Accusé d’une série de viols, il affirme que ses victimes étaient consentantes

    jeudi 1 juin 2017

    taaone

    L’accusé explique qu’il a régulièrement emmené ses victimes dans le parking de l’hôpital
    de Taaone à l’abri des regards. (© Florent Collet)

    Le procès en assises, sur trois jours, d’un homme de 36 ans accusé de plusieurs viols et agressions sexuelles commis à Tahiti entre 2011 et 2015, a débuté hier.
    L’homme procédait toujours avec le même mode opératoire. Alors coursier, il remarquait des filles en train d’attendre le bus et leur proposait de les ramener chez elles. Lorsqu’elles acceptaient, il profitait du chemin “pour les mettre en confiance” et il a expliqué hier que, victime de “pulsions”, il leur proposait de l’argent en échange d’un rapport sexuel.

    Comme il n’a cessé de le dire durant l’instruction et encore hier à la barre, les victimes étaient consentantes. Il explique ainsi avoir eu entre huit et douze rapports de ce type avec des filles souvent mineures.
    Ses victimes réfutent tout consentement. Hier, la première à s’exprimer à la barre a expliqué avoir refusé à plusieurs reprises que l’accusé l’amène du lycée hôtelier jusqu’à chez elle, mais avait fini par accepter. “Il n’avait pas l’air d’avoir d’arrière-pensées”, a-t-elle rappelé.

    En cours de route, il avait alors proposé de l’argent pour “flirter”. Comprenant les intentions de l’accusé, la jeune fille avait alors proposé de descendre en chemin et de se recontacter par téléphone. Le trentenaire à l’allure imposante l’avait tout de même amenée au fond d’un parking de Faa’a et l’avait rejointe à l’arrière du véhicule avant de l’embrasser et d’avoir un rapport sexuel. Comme avec toutes ses autres victimes, il l’avait ensuite ramenée au point de départ, avant de lui offrir 10 000 F.
    “J’ai accepté pour lui faire plaisir”, a expliqué maladroitement la victime, effrayée et qui ne souhaitait pas contrarier son bourreau de peur de subir des violences. “Elle aurait pu s’échapper”, se défend l’accusé pour qui le consentement de la victime ne fait pas de doute. “Si elle ne voulait pas, elle n’aurait pas pris les 10 000 F.”

    Un scénario qui s’est donc répété plusieurs fois, l’homme allant chercher ses victimes souvent à proximité des établissements scolaires, commettant ensuite ses viols soit dans le parking souterrain du centre hospitalier de la Polynésie française, soit près d’une rivière à Tiarei, proposant parfois 1 000 ou 2 000 F, ou en leur promettant d’acheter de l’alcool. L’homme explique avoir toujours eu l’habitude de proposer aux gens en bord de route de les amener, mais que seules les victimes avaient
    déclenché les pulsions l’ayant poussé à faire des propositions
    sexuelles.

    Après la première plainte d’une victime, un appel à témoins avait été lancé en 2015 pour les personnes ayant eu affaire à un van gris. Hier, deux personnes ont témoigné à la barre pour expliquer l’insistance de l’homme à vouloir les ramener. “C’est lorsqu’un ami masculin s’était présenté à ses côtés que l’accusé avait finalement renoncé”, a insisté l’avocat de l’une des victimes, hier. L’homme explique à la barre que lorsque les jeunes filles refusaient ses avances, il les raccompagnait.
    Plus tôt dans la journée, la cour avait dépeint le passé de l’accusé qui sera détaillé aujourd’hui. Ce fils de diacre, très impliqué dans sa paroisse et qui donnait notamment les cours de catéchisme, révèle des zones d’ombres. Il a notamment évoqué avoir été abusé à l’âge de 8 ans par sa sœur âgée de 11 ans. Il avait également dû arrêter l’école en 5e pour aider ses parents au fa’a’apu, pour pouvoir financer la scolarité de ses sœurs.
    Travailleur, il avait exercé en tant que plongeur dans une roulotte, puis en tant que vigile et maçon et était devenu archiviste et coursier pour une compagnie d’assurance. Installé à Papeari, “en étant loin de la ville, cela m’empêchait de boire”, a-t-il
    dit.

    Revenu à Papeete pour se rapprocher du travail, il s’était alors remis à faire la fête avec ses copains. Au même moment, sa femme, accusée de vol, avait perdu son emploi. C’est ce qui, selon lui, avait marqué le début d’une double vie sexuelle où les relations avec les prostituées se mêlaient avec les victimes de cette affaire.
    “Pardonnez-moi pour ce que je vous ai fait subir”, a-t-il déclaré en tout début d’audience. “J’ai eu des rapports avec elles mais sans les forcer.”
    Pensant enfin avoir obtenu des aveux, la présidente de la cour l’avait interrogé : “Mais pourquoi vous demandez pardon ?” “Parce que je sais ce qu’elles ont subi, ce qu’elles ont dit sur moi, je reconnais leurs souffrances.”
    Le procès se poursuit aujourd’hui et demain, l’accusé encourt vingt ans de réclusion criminelle.

     

    Compte rendu d’audience F.C.

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