Habillage fond de site

Alcool, drogue, sexe, dégradations et intimidations : des riverains à bout

jeudi 7 décembre 2017

abribus collège taravao

Depuis plusieurs années, mais de façon croissante, ces derniers mois, des jeunes ont pris l’habitude de se regrouper sous l’Abribus du collège de Taravao, le week-end, pendant la nuit. (© Anne-Charlotte Bouleau)


Ces derniers mois, la situation dans la rue qui longe le collège de Taravao s’est dégradée : chaque week-end, en soirée, les jeunes affluent pour faire la fête en toute impunité. Nuisances sonores, alcool, drogue, mais aussi abandon de déchets en tous genres et relations sexuelles à proximité de la voie publique, tous les excès sont de mise. Malgré les signalements à répétition, les dépôts de plainte et les courriers assortis d’une pétition adressés aux autorités, les riverains, impuissants, continuent d’endurer le pire.

Quand les riverains du collège de Taravao se confient sur leur quotidien, ce qui frappe d’emblée, c’est qu’ils parlent d’une même voix, mais de façon anonyme, par peur des représailles. “On prend des risques en témoignant, mais on n’a pas le choix : ça ne peut plus durer !”, confient-ils.

Quel que soit leur âge, qu’ils soient métropolitains ou polynésiens, tous dépeignent malgré eux un tableau digne des quartiers peu fréquentables de l’Hexagone pour décrire leurs soirées de fin de semaine, avec des anecdotes par dizaines.

C’est principalement l’Abribus vétuste, situé en face des habitations, qui concentre le problème : tous les week-ends, pendant la nuit, des jeunes, dont des mineurs, s’y retrouvent pour faire la fête.

Musique à plein volume, hurlements et concours de vitesse à bord de scooters sont au rendez-vous, le tout associé à une consommation d’alcool et de produits stupéfiants, incluant l’abandon de déchets sur place et aux abords des propriétés.

“Certains ont même des rapports sexuels plus ou moins sur la voie publique”, précisent quelques riverains.

 

Un câble tendu en travers de la route

 

La situation durerait depuis plusieurs années, mais elle se serait accentuée au cours des derniers mois. Un événement a plus particulièrement marqué les esprits : un soir, les squatteurs ont détaché le câble d’une clôture pour le tendre en travers de la route. Une riveraine, alertée par le coup de frein d’un 4×4, avait ensuite pu interpeller un motard juste à temps “pour qu’il ne se fasse pas décapiter”.

Les signalements auprès de la police municipale et de la gendarmerie restent hebdomadaires, malgré le dépôt de plusieurs plaintes, notamment pour vols, dégradations et nuisances sonores.

Entre fin avril et mi-juin, des courriers, accompagnés d’une pétition, ont été adressés au maire de Taiarapu-Est et au ministre de l’Équipement, mais également au procureur de la République et au haut-commissaire, sans succès.

“En attendant, nous vivons dans la peur. On ne se sent pas en sécurité”, confient les riverains, victimes d’intimidations à répétition. Insultes et projectiles viennent désormais compléter le tapage nocturne habituel.

Il y a deux semaines, c’est la vitrine d’un local commercial voisin qui a été brisée. Contrôles plus réguliers et approfondis, couvre-feu, sanctions, les riverains envisagent toutes les possibilités, y compris celle de déménager. En l’état actuel des choses, tous appréhendent avec angoisse les prochaines vacances scolaires, associées aux fêtes de fin d’année.

 

A.-C.B.

 

Réactions

Une commerçante : “On n’est jamais tranquille”

“Ça fait trois ou quatre ans qu’on a commencé à avoir des vols. Une fois, ils ont cassé le mur avec une barre à mine ; une autre fois, ils ont arraché le grillage pour nous dévaliser.

À chaque fois qu’on revient après le week-end, on retrouve des bouteilles d’alcool, et parfois des préservatifs usagés et des excréments. Bien sûr, on doit nettoyer tout ça nous-mêmes.

On n’est jamais tranquille. Ça menace notre entreprise, alors qu’on a besoin de travailler. Dans ces conditions, c’est pénible. On a déposé plusieurs plaintes.

À chaque fois, on a eu des promesses, mais rien n’a été fait. Je pense qu’il faudrait qu’il y ait plus de rondes, avec contrôle d’âge et d’identité, et des gardes à vue, parce qu’ils ne consomment pas que de l’alcool… Il y a aussi de la drogue.”

