Adhésion de la Polynésie française au Forum des îles du Pacifique

    lundi 12 septembre 2016

    forum

    “Tout le monde s’est rendu compte que, quand le Pacifique se rassemble pour parler d’une seule voix, le message devient beaucoup plus porteur”, a déclaré Édouard Fritch au retour du Forum des îles du Pacifique. (Photo : Christophe Cozette)


    Édouard Fritch : “Ce n’est pas ma victoire”

     

    Au terme des travaux de la retraite des dirigeants, dans le cadre de la réunion du Forum des îles du Pacifique, à Pohnpei, aux États fédérés de Micronésie, la Polynésie française a intégré cette institution en tant que membre à part entière, ce week-end.

    Visiblement fatigué mais heureux de cette “décision historique”, Édouard Fritch est revenu hier après-midi au fenua. Accueilli par les siens, à qui il a longuement parlé de son périple, le président de la Polynésie est revenu sur la décision de “ses frères du Pacifique”, mais également sur sa rencontre avec le président américain, Barack Obama.

     

    Vous avez parlé de décision historique concernant l’intégration de la Polynésie française comme membre à part entière du Forum du Pacifique. Pourquoi ?

    Car statutairement, nous n’avions pas à y être. Depuis 1996, la Polynésie a été acceptée d’abord en tant que membre observateur, puis comme membre associé et le combat ne s’est jamais arrêté depuis pour aller, tous les ans, frapper à la porte pour demander l’adhésion de la Polynésie et de la Calédonie.

    C’est le signe fort qu’il y a une évolution dans l’esprit des leaders du Pacifique, dans l’esprit du forum lui-même.

    Depuis deux ans, nous avons tout fait pour réunir les conditions favorables. C’était cette année ou jamais, je crois. C’est une grande satisfaction.

     

    Qu’est-ce que cela signifie ?

    D’abord, on va arrêter de spéculer sur cette affaire, à chaque départ pour le forum, c’était comme si on assistait à une grande bataille.

    Aujourd’hui, c’est fini, on passe à la phase au-dessus. Nous avons déjà participé à notre première réunion post-forum, avec les bailleurs de fonds et les pays associés et avec lesquels nous discutions sur des programmes sur la santé, la protection des océans…

    Nous sommes aujourd’hui partie prenante à 100 %. J’en ai profité pour voir, avec certains pays, la possibilité de se rendre visite mutuellement, pour partager les expériences dans le domaine de la santé, de l’éducation…

    Il y a des tas de sujets qui, aujourd’hui, vont nous permettre d’échanger librement avec eux.

     

    La Polynésie fait donc pleinement partie de l’Océanie, aujourd’hui ?

    Oui, cela a été mon élément principal de persuasion. La Polynésie, qui est à l’entrée de ce vaste océan quand on vient du continent américain, est un voisin des îles Cook, lesquelles sont nos frères de sang et de cœur.

    Leur monnaie et leur justice sont néo-zélandaises et elles sont membres depuis la création du forum, en 1971, et nous étions considérés comme des frères à part.

    Nous étions comme des îles n’étant pas dans la région Pacifique. Cela était un vrai problème. Après la COP21 et le sommet France-Océanie, tout le monde s’est rendu compte que, quand le Pacifique se rassemble pour parler d’une seule voix, le message devient beaucoup plus porteur que d’avoir des voix venant des “gros pays”, avec deux, trois îles qui donnent un message différent.

    Aujourd’hui, au nom de la région et de l’unité, ils ont décidé que tout le monde y entre. Vont rester à l’extérieur Tokelau et Wallis-et-Futuna et j’ai l’impression que des pays comme Hawaii ou les Samoa américaines ne vont pas tarder frapper à la route pour être dans ce train.

    Ce train va fonctionner vite aujourd’hui, la région attire les Américains et les Chinois aussi. Je pense que l’état d’esprit a évolué car les comportements ont évolué. Il faut arrêter de dire qu’on est les plus forts, les plus intelligents, les plus riches…

    Nous sommes tous au même niveau, nous sommes tous au niveau 0 de l’océan Pacifique. À partir de ce moment-là, nous nous battons ensemble.

    Il y a beaucoup moins d’arrogance dans les discours. J’essaye de me comporter comme un vrai Océanien.

     

    Cela va-t-il être une épine dans le pied des indépendantistes ?

    Je ne sais pas comment les indépendantistes voient la chose. Dans mes remerciements que j’ai faits au Premier ministre néo-zélandais, au président du forum et à nos amis, j’ai cité Oscar (Temaru, NDLR) et tous les présidents depuis 1996, qui ont apporté leur pierre à cette réussite. Ce n’est pas ma victoire. Depuis 20 ans, tout le monde a souhaité intégrer le forum.

     

    Et par rapport à l’ONU ?

    Dès la semaine dernière, beaucoup de personnes m’ont demandé confirmation sur mon déplacement à New York.

    Il ne faut pas se tromper, je ne vais pas à New York pour aller contre l’indépendance ou aller contre les Polynésiens.

    Cela serait la plus mauvaise méthode pour nous, il ne faut pas aller se diviser là-bas, ce n’est pas la peine d’afficher ce que nous ne sommes pas.

    Les choses ont changé, je discute avec Oscar Temaru sans problème. Je vais parler du statut d’autonomie, je vais parler de ce que le gouvernement polynésien fait et a les moyens de faire, dans le cadre de ses compétences. L’indépendance n’est pas mon problème.

     

    Vous semblez avoir été impressionné par la rencontre avec le président américain, Barack Obama…

    C’est quelque chose. Il est impressionnant, d’abord sur la forme. Il se déplace, comme un seul homme, avec toute une meute de près de 100 personnes. Proches de lui, six gardes du corps veillent à sa protection, mais l’homme est extraordinaire.

    Dans son discours, il y avait des choses intéressantes. Sa volonté est de pouvoir rester dans le Pacifique après sa mandature, j’ai cru comprendre qu’il allait s’installer provisoirement à Honolulu, chez lui, pour nous aider sur la lutte pour la protection des océans.

    C’est une personne qui a envie de découvrir les autres îles. Je lui ai parlé de la Polynésie, je l’ai invité, en lui précisant que l’on n’était pas pressé, car il est encore très “busy”.

    Je lui ai parlé de notre aire marine protégée, c’est l’une de ses préoccupations à Hawaii. Il est très intéressé, mais pour l’instant, il n’y a aucune date, bien sûr, nous verrons bien. Mais c’est une personne qui porte des messages forts.

     

    Propos recueillis par
    Christophe Cozette

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