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Elle a tenté de se suicider en se jetant sous une voiture avec sa fille

mercredi 22 novembre 2017

justice tribunal

“Il faudrait un internement d’office plutôt que de l’envoyer à Nuutania”, a estimé l’avocat de la mère. (© Florent Collet)

Juin 2014, à Faa’a, à proximité du magasin Cash and Carry. Une femme de 32 ans marche avec sa fille de 8 ans dans les bras. Soudain, comme l’attestent des témoins, elle quitte le trottoir et se met sur la route alors qu’une voiture arrive en face.

Fort heureusement, le véhicule roule à faible allure et parvient à stopper sa course sans percuter la mère et sa fille.

Pour autant, la maman ne s’arrête pas là et frappe le dos de son enfant contre l’avant du véhicule en criant à de nombreuses reprises : “Je vais tuer ma fille”.

Des témoins accourent alors vers elles, faisant fuir la maman qui laisse sa petite sur le capot. Elle est retrouvée quelques centaines de mètres plus loin, assise sur le sol, en pleurs, sous la pluie. Elle ne fait pas de résistance à son arrestation, mais son audition par les gendarmes se révèle difficile.

Elle explique d’abord que la journée a débuté par une dispute avec son mari, connu pour être alcoolique et violent. Ce dernier doutant d’être le père de la jeune victime, la maman aurait voulu se suicider avec son enfant pour prouver que c’était bien sa fille.

Mais la femme a ensuite poussé des grognements et a tenté de sortir du bureau et d’étrangler un gendarme. Les forces de l’ordre évoquent un regard “démoniaque” et un comportement “apeurant”.

Elle sera internée et malgré l’injection de neuroleptiques puissants, il lui faudra un certain temps pour se calmer.

Pour l’expert psychiatre, elle souffre d’intolérance à la frustration, de psychoses et d’hallucinations chroniques.

Il faudra trois mois avant que la mère puisse être entendue par le juge d’instruction, à qui elle expliquera avoir été chassée par son mari à qui elle demandait de ne pas boire.

“J’ai voulu me tuer et emporter ma fille avec moi”, déclare-t-elle au juge d’instruction.

Une proche explique qu’avant les faits, la mère ne dormait plus, “comme s’il y avait le diable en elle”.

La petite fille, désormais âgée de 12 ans, a été placée chez sa tante et réussit son parcours scolaire. À l’époque, elle explique aux enquêteurs “n’avoir jamais eu aussi peur que ce jour-là”.

Son avocat a regretté l’absence de la mère, même si, selon lui, “c’est une bonne chose qu’elle ne voit pas ses parents nocifs, qui, à force de consommer des substances illégales, ont les neurones largement brûlés”. “Ils ne sont pas capables d’élever des enfants mais en font quatre ou cinq.”

Alors que le conseil évoque les troubles vécus par la petite de manière quotidienne, la jeune fille fond en larmes.

“Elle s’était accoutumée à cette situation. Pour elle, ce jour-là, c’était juste une crise de sa mère.”

 

“Misère sociale”

 

Le procureur tente ensuite de réconforter la jeune fille. “Tu n’as rien à te reprocher. Ta maman est malade. Il faut éviter qu’elle recommence. Concentre-toi sur ton travail à l’école. Il faut que tu sois forte. Je vais envoyer ta maman en prison pour la soigner, la protéger, mais pas pour la punir.”

Avant de requérir trois ans de prison, dont deux ans avec sursis.

L’avocat de la mère s’est dit “en colère”. “J’ai l’impression que c’est un procès hors norme, rien de nouveau sous le soleil de Tahiti. Le terreau de ce type de dossier, c’est la misère sociale”, a-t-il déclaré, s’insurgeant qu’elle puisse être jugée “comme si elle avait conscience de ce qu’elle faisait alors qu’elle était déconnectée de la réalité”. “Elle n’a pas simulé être démoniaque. Il faudrait un internement d’office plutôt que de l’envoyer à Nuutania.”

Et de critiquer le fait que l’expert n’ait pas relevé d’altération du discernement. “Pour que cet expert le reconnaisse, il faudrait un encéphalogramme complètement plat.”

Au final, la mère de famille écope de deux ans de prison avec sursis, assortis d’une mise à l’épreuve de trois ans avec obligations de soin et d’indemniser la victime.

Les juges ont également décidé de lui retirer totalement l’autorité parentale. Elle devra régler 500 000 F au titre du préjudice moral de sa fille. 

F.C.

 

 

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