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À Moorea, des jeunes s’investissent pour le corail

mardi 22 août 2017

corail association

De droite à gauche, Titouan, Manaiti un copain membre actif et surfeur de “Sapinus”, Thomas, Ioane et Huritau, en pleine “conférence” dans leur bureau d’études situé à quelques mètres du lagon de Maharepa. (© Jeannot Rey/LDT)


À l’âge de trois ans, Titouan Bernicot accompagnait déjà son père dans son laboratoire, alors que ce dernier était gérant d’une ferme perlière à Ahe. Résident à Moorea depuis le début de sa scolarité, Titouan ne s’est pas écarté du lagon devenu sa seconde cour de récréation. Âgé aujourd’hui de 19 ans, et étudiant dans une école de commerce à Bordeaux, Titouan s’est investi dans une mission : sauver nos récifs coralliens.

Il n’a pas froid aux yeux, le jeune Titouan. Étudiant dans une école de Commerce à Bordeaux, ce passionné des activités de mer, comme le surf, le wake, ou la pêche en apnée, ne pratique pas ses activités nautiques “juste pour le fun” mais aussi parce qu’il est sensible à la beauté de cette nature qui l’entoure, et à ce qui la fait vivre. Le corail par exemple.

Titouan a vu le jour il y a dix-neuf ans, à Ahe , atoll de l’ouest des Tuamotu. Ses parents faisaient fonctionner une ferme perlière durant dix ans, jusqu’à ce qu’ils décident de changer d’île pour favoriser la scolarité de leur fils. Et c’est Moorea qui fut choisie. Titouan, a grandi à Temae, puis à Maharepa, jusqu’à son départ, il y a un an pour Bordeaux afin de poursuivre ses études.

C’est à son domicile, tout proche du lagon, que La Dépêche l’a rencontré, entouré de ses amis, en pleine “conférence”, car tous sont unis pour une même cause : la sauvegarde de nos récifs coralliens.

“J’ai toujours été physiquement et moralement en phase avec le milieu marin. D’abord à Ahe, puis ici, avec le surf, les plongées en apnée… j’ai toujours passé ma vie sur l’eau ou dans l’eau. J’aime cette nature et en retour, j’ai eu envie de faire quelque chose pour elle. Cela a commencé par des petites actions de ramassage des déchets lors de nos sorties, par une attention particulière portée à la flore, telle qu’éviter de casser le corail, etc.”

 

“Sauver 50 coraux”

 

Alors qu’il était en première S au lycée Paul Gauguin, Titouan monte un projet en travaux pratiques expérimentaux (TPE) qui impliquait “son” milieu, le corail.

“J’ai rencontré un ami de mon père, Mathieu, le “jardinier de corail” de Moorea. ça a été la révélation…” Titouan réalise qu’à l’image des forêts, on peut aussi planter des coraux pour remplacer ceux qui ont disparu. Il monte des petits projets suivant le principe des bouturages, il apprend le “biorock”, qui consiste à travailler sur le greffage par le biais de l’électrolyse, et présente son projet expérimental qui se résume à “Sauver 50 coraux”.

Il mène son programme en suivant les conseils d’un scientifique de Harvard, Thomas Goreau, avec l’aide de quelques entreprises locales, Mahana Ora, Polymat Moorea et de Moorea Blue Diving qui lui apportent une aide financière dans sa démarche expérimentale par électrolyse.

Le bac en poche, il est admis à l’école de Commerce Kedge Business School de Bordeaux, mais Titouan aurait dû s’arrêter là. “Je me suis aperçu qu’en marge de mes études de commerce, j’avais quand même beaucoup de temps libre et c’est dans ces moments-là que l’on ressent certaines choses, comme l’éloignement de son milieu naturel :  pas de surf, pas d’océan devant moi.. Après m’être enregistré à la Chambre des métiers de Bordeaux, j’ai monté une petite entreprise de vente de perles qui m’a permis de financer mes études. Et ce rapprochement du milieu par la perle m’a permis de consacrer un peu de temps aux récifs coralliens et de me rappeler ce que j’avais entrepris avant de venir sur Bordeaux. J’ai pris contact avec mes potes en Polynésie, je leur ai demandé s’ils étaient partant pour poursuivre le programme de bouturage que j’avais démarré. Tout de suite, ils ont dit oui. Nous avions convenu d’un objectif : présenter au public ce qu’est un récif corallien. Trop de gens ne savent pas qu’une patate de corail est avant tout un animal vivant.”

