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À Papeno’o, le projet de carrière refait surface

lundi 25 septembre 2017

extraction carrière papenoo

Le gisement de 16 millions de m3 est obtenu par la somme de trois plateaux. Le directeur de l’équipement assure que seul celui de Titiafaatau (en rouge sur le plan) est concerné par le projet de carrière. (© Infographie : Jean-Luc Massinon)


Accusé de piller les rivières, le Pays s’attaque désormais à la montagne pour satisfaire les besoins de construction. Le ministère de l’Équipement relance le projet de carrière de matériaux dans la vallée de Papeno’o. Le gisement potentiel représente 16,6 millions de mètres cubes de roche basaltique.

“Il n’est pas question de toucher à un caillou pour l’instant.” Cette phrase du directeur de l’équipement, Jean-Paul Le Caill, saura-t-elle rassurer les associations de Papeno’o quand elles vont apprendre que le projet de la création d’une carrière dans la vallée refait surface et qu’il est question d’extraire plus de 16 millions de mètres cubes de roche ?

Plus personne ne pensait à ce projet… La dernière visite de l’ancien ministre de l’Équipement remontait à septembre 2015. Albert Solia était venu expliquer aux associations et à quelques propriétaires les raisons de la campagne de forage dans la montagne.

Le Pays avait besoin de matériaux pour ses grands projets. Mais comme il était accusé de piller les rivières de Tahiti, le gouvernement envisageait de créer une carrière pour s’approvisionner en cailloux. Le ministre s’était voulu rassurant car, à cette époque, une quinzaine de vallées étaient concernées par la création d’une carrière.

Le temps a passé et puis plus rien… Le ministre a changé, les grands projets sont tombés à l’eau et beaucoup pensaient que le dossier de la carrière était classé au fond d’un tiroir.

 

Besoins toujours plus importants

 

Deux ans après la visite de Solia, presque jour pour jour, on apprend par le journal officiel du 15 septembre que le nouveau ministre de l’Équipement, Luc Faatau, relance l’opération avec un avis d’appel à la concurrence, dont l’objet du marché d’étude est intitulé “Projet de carrière de matériaux dans la vallée de Papeno’o”.

Dans le document de présentation du dossier de consultation, la direction de l’équipement explique que “l’approvisionnement en granulats constitue une problématique majeure de la construction” au fenua. L’approvisionnement se fait par des extractions en rivières (33 000 m3 en 2015, selon le groupement d’études du domaine public) ou sur des terrains privés. Et il n’existe qu’une seule carrière terrestre homologuée (abattage de parois montagneuses), celle de la Punaru’u.

Mais ces productions semblent ne pas suffire. Les besoins seraient de 700 000 m3 par an. Pour garantir ses “nombreux projets d’aménagement” futurs, le Pays veut pouvoir compter sur des “sources durables de matériaux”.

Alors, sans dire que les extractions en rivière font partout l’objet de rébellion de la part des  associations, le gouvernement veut s’orienter vers l’exploitation de carrières de roches massives, qu’il dit “moins préjudiciable pour l’environnement”.

Pourtant, la note d’information met surtout en avant l’importance de minimiser les coûts d’investissement et d’exploitation.

 

Impact inévitable

 

Heureusement pour l’environnement, la réglementation fait que le projet devra s’acquitter d’une étude d’impact en raison de l’importance du volume d’extraction. On parle de 16 600 000 m3 ! Il s’agit de la somme totale des gisements de trois plateaux basaltiques.

Le directeur de l’équipement assure que seul est concerné le plateau de Titiafaatau (7 millions de m3), situé à cinq kilomètres de la route de ceinture.

Pourtant, la note de présentation évoque également le plateau Atohei, en basse vallée, et le plateau Umauma, au kilomètre 6,5, dont les volumes estimés sont de 4,8 millions de mètres cubes chacun.

Titiafaatau, Atohei ou Umauma, qu’importe. On est là dans une exploitation de carrière de grande ampleur, puisqu’elle comprendra l’installation d’un groupe de concassage, l’abattage à l’explosif ou mécanique, le transport et le stockage des matériaux. Le contrat de concession sera d’au moins 10 ans.

Plus inquiétant pour l’environnement, le rapport de présentation évoque des impacts très importants, qui nécessiteront la mise en place de mesures compensatoires conséquentes… Lesquelles ?

Les consignes sur la rentabilité du projet sont bien plus précises : “Afin d’obtenir un projet rentable, une estimation du prix de vente correct sera primordiale. Ce prix de vente devra être attractif sur le marché local.”

Ce qui est sûr, c’est que l’activité aura visuellement un impact sur cette vallée fréquentée chaque jour par les touristes en visite au cœur de l’île.

Que fera-t-on aussi des dizaines de milliers de mètres cubes de terre inutilisable que l’on aura extraite pour atteindre le basalte ? Seul un coût exorbitant d’exploitation pourrait faire revenir en arrière le Pays, qui lorgnerait à nouveau sur les gisements de rivières.

Car le fenua ne pourra pas se passer de ces matériaux, qui permettent le développement et l’entretien des bâtiments, des routes, des aéroports…

J.-L.M.

 

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