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Affaire papy Fat : ce que révèle l’ordonnance de mise en accusation

vendredi 2 mars 2018

Depeche du 27-04-2013 page 010

La prochaine session de la cour d’assises qui débutera en mai sera marqué par l’une des affaires les plus retentissantes de ces dernières années, la disparition et la mort de celui que tout le monde connaissait sous le surnom de papy Fat. La Dépêche de Tahiti a eu accès à l’ordonnance de mise en accusation qui a renvoyé quatre personnes devant la cour d’assises et un mineur de moins de 16 ans au moment des faits devant le tribunal pour enfants.
Un dossier particulier puisqu’il avait fallu plus de cinq ans avant de retrouver le corps de papy Fat, alors âgé de 82 ans. Une longue période qui a permis aux accusés de s’entendre sur un pacte secret et qui, années après années, a rendu plus difficile l’exploitation du squelette retrouvé en avril 2013.

“L’information a été rendue particulièrement difficile”, indique ainsi le juge d’instruction Laurent Mayer. “Les mis en examen n’ont cessé de fournir des déclarations évolutives, confuses, contradictoires et pour tout dire mensongères sur le déroulement exact des faits. »

Le 21 juillet 2008, Chong Sing Thong Fat est déposé vers 7 heures du matin par sa fille au magasin But à Papeete. Dès midi, elle s’inquiète de sa disparition. Dans les premières semaines de recherches, de nombreux témoignages fantaisistes disent l’avoir vu en divers points de l’île. Plusieurs témoins sont tout de même d’accord pour dire l’avoir vu prendre le truck à la mairie de Papeete et descendre au stade de Dragon à Titioro.

Nick M., l’un des accusés, qui participe aux recherches indique aux enquêteurs avoir vu papy Fat partir dans la montagne en direction de Vetea pour aller voir son fils. L’accusé indiquait également avoir tenté en vain de l’en dissuader.

Pour le juge d’instruction, cela « fait suite à une concertation, entre les différents jeunes impliqués dans la mort, destinée à égarer les enquêteurs ». Un employé de l’AS Dragon se rappelait également que deux des accusés étaient venus le prévenir de la disparition de papy Fat, mais qu’il avait pris cela pour une plaisanterie.

Les recherches se sont poursuivies jusqu’en 2011, sans succès, l’information pour disparition inquiétante étant close en juin 2012.

C’est finalement en janvier 2013 que l’affaire rebondit. Un témoin anonyme explique avoir entendu le témoignage d’un homme ayant lui-même entendu l’un des accusés mettant en cause ses autres comparses dans le vol ayant finalement abouti à l’enterrement du corps du matahiapo et que les différents protagonistes avaient conclu un pacte pour conserver le secret.

De fil en aiguille, les cinq accusés sont interpellés et interrogés. Ils expliquent, eux aussi, avoir voulu venir en aide à papy Fat « parce que c’est un endroit dangereux pour lui ». Le vol est d’abord présenté presque comme une offrande de papy Fat aux jeunes qui veulent lui venir en aide « de force » et l’ont finalement laissé face à sa résistance et de l’avoir retrouvé mort le lendemain.

Les cinq jeunes n’avaient pas averti la police car ils cultivaient une plantation de paka à proximité. Ils l’avaient ensuite enterré, non sans avoir lancé des pierres pour faire entrer la dépouille dans un trou trop petit pour le corps de l’homme. Mais au fur et à mesure des interrogatoires et des confrontations, les versions allaient évoluer.

 Le juge d’instruction comptabilise ainsi une trentaine de versions données par les auteurs avec « une volonté commune de continuer tout au long de l’enquête à masquer une partie de la vérité ». Le juge d’instruction parvient tout de même à avoir des certitudes. Pour lui, les cinq mis en examen étaient présents lors du vol et se sont partagés le butin. Et tous ont participé aux violences commises « en barrant la route au vieil homme, en l’entourant, en le secouant et en le tirant avec une force extrême pour le décrocher des branches ».

Pour lui, « le lien de causalité entre le vol avec violences et sa mort apparaît certain » notamment en abandonnant papy Fat « qui ne pouvait plus se lever, ni parler, et ce alors que son état était, de l’aveu même de certains accusés, inquiétant, et ont omis volontairement d’appeler des secours de peur que les faits de vol avec violence ne soient dénoncés par la victime. En l’abandonnant ainsi, seul, la nuit et dans un environnement difficile, ils prolongaient ainsi l’état de stress du vieil homme, ce qui peut être assimilé à une violence supplémentaire ».

Selon les différentes expertises menées sur le squelette, seules deux raisons peuvent expliquer la mort de l’octogénaire, soit un stress intense engendré par l’agression qui en durant des heures aurait pu entraîner une défaillance cardio-respiratoire, soit des suites d’une hémorragie interne liée à une chute suite aux coups reçus.

Sur les cinq agresseurs, Reid H avait moins de 16 ans au moment des faits, il sera jugé par le tribunal pour enfants. Johnson P. et Sylvestre P. étaient mineurs de plus de 16 ans, mais étaient accompagnés de deux majeurs Helaman F. et Nick M. Ils seront donc quatre à comparaître devant la cour d’assises. Ils encourent tous la réclusion criminelle à perpétuité. 

Florent Collet

 

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