 

Adopte une patate

 

Ainsi est née l’association “Moorea Corail Garden”. Ses objectifs : lancer un programme de bouturage, filmer le travail, publier largement sur les réseaux sociaux. Alors qu’une partie de l’équipe travaille à Moorea, Titouan et son ami Thomas Biarez, venu lui aussi de Moorea poursuivre ses études à Bordeaux (école d’ingénieur en physique chimie), organisent des conférences.

La première a eu lieu dans l’amphithéâtre de l’école de Commerce. Soixante-dix personnes y assistaient. La conférence est filmée et passe sur Facebook.

Le post affiche 5 000 vues. On y voit Titouan Bernicot qui présente comme le ferait un scientifique – qu’il n’est pas. Il explique ce qu’est un corail, son importance dans le milieu marin, pourquoi ces espèces sont en danger et quelles seraient les conséquences pour l’humanité si le corail venait à disparaître totalement.

“Nous avons affiché par cette conférence, cette volonté d’une petite bande de jeunes, étudiants, pêcheurs surfeurs, de recherche de fonds pour réaliser les ambitions de “Moorea Coral Gardeners” à savoir, sensibiliser le grand public à la protection du corail, impliquer des jeunes scolaires, métropolitains et Polynésiens à participer à un projet d’adoption d’un bout de corail qu’ils verront se développer.

Et arriver un jour, à inciter des jeunes à devenir des “jardiniers de corail”. Nous en avons deux déjà dans notre association, Ioane et Huritau, tous deux âgés de 15 ans. Ils sont aussi membres très actifs de l’association Moorea Coral Gardeners.

La sauvegarde des récifs coralliens passe par la sensibilisation, Titouan et ses amis l’ont bien compris, de même qu’ils savent aussi que rien ne durera s’il n’y a pas de suivi scientifique. Or, le bouturage de corail et sa transplantation restent encore du domaine de l’expérimental bien que le procédé soit de plus en plus utilisé.

Le Criobe (Centre de recherxche insulaire et observatoir de l’environnement) en sait quelque chose. Les contacts ont déjà été noués avec des biologistes marins australiens et néo-zélandais dont Tracey Turner, qui suit de près les travaux de “Moorea Coral Gardeners”. “Des scientifiques ont vu ce que nous faisons, ils nous ont proposé des appareils de mesure pour obtenir de données spécifiques qui les intéresseraient.”

Dans un peu plus de deux semaines, Titouan et Thomas repartiront pour Bordeaux, poursuivre leurs études. Thibaud Gaudard, (17 ans), vice-président de “Moorea Coral Gardeners” prendra la tête des activités localement.

L’association doit par exemple, terminer la pépinière plus de 200 coraux. “Soixante boutures sont prêtes à être plantées, le reste devrait se faire d’ici peu. Nous attendons le feu vert des scientifiques.”

“Moorea Coral Gardeners” vient d’obtenir une subvention d’Ekosea , une plateforme française financeurs de projets qui œuvre pour l’océan et l’environnement en général. Le projet “adopter un corail” a intéressé 120 donateurs, soit 5 500 euros qui seront utilisés pour l’achat du matériel nécessaire au bouturage et pour la communication (flyers, stickers…) et pour l’organisation de conférences en milieu scolaire. Une belle idée, l’énergie de la jeunesse, un projet qui prend racine… tout ça, c’est du sérieux !

 

De notre correspondant Jeannot Rey

 

• Contact : titbernicot@gmail.com

 

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