À Shanghaï, la mémoire des “femmes de réconfort” en ruines

    jeudi 9 mars 2017

    Deux statues symbolisant des femmes de réconfort dans un parc de Shanghaï. (Photo : Johannes Eisele/AFP)

    Deux statues symbolisant des femmes de réconfort dans un parc de Shanghaï. (Photo : Johannes Eisele/AFP)

    Avec ses fenêtres bordées de rouge et sa façade noire de suie, le bâtiment abandonné sur Gongping Road est typique de Shanghaï avant la Seconde Guerre mondiale. Mais cette maison-là abrite une mémoire douloureuse.

    L’immeuble de deux étages en ruine est l’un des 150 lieux de la métropole chinoise autrefois transformés en maisons de “femmes de réconfort”, qui alimentaient un vaste système d’esclavage sexuel instauré par le Japon pour ses forces armées des années 1930 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    Il en resterait une trentaine dans la ville, mais ces témoins silencieux de l’histoire disparaissent à la faveur du rapide développement urbain et du malaise des autorités chinoises, hésitantes à en faire des lieux de mémoire.

    “Tous ces lieux historiques sont doucement démolis. Il y en a de moins en moins”, explique Bao Xiaqin, expert des relations Chine-Japon à l’Université Fudan de Shanghaï.

    La plupart des historiens estiment qu’il y a eu environ 200 000 “femmes de réconfort” asiatiques, essentiellement des Coréennes mais aussi des Chinoises, enrôlées de force dans les bordels de l’armée impériale.

    Jusqu’à récemment, les appels à préserver ces lieux et se souvenir de la souffrance de ces femmes n’étaient absolument pas entendus par les autorités chinoises, davantage soucieuses de désamorcer l’un des dossiers les plus explosifs dans la relation houleuse avec le Japon. Mais le vent semble tourner.

    Un plan de développement destinait l’immeuble de Gongping Road à une destruction pure et simple. Le bâtiment a finalement été sauvé l’an dernier après l’intervention de l’historien Su Zhiliang qui a attiré l’attention, notamment des médias, sur son passé tragique.

     

    Croisade

     

    La bataille n’est pas pour autant gagnée pour Su Zhiliang, de l’Université Normale de Shanghaï, qui a lancé une véritable croisade pour que le cauchemar de ces “femmes de réconfort” ne tombe pas dans l’oubli. Quand il a commencé ses recherches au début des années 1990, les autorités l’ont empêché de les publier.

    “Le gouvernement chinois n’en a vraiment pas fait assez. C’est une question relevant des droits de l’homme en temps de guerre, mais afin de maintenir de bonnes relations avec le Japon, le gouvernement ne nous aide vraiment pas”, commente-t-il.

    À côté de ses recherches, l’historien collecte des fonds pour les “femmes de réconfort” toujours en vie, dont 17 ont été identifiées en Chine, mais aucune à Shanghaï. Nombre d’entre elles ont été ostracisées après la guerre, ne recevant aucune aide du gouvernement.

    Un ancien centre de “femmes de réconfort” à Nankin, à 300 km à l’ouest de Shanghai, a été transformé en musée par les autorités locales et a ouvert en décembre 2015. Et entre-temps, Su Zhiliang a obtenu la permission de transformer la salle où il conservait ses archives en “musée” en octobre dernier, sur le campus de l’université. Juste à l’extérieur, une statue représentant deux de ces femmes, une Chinoise et une Coréenne, a été inaugurée.

    La Chine a aussi récemment publié des archives officielles sur les “femmes de réconfort”, et cherche à les inscrire dans le Registre mémoire du monde de l’Unesco.

    “L’État chinois s’est jeté sur ce sujet comme moyen d’atteindre le Japon”, commente Edward Vickers, chercheur à l’Université de Kyushu au Japon. “Pour le parti communiste chinois, l’objectif est de présenter le Japon comme une sorte de paria de la communauté internationale, aujourd’hui comme par le passé.”

    En Chine, comme au Japon, la montée du sentiment nationaliste sous l’impulsion respectivement du président Xi Jinping et du Premier ministre Shinzo Abe a attisé la polémique.

    Le Japon a reconnu au début des années 1990 l’existence du système des “femmes de réconfort”. Il a présenté ses excuses à de nombreuses reprises et a offert de payer des indemnités. Mais en janvier, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a demandé à Séoul de retirer une statue de “femme de réconfort” érigée devant le consulat japonais dans la ville de Busan. Ulcéré, Tokyo a également rappelé son ambassadeur.   

     

    AFP

     

     

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