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Aides aux petits commerces : où sont les sous ?

lundi 13 mars 2017

commerces papeete

Plusieurs commerçants semblent prendre la situation avec fatalité, comme le gérant de Montres & Bijoux, dans le quartier du commerce à Papeete. “Qu’on râle, oui, mais ça ne m’étonne qu’à moitié”, explique-t-il, connaissant la lenteur administrative. (© Marie Guitton)


En septembre dernier, deux mesures d’aides aux commerces de proximité, restaurants et petites entreprises étaient instaurées. À ce jour, seuls 29 demandes sur 300 ont fait l’objet d’arrêtés d’attribution au Journal officiel… Et les bénéficiaires attendent toujours les sous. La direction générale des affaires économiques reconnaît avoir été “un peu submergée”. Quid des commerçants sinistrés ?

“On est un peu énervé. En septembre dernier, le ministère de l’Économie nous avait invités à une réunion pour nous expliquer que de nouvelles aides venaient d’être mises en place. J’ai fait une demande le 4 octobre, pour refaire les peintures, les sols et la déco de mon magasin. On est le 10 mars, et toujours rien.”

Comme ce quinquagénaire qui tient boutique le long du marché de Papeete, de nombreux patrons se disent aujourd’hui sans nouvelle de leurs demandes d’aide à la “revitalisation” de leurs petits commerces ou restaurants.

Ce dispositif, qui avait pourtant fait l’objet d’une belle communication lors de son adoption en juillet dernier, devait leur permettre de “rénover, aménager et améliorer l’attractivité” de leurs points de vente, en finançant jusqu’à 70 % du montant des travaux nécessaires, dans la limite de 5 millions de francs par tête.

Mais six mois plus tard, seuls six arrêtés d’attribution d’aide ont fait l’objet d’une publication au Journal officiel de la Polynésie française (JOPF), pour un montant total de seulement 2,3 millions de francs.

Pire : au moins trois de ces six commerçants qui auraient dû toucher, selon le JOPF, tout ou moitié de l’aide “à compter de la date de la publication de l’arrêté” (fin décembre 2016 en l’occurrence) n’ont jamais rien reçu à ce jour.

Ne pouvant attendre éternellement, ils ont toutefois bel et bien commencé, voire achevé, leurs travaux sur fonds propres et n’espèrent plus, aujourd’hui, qu’un remboursement.

“S’ils pouvaient juste nous donner avant qu’on redépense…”, souffle la gérante d’un magasin du centre-ville.

“J’ai fini mes travaux, j’ai envoyé les factures et on m’a dit que c’était en cours”, raconte une pâtissière des îles. “Je ne suis pas inquiète, ni même fâchée. J’ai simplement appris à être patiente.”

Une troisième, coiffeuse à Punaauia, s’est renseignée la semaine dernière : “On m’a dit qu’avec le changement d’année, ça pouvait prendre du temps. Et que la priorité avait été donnée aux commerçants sinistrés…” En réalité, eux non plus n’auraient rien touché pour l’instant (lire ci-dessous).

 

29 dossiers sur 300

 

D’autres gérants qui n’ont même pas vu leurs noms passer au Journal officiel, alors qu’on leur avait confirmé qu’ils étaient éligibles aux aides, sont nettement plus virulents.

“C’est du foutage de gueule !”, lance le quinquagénaire près du marché de Papeete.

La direction générale des affaires économiques (DGAE, chargée de réceptionner les demandes) l’aurait encouragé à engager ses travaux, d’un montant estimé à moins d’un million de francs, dès le moment où il avait déposé sa demande.

Six mois plus tard, considérant le trou dans sa trésorerie, il dénonce des “effets d’annonce”.

Le 21 novembre dernier, par exemple, la présidence annonçait l’examen de 38 dossiers pour un montant total d’investissement de 126 millions de francs. Il y a deux semaines, le 24 février, un nouveau communiqué parlait de 97 dossiers représentant 425 millions de francs, déposés au titre de l’aide à la revitalisation, mais aussi de l’aide à l’équipement des petites entreprises, un second dispositif voté en juillet dernier.

Or, à ce jour, selon les arrêtés publiés au JOPF, seuls 25,9 millions de francs d’aide ont été actés noir sur blanc, correspondant aux six dossiers de revitalisation précités et à 23 dossiers d’aides en équipement. Soit 29 dossiers sur 300 demandes, de l’aveu même du directeur de la DGAE, qui semble ne pas pouvoir, par ailleurs, confirmer que le moindre versement ait déjà été effectué.

“C’est du pipeau tout ça. Donc ça nous met sur les nerfs”, conclut le gérant d’un magasin de souvenirs de la capitale. “Au bout d’un moment, les trois-quarts des demandeurs vont laisser tomber et c’est exactement ce qu’ils veulent.”
D’après lui, la raison en est simple : “Ils n’ont pas l’enveloppe financière.”

 

Marie Guitton

 

William Vanizette, directeur de la direction générale des affaires économiques : “C’est vrai qu’il y a eu un petit retard”

Combien de demandes d’aides à la revitalisation et à l’équipement avez-vous reçues ?

Grosso modo, pas loin de 300. Mon équipe a été un peu surprise et submergée. Ces mesures marchent très bien, à tel point qu’on va battre un record historique : pour l’instant, c’est un budget de 500 millions de francs qui est inscrit.

 

Mais à ce jour, seuls 29 commerçants ont fait l’objet d’arrêtés d’attribution au Journal officiel, et même eux n’ont visiblement rien touché. Pouvez-vous nous dire, aujourd’hui, combien de francs ont été effectivement versés ?

La DGAE n’est qu’un maillon dans la filière de traitement administratif du dossier. C’est vrai qu’il y a eu un petit retard du fait des règles comptables qui nous ont été imposées par les services financiers. Et parfois, on court aussi après les demandeurs pour les pièces manquantes.

En délai administratif incompressible, on ne peut pas faire mieux que quatre mois. Effectivement, c’est une situation un peu insatisfaisante, mais on est en train de tout faire pour l’améliorer. Par ailleurs, attention : publication de l’arrêté ne veut pas dire versement de l’aide. Le délai à partir de là est, je dirais, d’un bon mois et demi.

 

Quand la présidence envoie un communiqué (le 24 février) parlant de 97 dossiers examinés pour un montant d’investissement de 425 millions de francs, susceptibles d’être pris en charge à 50 ou 70 % par le Pays, cela ne veut donc pas du tout dire que les aides sont débloquées…

La commission d’examen est une étape. Après, il y a la finalisation des dossiers pour transmission au contrôle des dépenses engagées. Au-delà d’un certain montant, pour les sociétés, ça va en commission de contrôle budgétaire de l’assemblée.

Après, les dossiers reviennent chez nous. Ils repartent dans le circuit de la vice-présidence et du gouvernement pour passation de l’arrêté. Ça nous revient et ça repart dans le circuit du paiement de l’aide… Et à chaque fois, il y a des délais.

 

Des commerçants pensent que le Pays n’a tout simplement pas l’argent…

Ce n’est pas une question de trésorerie, le budget est installé. Après, si au premier trimestre, nous l’épuisons en entier, ce sera au gouvernement de faire en sorte de l’ajuster.

Notre prévisionnel pour 2017, en comptant les demandes des commerçants sinistrés lors des inondations, frôle les 700 à 800 millions de francs pour ces deux aides.

 

Propos recueillis par M.G.

 

aide commerce

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