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Affaire radio Tefana : “soupçons”, “indépendance” et “Histoire”

mardi 25 juin 2019

Conciliabule après les réquisitions du procureur. Photo : Florent Collet

Conciliabule après les réquisitions du procureur. (Photo : Florent Collet)

La justice avec un grand J, le droit avec un grand D. Tout au long de ce procès, magistrats et avocats ont voulu écrire ce procès en lettre majuscule. De l’avis des observateurs et avocats présents, les quatre jours d’audience pourraient bien entrer dans l’histoire avec un grand H de la Polynésie, et en témoigne sa longueur alors qu’il n’était prévu que sur une demi-journée.

Deux heures et demi auront par exemple ainsi été nécessaires au procureur de la République pour expliquer pourquoi, selon lui, Oscar Temaru a bien été coupable d’une prise d’illégale d’intérêt. Il s’est évertué à expliquer longuement les subtilités de cette infraction en martelant à de nombreuses reprises l’impartialité de la justice, désamorçant tout procès politique visant particulièrement le leader indépendantiste.

Le procureur s’est ainsi attardé à expliquer que la prise illégale d’intérêt pouvait être constituée “par le seul fait d’exposer la fonction aux soupçons” et ce même si l’intérêt pouvait être “minime, insignifiant”, voir “inexistant”.

 

Une radio orientée

 

Dans cette affaire, Oscar Temaru a fauté en ayant participé à plusieurs conseils municipaux attribuant des subventions, des moyens humains et matériels à une association présidée par le vice-président de son parti et “frère du lutte” Vito Maamaatuaiahutapu.

Il lui est aussi reproché que la plupart des animateurs et journalistes sont des militants du tavini. La défense a toujours regretté l’absence d’enregistrements prouvant une propagande à l’antenne, mais le procureur a renvoyé vers l’objet même de l’association : “la promotion de la lutte contre les essais nucléaires et de l’accès à la souveraineté” ; le même que celui du parti d’Oscar Temaru. Il a rappelé également les déclarations de plusieurs employés durant l’enquête allant en ce sens.

Le procureur semblait pour autant ne pas vouloir accabler Oscar Temaru. “Je le répète, il n’y a pas de détournement de fonds publics” et s’excusait presque. “Le législateur est particulièrement rigoureux et répressif. (…) Il faut changer la loi peut-être, mais ce n’est pas le travail du tribunal.” Le procureur a tenu à montrer son impartialité et a nié toute volonté politique adressée à un seul parti.

Après les affaires Radio Bleue et Radio Maohi, il a estimé “qu’il faut fermer définitivement le livre des radios communales ou plutôt des radios libres communales.”

Ainsi même si Hervé Leroy estime que Oscar Temaru “n’est pas un corrompu, qu’il est moralement et intellectuellement honnête”, “il a failli à son devoir de neutralité.” Il a requis à son encontre 5 millions de francs d’amende, 1million de francs contre Vito Maamaatuaiahutapu, 400 000 francs dont la moitié avec sursis pour Heinui le Caill, et 20 millions dont la moitié avec sursis pour la radio.

 

“C’est une relaxe pour la paix que je vous demande”

 

Les quatre avocats de la défense se sont, lors de plaidoiries fleuves, attaqués à l’enquête “mal menée” du procureur, et aux objectifs “politiques” du procès. Me Dubois s’est insurgé contre des réquisitions “au rabais”. “Le procureur dit qu’il n’y aucune intention frauduleuse, mais pas de chance, il est condamné. Il dit qu’Oscar Temaru n’a pas fait exprès mais qu’il ne peut y échapper.”

L’avocat a souhaité donner un sens historique à ce procès. “J’ai peur que l’on vienne rallumer des braises que l’on n’a pas besoin de rallumer”, rappelant que le combat de Oscar Temaru est le même que celui qui existe ou a existé en Corse, en Yougoslavie ou en Israel.

Maître Dubois a conclu que “c’est l’histoire qui jugera ce procès et l’intention ou pas de l’État de nuire à Oscar Temaru.”

Revenant au droit, il a estimé que le parquet “a refusé la demande d’enregistrement parce qu’il sait déjà qu’il n’y a pas de propagande. Avec des enregistrements, en 5 minutes c’était la relaxe.” Il a invité les juges à ne pas reproduire l’erreur commise pour Pouvanaa. “Ça laissera une trace injuste. Soixante ans après on en voit encore les stigmates. C’est une relaxe pour la paix que je vous demande.”

“Il y a des procès qui font la démonstration d’une anomalie criarde”, a ensuite démarré Me Antz en s’attaquant au procureur qui “découvre Tahiti au travers de ce procès hormis ses paysages et le discours des fonctionnaires.” Le conseil de Heinui Le Caill estime qu’on “utilise le droit pour écarter et affaiblir Oscar Temaru. Mais la justice n’a pas pris la mesure de cette personne capable de rebeller contre les causes injustes, qui aura un jour sa place dans le Larousse.”

 

Paranoïa et lampadaires

 

Me Jourdainne, dans une plaidoirie particulièrement virulente à l’encontre de l’indépendance du parquet qui vient “jeter l’opprobre sur un homme honnête et irréprochable”, a estimé qu’en appliquant le droit expliqué par Hervé Leroy un maire doit “soit démissionner ou ne plus prendre de décisions.” Il a rappelé que la Chambre territoriale des compte ou le conseil supérieur de l’audiovisuel n’avaient rien eu à redire sur la radio, et que si la “la faute d’Oscar Temaru était évidente, il n’y aurait pas besoin de 2h30 de réquisition. (…) On commence à devenir paranoïaque, si l’on peint des lampadaires en bleu, c’est la prise illégal d’intérêt et du recel pour le vendeur de peinture.”

Après avoir dénoncé l’argent versé par le Pays pour fêter l’autonomie ou la garden party du 14 juillet dans les jardins du haut commissariat, Me Koubbi a rappelé toutes les difficultés éprouvés par les avocats pour préparer la défense d’Oscar Temaru et les erreurs commises par Hervé Leroy durant l’enquête et sa conclusion. “Il est intolérable d’avoir à prouver l’innocence, la charge de la preuve incombe à celui qui l’allègue.”

Visiblement admiratif des valeurs de son client, l’avocat parisien estime que face à l’injustice il “a de la chance de ne pas être Polynésien parce que je serais déjà en prison.”

L’avocat a demandé à ce que les exceptions de nullité soulevés au début du procès par la défense ne soient pas retenues “C’est la relaxe ou rien, il veut sa probité. Il me l’a dit ‘’qu’ils m’innocentent ou qu’ils me jettent en prison.”

Ce sera en substance le dernier message délivré aux magistrats “je l’ai toujours répété, il n’y pas de démocratie dans un pays sous tutelle. S’il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas de justice.” C’est avec cette pression que les juges délibéreront et donneront leur décision le 10 septembre.

 

Compte rendu d’audience Florent Collet

 

 

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