 

 

Un riverain : “Ça prend de plus en plus d’ampleur”

“C’était déjà comme ça quand j’étais petit. Mon père avait fait des démarches, mais ça ne s’est pas arrangé. Ça doit faire une quinzaine d’années que cet Abribus a été mis en place pour les élèves, mais la nuit, malheureusement, il sert à autre chose.

Les jeunes se sont approprié les lieux pour faire la fête. Ils n’hésitent plus à aller sur les propriétés, pour dégrader et voler. On subit aussi des nuisances sonores, avec la musique à fond, les cris et le va-et-vient des scooters.

C’est devenu difficile de discuter avec eux, donc la seule solution qu’il nous reste, à chaque fois, c’est de nous tourner vers la police municipale ou la gendarmerie. Ça prend de plus en plus d’ampleur, avec un groupe d’une quinzaine de filles mineures, qui font la fête comme des mecs. C’est hallucinant !”

 

 

Une riveraine : “On en a par-dessus la tête !”

“Ça fait trois ans qu’on habite dans cette rue et la situation se dégrade. Chaque week-end, des jeunes, dont des filles mineures, viennent faire la fête près de chez nous.

Quand on appelle la police municipale ou la gendarmerie, ils viennent les chasser, mais ça ne les empêche pas de revenir. Ils viennent taper sur notre portail et quand on leur demande d’arrêter, on se fait insulter.

Du coup, on ne dort pas bien et on est constamment sous pression. Un jour, ça va exploser et c’est nous qui allons prendre. J’ai éduqué mes enfants avec des valeurs, alors je me demande ce que font les parents de ces jeunes-là… On en a par-dessus la tête !

La violence continue à monter et on se demande vraiment ce que les autorités attendent pour réagir. Où est la limite ?”

 

 

Un riverain : “On ne sait plus quoi faire”

“On les entend hurler dans tout le quartier ! Ces jeunes n’ont aucun respect pour les gens. Ils nous insultent, ils s’amusent avec nos poubelles, ils provoquent nos chiens et ça dérange tout le monde. Je suis obligé de m’inquiéter, car ma famille est propriétaire des maisons en location dans ce secteur.

On appelle la police municipale et la gendarmerie toutes les semaines. Il faut mettre des amendes, sinon ça ne sert à rien ! Ils attendent peut-être qu’il y ait un mort ? Il est temps de réagir, avant que le problème prenne encore plus d’ampleur. On ne sait plus quoi faire, alors que c’est nous qui sommes des victimes.”

 

 

Une riveraine : “Tous les voisins se plaignent”

“C’est déjà arrivé qu’il y ait jusqu’à une trentaine de jeunes devant chez nous, entre l’Abribus et le snack. C’est un gros souci : tous les voisins se plaignent.

J’habite dans cette maison depuis trois ans et, à l’époque, on pouvait discuter avec eux. Depuis quelques mois, il y en a de nouveaux qui sont arrivés et ils sont terribles.

En avril, il y a eu une période de vingt-deux jours où c’était jour et nuit, avec la musique, les cris et les runs en scooter. C’était horrible ! Comme ils ont vu qu’on avait fait une pétition, on a reçu des bouts de bois sur notre toiture et des sacs-poubelle dans notre cour. Ils ont aussi cassé notre portail et volé nos bacs à ordures. On est impuissant. On n’ose même plus sortir…

Les médias sont notre dernier recours. Il faudrait peut-être instaurer un couvre-feu, mettre des amendes ou donner des travaux d’intérêt général. On sait qu’il y a un manque d’effectifs, mais il faut trouver une solution.”

 

vandalisme

Il y a deux semaines, la vitrine d’un local commercial voisin a été brisée. (© Anne-Charlotte Bouleau)

pétition taravao

Adressée aux représentants de la commune, du Pays et de l’État, la pétition des riverains est restée lettre morte depuis plusieurs mois. (© Anne-Charlotte Bouleau)

bouteille de bière

Les riverains retrouvent toutes sortes de déchets dans leur quartier, dont quantité de bouteilles d’alcool. (© Anne-Charlotte Bouleau)

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Selon vous, quelle troupe remportera le Heiva i Tahiti cette année en Hura Tau :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete