont dû fermer. Plusieurs raisons sont à l’origine de cette déflation”, a-t-elle poursuivi. “La crise financière internationale n’a pas été sans effet sur la perliculture en général, 99 % de nos perles sont consommées sur les marchés étrangers. En interne, pour rattraper la chute du prix, les productions ont augmenté, la mauvaise gestion des concessions maritimes et surtout l’absence d’une politique stratégique de développement à l’échelle du pays ont contribué au mal-être de la perliculture.”
    Dans son discours, Mireille Haoatai a expliqué que la Polynésie française avait pris “20 ans de retard” sur les techniques, notamment celles liées à l’écloserie. Dans une île dont l’autre principale activité est le tourisme, alors que le principal hôtel avait fermé il y a trois ans, voir la filière perle reculer est une réalité économique difficile pour ses habitants.
    À l’heure où le gouvernement essaie de relancer les activités dans les îles pour que cessent les flux migratoires exclusifs vers Tahiti, la prise en compte de la problématique perlière devient urgente.
    Présent sur place, le directeur de l’Ifremer, Benoît Beliaeff, a expliqué que les recherches sont menées pour consolider les huîtres, tout en conservant et en améliorant le lustre des perles.
    Les premiers résultats prendront encore quelques années.

    Bertrand Prévost

    Lire aussi la visite de la ministre à Maupiti dans La Dépêche de Tahiti ou au feuilletage numérique

    Édouard Fritch Président de la Polynésie française : “Il faut repartir à zéro”

    La maire de Manihi tire la sonnette d’alarme concernant la perliculture sur son île. Comment le gouvernement peut-il intervenir ?
    C’est un constat qu’il faut regarder en face. Manihi connaît depuis deux ans la crise de la perliculture. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de personnes ont perdu leur emploi à cause de cela. Même certains gros perliculteurs sont soit partis, soit ont mis leur activité en sommeil. Manihi est aujourd’hui sinistrée en matière de perliculture. Que faire ?

    La maire de Manihi a évoqué quelques solutions comme un meilleur contrôle de la production d’alevins avec, peut-être, la création d’écloserie dans les Tuamotu. Cela a un coût. Les résultats, en grande quantité, je ne sais pas si on peut le faire. Par-dessus ces constats, il y a eu une chute du prix de la perle. Il faut mettre sur le marché ce qu’il faut pour la demande, et de meilleure qualité. Dans les années à venir, les chercheurs auront aussi des solutions à nous offrir.

    La solution de la filière perlicole ne serait-elle pas finalement de laisser les perliculteurs se débrouiller. Que le Pays n’intervienne plus ? Qu’une “sélection naturelle” se fasse parmi les producteurs ?
    Ce n’est pas évident du tout. La première difficulté c’est que les concessions des fermes perlières appartiennent au Pays. Dès lors que nous attribuons les concessions, le privé fait un peu ce qu’il veut. Le privé est lui-même victime du mauvais comportement de certains comme le non-respect des concessions maritimes, le non-respect du collectage, les petits trafics de perles, le troc entre fermes perlières. Tout cela est à l’origine de la catastrophe que nous connaissons aujourd’hui. De plus, nous n’avons pas sélectionné, comme le fait l’Australie, les sociétés qui travaillent dans la perliculture. En Australie, il n’y a qu’une quarantaine de sociétés, on maîtrise la production, on détruit les rebus, pour laisser la place à la qualité. Effectivement, il faut repartir à zéro, s’imposer une discipline, s’autocontrôler, car le Pays ne peut pas tout contrôler, ce n’est pas son rôle.

    Propos recueillis par B.P.

    Benoît Beliaeff Directeur de l’Ifremer : “Il y a une forme de déterminisme génétique à la qualité de la perle”

    La chute de production concerne toute la Polynésie française. En quoi l’Ifremer intervient-il aujourd’hui ?
    Cela fait plusieurs années que nous intervenons. Avec l’agence nationale de la recherche, nous avons commencé à étudier tous les processus concernant la minéralisation de la perle, et tout ce qui permet de comprendre pourquoi on arrive au final à une perle de bonne qualité. Nous savons désormais qu’il y a une forme de déterminisme génétique à la qualité de la perle.

    Ce n’est donc pas uniquement environnemental ?
    Exactement. Il y a des interactions entre l’environnement et la génétique. Tout cela est assez complexe. Nous avons lancé des projets 2015-2017 pour aller plus loin dans l’amélioration génétique. Cela va nous permettre de connaître la diversité des huîtres perlières en Polynésie française. Il y a une variabilité génétique importante que l’on a peu ou pas étudiée. Nous avons des colorations particulières et l’idée est de sélectionner des huîtres avec ces caractéristiques, les reproduire entre elles pour savoir si la descendance également dispose de ces caractéristiques.

    L’idée n’est pas de faire une unique perle de Tahiti ?
    Non, pas du tout. Nous voulons conserver toutes les variabilités, mais faire en sorte d’en améliorer la qualité.

    Le problème de Manihi est-il le même aux Gambier ?
    Il y a différents problèmes qui se posent en perliculture. Le collectage (la récupération des larves) est variable d’une année à l’autre. Certaines années, on ne sait pas pourquoi on ne collecte que très peu de larves. Du coup, cela met un coup d’arrêt à la production, et donc aux perles. Ce que nous voulons, c’est mettre en place certains pools d’huîtres perlières qui vont pouvoir être utilisées pour les greffes. Il ne faut pas utiliser qu’un seul type de perle.

    La surexploitation des lagons peut-elle être une des causes de la baisse de production ?
    Plus on met d’huîtres, en fonction de la taille du lagon, moins elles donnent et plus les maladies s’installent. Il faut faire très attention. L’aquaculture est forgée d’expériences de ce type-là où l’on a voulu augmenter la densité et la population s’est effondrée de ce point de vue-là et les industries ont chuté.
     

    Bouloulou 2015-03-12 18:36:00
    Depuis quand le pays se soucie!
    Quand ya des problème les perliculteurs pleure
    Lorsqu''il gagné beaucoup d''argent,en fesant des manœuvres comme des robots,c normal,et le pays et la justice ferme leur grosse guel,parce que c normal
    LEFEBVRE 2015-03-12 13:31:00
    Le soutient de l'état Français est trés important ,surtout dans ces régions qui seront malheureusement rapidements concernées par les problémes climatiques .
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