Abderrahmane Sissako, président du jury du 13e Fifo : “La force et la beauté de ce festival, c’est son universalisme”

    lundi 8 février 2016

    Treize, chiffre porte-bonheur. Et du bonheur le Festival international du film documentaire océanien (Fifo) nous en a donné durant toute une semaine.
    Le bonheur déjà de côtoyer un président du jury d’une extraordinaire simplicité comme Abderrahmane Sissako, qui nous a accordé une dernière interview, vendredi dernier, après la remise des prix. Le bonheur d’apprendre, de connaître, comme chaque année, nos cousins et frères du Pacifique. Le bonheur de regarder tant de films, d’ici et d’ailleurs, issus d’une sélection “magnifique” de laquelle sont sortis du lot les films Another Country (Grand Prix) et Hip hop-eration (Prix du public). Le bonheur d’échanger, de rencontrer, de se s’enrichir de l’autre, de la présence de réalisateurs et d’acteurs et des différents ateliers consacrés à l’image. Et enfin, le bonheur de participer ensemble à la grande fête du documentaire de notre si intense et parfois surprenante région. Retour en images sur la soirée de remise des prix, qui a eu lieu vendredi dernier, au grand théâtre de la Maison de la culture.

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    Vous venez de présenter le Grand Prix au public. Que leur avez-vous dit ?
    Tout, d’abord que la sélection était magnifique, tous les films étaient forts, avec une grande diversité de thèmes. En tant qu’Africain, en tant que cinéaste qui vient d’ailleurs, je n’ai pas l’opportunité du cinéma océanien, cela a été pour moi un réel plaisir. Le film primé nous touche par sa forme cinématographique, car la douleur des autres ne doit pas être un spectacle. Lorsqu’on utilise la souffrance comme un spectacle, on fait un cinéma qu’on appelle américain et ce n’est pas le cas. C’est un cinéma d’auteur, d’homme et c’est important que le Fifo amène des films de ce genre-là, car on s’y reconnaît plus facilement. Il est difficile de dire vraiment quand on a aimé un film, quand on est ému, la chose qui touche, c’est un ensemble. Le film est fait pour toucher, pour ouvrir l’esprit sur les choses et ce film le fait d’une manière simple. C’est difficile au cinéma de ne créer de l’émotion qu’avec des plans larges – il ne contient pratiquement que cela – et cela montre le respect des gens qui vivent des choses difficiles. Tout cela est fait avec beaucoup de respect.

    Avez-vous été surpris du choix du public ?
    Non, puisque le public l’a choisi, je ne suis pas surpris. C’est un bon choix, cela aurait pu être un autre film. Quand il y a une bonne sélection, c’est difficile d’être juste, il faut choisir.

    Que retiendrez-vous de votre voyage ?
    Je retiendrais la beauté humaine, la tendresse et la simplicité des gens. Rien n’est simple nulle part, mais on a l’impression que l’on est dans un pays où tout va extrêmement bien, même si ce n’est jamais le cas.
    Malgré cela, les gens dégagent des choses très touchantes. Cela veut dire que la vie est belle, que l’humanité n’est pas que souffrance, que l’on peut être optimiste. Je suis heureux d’avoir été sollicité pour être là. Je repars avec un sentiment de quelqu’un de chanceux.

    C’est une belle rencontre avec les gens, mais aussi avec les films océaniens, n’est-ce pas ?
    Vous savez, à chaque fois que l’être humain fait un pas, il faut qu’il soit prédisposé à cela. Aller vers l’autre, c’est s’enrichir. Je ne vais pas au cinéma, d’une façon générale. Je ne suis pas un cinéphile et donc découvrir le cinéma océanien a été une grande opportunité. Mais cela cesse d’être le cinéma océanien, il ne faut pas lui donner une spécificité géographique, l’homme est partout pareil. La force et la beauté de ce festival, c’est son universalisme, en fait.

    Propos recueillis par C.C.

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