Ange, gardienne de la canne à sucre pour le rhum Mana’o

    vendredi 29 mai 2015

    Originaire de Taha’a, Ange Tehahe, enfant du terroir n’a eu de cesse de se rapprocher de la nature.  Partie il y a 10 ans pour Tahiti, cette agricultrice de cœur a réussi un pari audacieux : retourner vivre sur son île et y développer un vrai projet agricole, créateur d’emplois. En collaboration avec la Brasserie du Pacifique, Ange produit une canne à sucre “bio” utilisée dans la confection du rhum blanc agricole Mana’o.

    Ange fait partie de ces femmes polynésiennes actives qui n’ont pas froid aux yeux. Au volant de son 4×4, elle raconte : “Je suis partie à mes 18 ans, car il fallait que j’aille travailler sur Tahiti. Mais j’ai toujours été près de la nature. J’ai fait différents métiers, dont vendeuse de légumes pour une superette de station essence. J’ai appris à cultiver la terre avec mes grands-parents quand j’étais enfant. Ça m’est resté. J’allais vendre les légumes dans une brouette à Tapuamu. Aujourd’hui, je suis très heureuse de voir les premières récoltes de cette plantation de canne à sucre aboutir à un produit de cette qualité.”
    L’exploitation se trouve dans la vallée de Tiva, une zone que le maire, Céline Temataru destine à une agriculture reconnue biologique, c’est-à-dire avec une certification et surtout, sans utilisation de pesticides. “Ce terrain n’a pas été cultivé depuis près de 20 années. Il était utilisé auparavant pour la vanille. Le sol était très dur l’année dernière, cette année, il est déjà plus facile à travailler”, ajoute Ange.

    Une vallée préservée

    Le site de canne est une expérience agricole pilote, dans le sens où il met en valeur la qualité agricole de l’île et qu’il permettra de développer d’autres produits sur le même modèle, tout en répondant à une demande de plus en plus importante de produits de qualité “bio” qui font cruellement défaut à l’heure qu’il est.
    L’agricultrice raconte : “J’ai planté 5 000 m2 l’année dernière, et nous avons fait notre première récolte en décembre. Aujourd’hui nous avons commencé à replanter, à partir de 50 000 boutures que j’ai cultivées dans la pépinière et qui pourront m’assurer la plantation de 2ha et demi de cannes supplémentaires.” C’est un travail intense de maraîchage mais cela laisse du temps sur l’année pour cultiver d’autres produits, comme la vanille ou des fruits et légumes. Cela demande moins d’attention que la vanille, mais tout se fait entièrement à la main. La récolte se fait tous les ans, les plants donnent pendant 5 ans.
    Au démarrage, Ange a parcouru toute l’île pour demander aux gens s’ils avaient des cannes à sucre sur leurs terrains. Très généreusement, les habitants de l’île vanille ont aidé la jeune femme à trouver les 6 différentes variétés existantes encore dans les fa’apu. Elle a donc planté et étudié toutes celles-ci pour n’en retenir qu’une seule : “Nous avons choisi une canne à sucre avec un bon taux de sucre qui était facile à cultiver et qui n’était pas attaquée par les rongeurs, car plus dure d’écorce”, précise Olivier Duret, chef de production à la Brasserie du Pacifique (Brapac). Cette variété de canne à sucre qui se comportait le mieux sur le terrain est connue sous le nom de O’Taïti.

    Un avenir pour les jeunes

    Responsable de l’exploitation pilote, Ange prévoit de récolter 50 tonnes de cannes à sucre. C’est une canne rouge de très bonne qualité qui a donné entière satisfaction lors du lancement du rhum blanc agricole Mana’o.
    Femme d’action, Ange Tehahe a entraîné les jeunes de sa famille dans son sillage. Son cousin, par exemple, déscolarisé, a été l’un des tout premiers à venir participer à la production. Planter, nettoyer le terrain des mauvaises herbes, puis couper la canne, la broyer. C’est un travail physique assez intense que les jeunes de Taha’a sont prêts à faire. La jeune entrepreneuse s’est aperçue que finalement, ils aiment et savent travailler la terre. C’est plus difficile de trouver cette main-d’œuvre sur Tahiti, fait-elle remarquer. K

    De notre correspondante, Anne-Laure Lépine

    Développement assuré

    Bénéficiant d’une notoriété des produits d’origine polynésienne, le rhum Mana’o est déjà très demandé à l’export. “Notre produit a un profil très différent des rhums habituels”, explique Olivier Duret, qui précise, “les rhums produits sur le territoire étaient des rhums faits à partir de la mélasse importée.”
    La production Pilote d’Ange Tehahe semble porter ses fruits. et ce type d’agriculture va pouvoir se développer. Avatea garantit à tous les agriculteurs qui feront partie du projet de leur acheter toute leur production pendant 5 ans. Ainsi, à partir de juillet–août d’autres agriculteurs seront ajoutés au projet pour augmenter les volumes de plantations certifiées.

     

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