Administration – Corruption : des “cas graves”, mais “pas la mafia”

    vendredi 15 janvier 2016

     Appelant à la “tolérance zéro”, Édouard Fritch a fait mention, lundi, devant les chefs de service, de “complaisance coupable” et de “corruption” dans l’administration territoriale. Un tel discours, “inédit” ou “étonnant” selon les observateurs, interroge sur l’ampleur du phénomène.  La chambre territoriale des comptes constate moins d’infractions à grande échelle qu’auparavant, mais ne peut pas relever toutes les “petites” compromissions.

    “C’est la première fois que j’entends un responsable être aussi clair sur le sujet.” La sortie du président Édouard Fritch sur “la complaisance coupable, voire la corruption” dans l’administration n’est pas passée inaperçue ce lundi, lors de ses vœux aux responsables des structures publiques. “C’est assez inédit”, observe Jean Lachkar, le président de la chambre territoriale des comptes (CTC), chargée d’évaluer la gestion des affaires publiques.
    Édouard Fritch n’a pas mâché ses mots : “Qu’il s’agisse de détournement d’argent public, de trafic d’influence ou de petits arrangements entre copains, des comportements malhonnêtes adviennent, malheureusement, au sein de nos structures. Ils n’ont pas été absents de l’année 2015 et j’ai toujours veillé à leur donner des suites judiciaires ou disciplinaires.” Qu’un président en arrive à un tel discours, en présence de journalistes, interpelle. Une façon de se démarquer un peu plus de son ex-mentor ? Ou le signe que la fonction publique serait gangrenée de la tête aux pieds ?
    Si la CTC, bien placée pour mettre au jour les malversations lors de l’examen des politiques des collectivités, fut “noyée” sous les affaires à ses débuts (Haddad-Flosse, emplois fictifs, annuaire de l’OPT…), elle relève aujourd’hui moins de faits susceptibles de poursuite. “Ce qui ne veut toutefois pas dire que le phénomène a disparu, loin de là” : la chambre a saisi la justice pénale deux fois en 2013, deux fois en 2014 et deux fois en 2015.
    C’est ainsi par exemple qu’un ancien maire de Fakarava a comparu début décembre devant le tribunal correctionnel de Papeete pour prise illégale d’intérêts, dans une affaire d’appartement supposément loué par la commune dans son intérêt personnel.
    Comparé à la métropole, il y aurait toujours au fenua “beaucoup” de malversations. Sur le plan historique, l’arrivée incontrôlée d’argent à l’ère du centre d’expérimentation du Pacifique (CEP), alors même que les institutions territoriales n’en étaient qu’à leurs premiers balbutiements, aurait créé de la mauvaise graine. Mais en “valeur absolue”, les cas ne seraient plus légion aujourd’hui dans les plus hauts rangs de l’administration.
    Les responsables auraient “tiré les bonnes conclusions” des affaires qui ont défrayé la chronique et agiraient avec plus de “rigueur” que leurs aînés. Les faits de malversations ne seraient “plus de même nature, ni de même enjeu”.

    Quarante-deux nouvelles enquêtes

    L’un des proches conseillers d’Édouard Fritch appelle donc à la nuance : “Il ne faut pas faire comme si c’était la mafia à tous les niveaux, il ne faut pas extrapoler sur le terme de corruption, car ce serait jeter l’opprobre sur l’administration. Mais il y a des cas particuliers suffisamment graves pour qu’on s’en inquiète.”
    Selon nos informations, une enquête serait par exemple en cours sur un agent des transports terrestres qui aurait délivré des permis de conduire illégalement. En 2015, 42 nouvelles enquêtes pour corruption, trafic d’influence ou encore détournements de fonds publics auraient été ouvertes par le parquet, contre 25 en 2014. “Certaines anomalies ont été constatées”, confirme le ministre de la Fonction publique, et porte-parole du gouvernement, Jean-Christophe Bouissou. “Utiliser du matériel, le louer voire le céder à des fins personnelles, parce qu’on se croit tout permis : voilà un exemple de corruption. Le président a donc souhaité faire un rappel à l’ordre et un appel à la vigilance des chefs de service” (lire ci-dessous).
    “Ces “petites” compromissions, on ne peut pas forcément les voir”, souligne Jean Lachkar. “Mais ce sont des agissements très graves, même s’ils portent sur des sommes peu importantes. Quand on a choisi l’intérêt général, on n’a pas choisi de servir ses propres intérêts ou ceux de ses amis.”

    M.G.

