Analyse des candidats arrivés en tête au fenua

    lundi 24 avril 2017

    Le candidat arrivé en tête au fenua : François Fillon devant dans tous les archipels

    Fillon

    Le soutien du Tapura à François Fillon a été respecté, mais le candidat de la droite dite “classique” est balayé de l’élection présidentielle. (© AFP)

    Quel contraste entre les résultats nationaux et locaux. Alors qu’à l’échelle nationale, les Français ont massivement sanctionné le candidat de la droite classique, François Fillon, en l’éliminant du second tour, les Polynésiens l’ont placé en tête.

    Au plan national, le candidat LR est le grand perdant de ce premier tour, au terme d’une campagne laborieuse durant laquelle sa mise en examen l’aura discrédité aux yeux de nombreux électeurs. Au fenua, malgré l’embarras provoqué par ses soucis avec la justice, le parti de la majorité au pouvoir, le Tapura, avait appelé à le soutenir. Et le message envoyé par son leader politique Édouard Fritch a été suivi.

    François Fillon a ainsi obtenu 35,28 % des votes exprimés, soit 26 679 bulletins sur les 75 621 déposés dans les urnes. Marine Le Pen arrive deuxième, juste derrière, avec 32,54 % des voix.

    Si en métropole, ce premier tour de la présidentielle témoigne notamment d’une forte volonté de changement et de renouvellement de la classe politique, au fenua, au contraire, les comportements des électeurs n’évoluent pas vraiment. Autrement dit, ici, on suit la parole du leader.

    Édouard Fritch peut donc se rassurer : même si de multiples facteurs interviennent dans le cadre d’une élection présidentielle, la discipline de parti a agi auprès des militants, soutiens et sympathisants du Tapura. Et c’est dans les archipels des îles Sous-le-Vent, des Tuamotu, des Marquises et des Australes que la consigne a le plus été respectée.

    Ainsi, aux îles Sous-le-Vent, François Fillon a obtenu 44,24 % des voix, soit dix points de plus que Marine Le Pen. Aux Marquises, son avance est également nettement marquée : il a obtenu 43,34 %, soit un peu plus de dix points d’écart également avec la candidate de l’extrême droite.

    Aux Australes et aux Tuamotu, l’avance du candidat soutenu par le Tapura est plus mince : 45,71 % et 42,44 % (soit près de 5 et 4 points d’avance seulement sur la candidate de l’extrême droite).

     

    Score très serré aux îles du Vent avec Le Pen

     

    Enfin, c’est aux îles du Vent que la bataille aura été la plus serrée. Le candidat soutenu par le Tapura arrache la première place d’une très mince avance avec 31,61 % des voix contre 31,23 % pour Marine Le Pen. Cela ne représente donc que 200 voix d’écart. Celui-ci aurait pu être plus important en faveur de François Fillon, si son score à Paea n’avait pas été si faible. Il n’a obtenu dans cette commune que 19,90 % des suffrages (de loin son plus bas score aux îles du Vent). Les conséquences d’un désaccord politique (concernant les législatives à venir) entre Édouard Fritch et le maire Jacquie Graffe. Ce dernier avait donc donné pour consigne de voter en faveur d’Emmanuel Macron. Un message suivi à 38,11 % par les administrés. D’ailleurs, Emmanuel Macron fait, dans cette commune de la côte ouest, son plus haut score, en tête sur tous les autres (38,11 %).

    Sur l’ensemble de la Polynésie française, François Fillon aura néanmoins obtenu 26 679 voix, soit 2 075 de plus que la candidate soutenue par le Tahoera’a. Mais cette victoire locale n’est qu’une goutte d’eau à l’échelle nationale. Balayée par la vague Macron et celle de Le Pen. 

     

    Y.R.

    Le candidat arrivé en deuxième position au fenua : Le Tahoera’a a permis une percée fulgurante de Marine Le Pen

    le pen

    Marine Le Pen a fait une percée considérable dans le paysage politique local, grâce à la machine électorale du Tahoera’a. (© AFP)

    Sur un nuage… Marine Le Pen est l’autre grande gagnante – avec Emmanuel Macron – de ce premier tour de l’élection présidentielle, puisqu’elle est qualifiée pour le second tour. Avec 21,4 % des voix, elle est arrivée, au plan national, en deuxième position, derrière Emmanuel Macron, qui aura totalisé 23,9 % des voix.

    Au fenua, la candidate a également fait un score imposant. Et le Front National vient de s’imposer avec force dans le paysage politique local. Certes, Marine Le Pen n’est pas en tête puisque c’est la candidature Fillon qui a dominé dans tous les archipels, mais la percée du FN est foudroyante et la place en deuxième position sur l’ensemble de la Polynésie avec un score de 32,54 % des votes exprimés, soit 24 604 bulletins en sa faveur (pour rappel, François Fillon a obtenu 35,28 % soit 26 679 bulletins).

    Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, elle avait fait 5 151 voix, soit 5,73 %. Que s’est-il passé en cinq années pour qu’elle gagne 19 453 voix ?

    Certes, le FN a mené, durant ce laps de temps, une entreprise de dédiabolisation, a polissé son discours et soigné sa communication. Ce qui aura permis d’accéder à un nouvel électorat.

     

    Un programme sur-mesure mais surtout une consigne orange

     

    Certes, le parti Te Nati, piloté par Éric Minardi représentant localement le FN, a fait du travail pour conquérir peu à peu des voix. Il avait aussi planché et élaboré un programme FN spécifique local détaillé pour gagner du terrain.

    Mais l’explication majeure est ailleurs : Gaston Flosse avait demandé de voter pour Marine Le Pen. L’un des enseignements de ce vote FN est que l’on mesure à quel point la parole d’un leader politique est toujours très suivie en Polynésie. En particulier, celle du vieux Lion, qui prend seul ses décisions et les impose ensuite  avec poigne au sein du Taohera’a. Si certains cadres du parti ont du mal à avaler la pilule de cette alliance avec la candidate du FN, les militants, eux, ont appliqué avec discipline la consigne.

    Autre enseignement notable de ce vote : les électeurs Tahoera’a n’ont pas tant voté pour le programme national du FN que pour un enjeu purement local. En effet, c’est le projet de “Pays associé” – cher à Gaston Flosse et accepté par Marine Le Pen – que les électeurs orange ont validé samedi dernier. Si l’on observe les votes en faveur de la candidate par archipel, on s’aperçoit que c’est dans les lointaines îles des Australes que le score est le plus élevé avec 40,36 % des voix. Arrivent derrière les Tuamotu avec 38,55 %, les îles Sous-le-Vent, puis les Marquises. Aux îles du Vent, elle a obtenu 31,23 %. Le score le moins élevé, dû au fait que c’est là que la candidature Macron a récupéré le plus de voix (17,51 %).

    Quinze ans après son père, Marine Le Pen est donc au second tour de l’élection présidentielle. Les premières projections sondagières lui attribuent 38 % des voix contre 62 % pour Emmanuel Macron. Mais au fenua, l’issue du vote s’annonce très ouverte. Le parti orange va redoubler d’efforts pour tenter de la faire gagner, sinon à l’échelle nationale, au moins localement. 

     

    Y.R.

     

     

    Le candidat arrivé en troisième position au fenua : Emmanuel Macron, désormais favori jusqu’en Polynésie

    emmanuel macron

    Appliquées localement, les consignes de vote de François Fillon et Benoît Hamon présagent un report massif de voix en faveur d’Emmanuel Macron. (Photo : Denis Meyer/Hans Lucas/AFP)

    Avec 14,70 % des voix au fenua, Emmanuel Macron, le vainqueur du premier tour de la présidentielle au niveau national, et désormais favori du second, n’arrive qu’à la troisième place en Polynésie française, loin derrière François Fillon (35,28 %) et Marine Le Pen (32,54 %). 

    Profitant de l’effondrement du Parti socialiste et de son absence de référent officiel au fenua durant cette campagne, son score est néanmoins plus qu’honorable, quand on sait qu’il ne bénéficiait, lui non plus, de l’appui d’aucun grand parti du pays.

    Est-ce le signe, pour autant, que le vote Macron était un vote d’adhésion à son programme social-libéral, plus qu’un ralliement clanique ?

    Plusieurs personnalités de la société civile, comme Heimana Garbet, chef du bureau des permis de construire à la mairie de Papeete, ou le syndicaliste Patrick Galenon s’étaient ralliés à sa candidature. Des politiques de tous bords, aussi, avec Corinne Atger, présidente de To tatou ananahi, Jacquie Graffe, tavana de Paea, Tauhiti Nena, président de Tau hoturau, ou Gustave Taputu, président du Here Ai’a.

    Dans 20 des 48 communes du fenua, le candidat d’En marche ! a réuni plus de 10 % des voix. Dans six d’entre elles, à Arue, Mahina, Papeete, Punaauia, Paea et Fangatau, qui totalisent 32,3 % des inscrits, il a même séduit plus d’un électeur sur six.

    À l’échelle de l’outre-mer, l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande arrive en tête en Guadeloupe et à Wallis-et-Futuna.

    Selon Heimana Garbet, devenu référent du candidat au fenua, ces bons scores “prouvent que le programme d’Emmanuel Macron a plu aux Français. Même s’il est jeune en politique, les gens lui font confiance”  : “Aujourd’hui, En Marche Polynésie devient une force politique incontournable.”

    Localement, c’est toutefois sur la consigne du maire Jacquie Graffe que le candidat a réalisé son plus beau résultat à Paea (38,11 % des voix), se hissant en tête du premier tour.

