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“Affaire Papy Ellis”, un père incestueux au cœur d’un trafic d’ice tentaculaire

lundi 10 septembre 2018

En 2002, à l’issue de son passage en cour d’assises, Papy Ellis était décrit comme un monstre froid. (© Florent Collet)

En 2002, à l’issue de son passage en cour d’assises, Papy Ellis était décrit comme un monstre froid. (© Florent Collet)

Dubaquier, Kikilove, Marlier/Mai… Les dossiers de trafic d’ice ne cessent d’occuper le devant des affaires judiciaires. Pourtant, certaines ont échappé aux gros titres des journaux. C’est le cas de l’affaire dite “Papy Ellis” du nom d’un de ses principaux acteurs, qui a pourtant mobilisé forces de l’ordre et juge d’instruction depuis le mois de juin 2017. Cette affaire sera jugée, sauf renvoi, par le tribunal correctionnel au début du mois d’octobre.

La Dépêche de Tahiti a eu accès à l’ordonnance de renvoi conclue la semaine dernière par le juge d’instruction Frédéric Vue.

Mi-juin 2017, les forces de l’ordre obtiennent l’information d’une possible importation d’ice par Frédéric Ellis, Heidy Harua et Eremoana Tamuera. Lesquels seraient financés par Franckie Tumahai et Tamataoa Alfonsi appelé également Sana, le surnom donné à l’ice en Polynésie.

Cette information est exploitée et laisse apparaître que Frédéric Ellis s’est rendu aux États-Unis à huit reprises depuis le début de l’année, toujours pour de courts séjours. Pour les quatre derniers voyages, à l’aller comme au retour, il était à chaque fois dans le même avion que Eremoana Tamuera.

Le 22 juin, les trois sont interpellés à l’aéroport. Dans les locaux de la section de recherche puis au centre hospitalier de la Polynésie, Heidy Harua expulse douze ballons contenant 175,1 grammes d’ice qu’elle dissimule dans son rectum. Ce sont 320,2 grammes divisés en 22 ballots, cachés de la même manière qui sont retrouvés avec Frédéric Ellis.

 

1,4 kilo dans le premier semestre

 

Interrogé à de très nombreuses reprises, Papy Ellis reconnaît ainsi huit voyages pour importer de la méthamphétamine et un autre qui a échoué. L’enquête fait état de ce raté du dernier voyage. Faute de pouvoir repartir avec toute l’ice, huit boudins avaient été dissimulés aux abords de leur hôtel. La collaboration de la police américaine a permis de confirmer ces dires.

Seul ou accompagné, de 70 à 300 grammes lors du dernier voyage, Papy Ellis a admis avoir importé un total de 1,4 kilogramme d’ice sur le premier semestre 2017. Ce qui lui avait permis d’empocher un revenu de 13 millions de francs. L’homme est déjà bien connu de la justice. Il a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir violé durant plusieurs années sa fille et sa belle-fille.
Mais ce dossier regroupe en fait deux affaires. Et, comme souvent en matière d’ice, certaines personnes se retrouvent dans plusieurs dossiers. C’est le cas ici de Franckie Tumahai, condamné à douze reprises dans des affaires de stupéfiants, dont la dernière lors du procès Marlier/Mai en août.

 

Des aller-retour aux États-Unis

 

Dans cette affaire, il est accusé d’avoir financé en partie l’ice acheté par Frédéric Ellis lors du voyage où il se fera interpeller. Si l’affaire est communément appelée “Papy Ellis” par les magistrats du palais de justice, Poutoru Amaru jouerait lui aussi un rôle central. Selon Frédéric Ellis, il aurait financé cinq de ses voyages aux États-Unis.

En décembre 2017, la gendarmerie a l’information de l’organisation par ce dernier d’une importation de méthamphétamine en compagnie de Léontine Ah Sam. Le 21 décembre, cette dernière est interpellée en possession de 52,9 grammes d’ice. Putoru Amaru, son commanditaire, avec qui elle a fait le voyage aller, n’est pas présent au retour comme c’était prévu. Informé de l’interpellation de sa mule, il arrive deux jours plus tard sans drogue en sa possession. Mais les enquêteurs s’intéressent aux douze voyages mentionnés dans son passeport, douze à Los Angeles en 2016 et cinq en 2017.

Après avoir nié durant plusieurs mois, l’homme explique avoir protégé son boss incarcéré depuis, et remet alors au juge d’instruction cinq feuilles manuscrites pour retracer l’historique de onze importations détaillant les financeurs, les transporteurs et les fournisseurs. Un document qui établit, selon le juge d’instruction, le rôle de Purotu Amaru en tant que financeur ou tout au moins d’intermédiaire et organisateur, notamment en recrutant les mules. Jud Zimmerman est désigné comme le financeur des premiers voyages de Frédéric Ellis et Purotu Amaru. Celui qui se fait surnommer June nie connaître Frédéric Ellis. Il sera confondu par sa femme accusant Zimmerman d’avoir invité Ellis à son anniversaire, ainsi qu’Angélina Aka, la tristement célèbre mère tortionnaire, condamnée en 2003 à vingt ans de réclusion criminelle pour avoir causé la mort de son garçon de trois ans.

 

Toujours en cavale

 

Autre personnage central de cette affaire, Tamatoa Alfonsi. Ce Tahitien basé un temps aux États-Unis était le fournisseur d’ice des protagonistes de l’affaire qui vont après sa disparition se rabattre sur des vendeurs de Venice Beach et le chauffeur de taxi nommé Giovanni.

Attendu à l’arrivée d’un vol passant par le Mexique puis par le Japon, Tamatoa Alfonsi dit Sana n’est jamais revenu en Polynésie. Il est toujours en cavale et un mandat d’arrêt à été prononcé à son encontre. Il ne sera pas aux côtés des dix autres prévenus renvoyés devant le tribunal correctionnel et qui encourent dix ans de prison, voire vingt ans pour ceux — nombreux — qui sont en récidive.

Pour rappel, toute personne poursuivie est considérée comme innocente des faits qui lui sont reprochés tant qu’elle n’a pas été déclarée coupable par la cour ou le tribunal compétent pour le juger.

 

F.C.

 

 

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