    Tolérance zéro

    “Sachez que mon seuil de tolérance en la matière est au niveau zéro”, a prévenu lundi Édouard Fritch, à propos des malversations dans la fonction publique. Il assure avoir “toujours veillé à leur donner des suites judiciaires ou disciplinaires” : “Il n’y a pas, à mes yeux, de petite ou de grande malhonnêteté”, a-t-il ajouté, en appelant les chefs de service à la dénoncer sans crainte, “quel que soit son degré d’intensité ressenti ou estimé”.
    “La sanction disciplinaire est essentielle, mais ne doit pas être exclusive”, précise la chambre territoriale des comptes (CTC), qui pousse à la saisine du procureur de la République dès que l’on relève des faits susceptibles de constituer une infraction.
    Ne pas le faire serait d’ailleurs illégal, au sens de l’article 40 du code de procédure pénale. “Ce n’est pas à l’élu ou au responsable d’apprécier lui-même la gravité des faits. Il ne doit y avoir aucune complaisance”, martèle Jean Lachkar, président de la CTC. “Il n’y a pas de “petit coup de main” à passer. Sur un territoire de la taille de la Polynésie française, il faut avoir la sagesse de faire abstraction de ses relations personnelles lorsque l’on prend des décisions publiques. Il est très important que les élus, les fonctionnaires, les cadres aient conscience de ce problème et qu’ils mettent en garde leurs agents.”
    Et Édouard Fritch de remarquer : “Chaque franc détourné ou incorrectement employé est un franc de moins pour les actions de solidarité, pour les équipements publics, pour la santé ou l’éducation, et toutes autres actions que nous voudrions engager et pour lesquelles nous manquons de moyens.”

    “Il va secouer un peu les cocotiers”

    Devant les fonctionnaires territoriaux, le président Édouard Fritch s’est dit “révulsé”, lundi, par des cas avérés de “comportements malhonnêtes” voire de “corruption” au sein de l’administration. “Cela crée un climat délétère, décourageant pour la très grande majorité des agents publics, cadres et exécutants, qui œuvrent avec probité”, a-t-il ajouté. “Ce climat de suspicion provoque également un délitement de la confiance de nos concitoyens […]” Nous leur avons demandé leur avis. La plupart ont préféré garder l’anonymat.

    Une chef de service de la fonction publique territoriale :
    “Le discours du président m’a très étonné. Je n’étais pas au courant que l’administration était touchée par la corruption. Pour moi, la classe politique et l’administration, ce n’est pas la même chose… En tous les cas, dans mon service, nous sommes respectueux du code des marchés publics. Les malversations doivent affecter des régies qui manient des deniers publics. Je pense que le discours d’Édouard Fritch aura valeur d’électrochoc. C’est vertueux. Et je suis heureuse qu’il n’ait pas jeté l’opprobre sur l’ensemble de l’administration.”

    Une jeune femme en CDD au service de l’urbanisme :
    “Je pense qu’il y a beaucoup moins de corruption qu’avant, même si certains ont l’impression de la voir partout. Par exemple, les gens pensent que j’ai eu mon poste grâce au copinage, parce que mon père travaille dans un ministère. Mais en réalité, j’ai été embauchée avant qu’il soit nommé, et comme tout le monde, je dois passer les concours pour être titularisée.”

    Un citoyen de 35 ans, salarié dans le privé :
    “Ça ne concerne pas tout le monde, mais malheureusement, ça existe. On le voit parfois dans les mairies, quand les élus utilisent les engins municipaux pour terrasser leur terrain par exemple. Dans le privé – je travaille dans une banque –, on est audité au moins deux fois par an. Dans le public, il n’y a peut-être pas assez de contrôles. Mais j’essaie de ne pas généraliser. Ce sont des exceptions qui font les mauvais choix et qui pénalisent tout le monde. Je connais plusieurs fonctionnaires qui ne sont pas du tout dans ce registre. En tout cas, je suis étonné par le discours d’Édouard Fritch. C’est bien, parce qu’il va secouer un peu les cocotiers. Il est temps de se débarrasser des mauvaises habitudes.”

    Un groupe de retraités au parc Bougainville :
    “Regarde Flosse, l’affaire Haddad, les emplois fictifs… Il a enlevé toutes les richesses du Pays, ça nous dégoûte. Et Édouard Fritch, il n’a pas le droit de tenir ce discours. Il vient de la même bande. Nous, on ne vote plus, ou alors blanc ! On a eu confiance en eux, et eux, ils font leurs lois pour attaquer les petits. Les fonctionnaires, c’est pareil. Dans tous les établissements publics, ils se servent dans les budgets de fonctionnement… Et ils n’ont pas peur de la prison, parce qu’ils sont tous protégés. Alors que nous, les petits, pour le vol d’un tricot ou pour un rien du tout, on se retrouve en taule. C’est vraiment écœurant.”

     

    BILL 2016-01-18 14:00:00
    il faudrait surtout leur mettre des coups de pieds aux c...!!!
    pour qu'ils bossent plus vite...
    un permis de construire 2 mois!!! A croire qu'il ya une demande de 50 permis par jour...
    les hypothéques 3 mois avec 5 relances pareil!!!!
    on les paye avec nos impôts et taxes et ils se prennent pour des dieux!!!
    citoyendepirae 2016-01-15 19:04:00
    c'est le groupe de retraité du parc Bougainville qui a la vision la plus pragmatique du phénomène de magouille dans l'administration du pays. Le président est aujourd'hui là où il est, grâce à ce système et il est absolument pas crédible. Bien sur, à cause de son mandat on doit faire le dos rond devant lui sinon les choses n'avancent plus...
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