     

    Des reports de voix favorables

     

    Qu’en sera-t-il, donc, au second tour, face à Marine Le Pen, soutenue par Gaston Flosse qui a montré qu’il disposait encore d’une influence ? Les consignes des candidats malheureux du Parti socialiste et des Républicains, appelant à faire barrage à la vague bleu marine, ont déjà été relayées au fenua, notamment par Tearii Alpha, ministre d’Édouard Fritch. En reportant la totalité de leurs voix sur Emmanuel Macron, ce dernier obtiendrait 52,89 % des suffrages polynésiens au second tour, auxquels pourraient s’ajouter les bulletins d’une partie de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et des “petits” candidats.

    Le qualifiant de “bébé de François Hollande”, Éric Minardi, porte-parole de Marine Le Pen au fenua, a taclé sa méconnaissance de la Polynésie et ses “propos incroyables sur la colonisation”, qu’Emmanuel Macron avait qualifiée, en Algérie, de “crime contre l’humanité”.

    Reste que, statistiquement, “il est évident que si un front républicain important se met derrière Macron, le Front national aura du mal”, a conclu le politologue Sémir Al Wardi.

     

    M.G.

     

     

    Le candidat arrivé en quatrième position au fenua : Jean-Luc Mélenchon siphonne les voix du Parti socialiste

    jean-luc mélenchon

    Le candidat de La France insoumise double son score au niveau national et le triple presque au fenua, par rapport à 2012. (Photo : Bertrand Guay/AFPPhoto : Bertrand Guay/AFP)

    Jusqu’au bout, ses partisans espéraient qu’il déjoue les sondages. Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise, est finalement arrivé quatrième au classement national, très proche derrière François Fillon, avec près de 20 % des voix, ce qui reste un immense succès, comparé à son score de 11 % en 2012.

    En Polynésie française, le candidat termine également quatrième et réalise une belle percée avec 7,87 % des suffrages, contre seulement 2,77 % à la dernière présidentielle. Comme dans l’Hexagone, Jean-Luc Mélenchon semble avoir siphonné les voix de Benoît Hamon, du Parti socialiste, qui s’est effondré au fenua à 2,91 %.

    Relayé localement par sept groupes d’appui citoyens et par l’indépendantiste Jacqui Drollet du Ia mana te nuna’a, celui qui souhaitait “redonner la parole au peuple” a même réussi à convaincre près d’un électeur sur dix dans l’agglomération urbaine de Papeete, de Mahina à Papara, en incluant Moorea. Il obtient ses meilleurs scores, de plus de 11 %, à Punaauia et Mahina.

    Levyn Butscher, l’un des porte-voix de La France insoumise en Polynésie, a donc remercié hier les électeurs. “On aurait espéré être au second tour, a-t-il reconnu. Mais à l’heure actuelle, je pense que les votes ont parlé.”

    Une fois dépassée l’image du duo de tête – le social-démocrate Emmanuel Macron, honni par de nombreux Mélenchonistes, et la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen – les résultats nationaux montrent que l’électorat français garde un important ancrage à gauche : “Si vous additionnez les voix de Mélenchon et Hamon, on arrive en tête”, a ainsi commenté Jacky Bryant, le leader de Heiura-Les Verts, soutien de Benoît Hamon, sur le plateau de Polynésie 1ère hier.

     

    Pas de consigne de vote

     

    Jean-Luc Mélenchon, ancien président du Front de gauche, et membre du Parti socialiste jusqu’en 2008, serait-il le nouveau héros et héraut de la gauche ? Il est en tout cas arrivé en tête du premier tour dans plusieurs régions métropolitaines, mais aussi à Saint-Pierre-et-Miquelon, La Réunion, en Guyane et en Martinique.

    “Mon beau pays, ma belle patrie, et vous tous les gens, nous pouvons être fiers de ce que nous avons entrepris et réalisé. Nous sommes une force consciente et enthousiaste”, a-t-il déclaré devant ses militants à Paris, sans pour autant cacher sa déception à l’annonce des résultats. Les appelant à “rester groupés”, il ne s’est pas résolu, dans l’immédiat, à donner une consigne de vote pour le second tour, renvoyant dos à dos les deux finalistes. “On attend”, reconnaissait donc hier Levyn Butscher, sur Polynésie 1ère

    Éric Minardi, représentant local du Front national, a, lui, appelé les “électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui sont contre cette Europe et cette mondialisation” à le rejoindre. Mais une tirade de Levyn Butscher contre “l’idéologie du chacun chez soi” de Marine Le Pen pourrait tout aussi bien préfigurer un vote anti-FN de son mouvement au second tour. 

    À l’échelle nationale, le report de voix des Mélenchonistes vers Macron était estimé, à l’issue du premier tour, à 62 %.

     

    M.G.

     

     

        Edition abonnés
        Le vote

        Recensement : Êtes-vous prêt à répondre à toutes les questions même intime malgré une garantie de l'anonymat ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete