Habillage fond de site

Annick Girardin a passé cinq jours au fenua – Ce qu’il faut retenir de sa visite

lundi 29 janvier 2018

annick girardin

Annick Girardin a déployé une grande énergie durant sa visite en Polynésie française et s’est montrée très à l’écoute des Polynésiens au cours de ses déplacements. Mais il faudra attendre encore un peu pour en voir les effets concrets. (© archives LDT)


“Je suis une femme de terrain. Je viens plusieurs jours pour voir et comprendre.” La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, s’est envolée vendredi dernier pour Paris après une visite de cinq jours en Polynésie française. Énergique et d’un abord sympathique, elle n’a pas manqué de rappeler sa qualité d’îlienne, même si cela n’a rien d’exceptionnel puisque ses quatre prédécesseurs étaient également originaires de territoires insulaires. Il est bien révolu le temps où le chéquier de l’État faisait le déplacement : aucune annonce financière concrète n’a été faite durant ces cinq jours. Retour sur les temps forts de la visite ministérielle.

• Agence du numérique

Lors de la séquence marquisienne de sa visite, Annick Girardin a annoncé que l’Agence du numérique passerait “un contrat avec le Pays” pour intervenir afin de “mieux aider la Polynésie à installer les câbles numériques souhaités dans l’ensemble des îles”.

Le câble interîles Natitua, qui doit raccorder en haut débit vingt nouvelles îles éloignées, doit être livré à la fin de l’année. L’État pourrait contribuer à son financement, pour l’instant porté uniquement par l’Office des postes et télécommunication (OPT). Mais les Australes, par exemple, ne sont pas desservies par ce nouveau câble ; une solution satellitaire de dernière génération pourrait y être développée.

 

• Communes

C’est la première fois qu’un ministre des Outre-mer rend visite au Syndicat de promotion des communes. Les sujets abordés étaient les mêmes que ceux évoqués en novembre au congrès des maires : la réforme du code général des collectivités territoriales (CGCT), le Fonds intercommunal de péréquation (la participation de l’État ne baissera pas cette année, mais pourrait augmenter un peu à l’avenir, a dit Annick Girardin), le contrat de projets dont le montant ne bougera pas, ou encore la remise en service de la bande radio AM.

 

• Continuité territoriale

Le sujet a notamment été évoqué aux Marquises, dans le cadre des évacuations sanitaires d’urgence, dont la longueur met des vies en danger. Annick Girardin a assuré qu’elle allait “voir avec le haut-commissariat et le gouvernement comment (les) accompagner”.

 

• Financement du régime de solidarité

Après avoir consenti une aide de trois ans (2015 à 2017) de 1,4 milliard par an, l’État a reconduit ce dispositif, mais seulement pour l’année en cours. Édouard Fritch a évoqué “une convention qui serait peut-être beaucoup plus longue et peut-être aussi plus importante en matière d’intervention financière”.

 

• Pêche aux Marquises
Le collectif qui s’oppose au projet de la Communauté de communes des îles Marquises (Codim) et de la famille Degage a remis à la ministre une lettre à l’attention d’Emmanuel Macron, président de la République, exprimant notamment leur désir de voir les Marquises transformées en grande Aire marine protégée (AMP).

Annick Girardin s’est dite sensible à cette problématique parce que “la surpêche a détruit l’économie de (son) territoire”. Comme Édouard Fritch, la ministre a minimisé la contestation et attribué la situation actuelle à une communication défaillante.

 

• Violences faites aux femmes et aux enfants

C’est l’un des fléaux majeurs en Polynésie. Mille cinq cents plaintes sont déposées chaque année, sans compter les cas dont les autorités n’entendent jamais parler.

Les structures d’aide et d’accueil sont rares et débordées, et manquent toutes de moyens. Annick Girardin a réservé sa toute première visite de terrain au foyer d’accueil Pu o te hau. Dans un environnement insulaire fait de petites communautés, la ministre a convenu qu’il était “difficile de mettre en place des mesures d’éloignement”.

Édouard Fritch a déclaré que le gouvernement souhaitait étudier la création d’une “Maison des femmes” à laquelle contribuerait aussi l’État par la mise en place d’un service d’investigation et d’orientation éducative, afin de proposer une prise en charge globale des victimes de violences.

Le choix d’occulter, dans le vocabulaire même, le terme de “condition féminine” pour le remplacer par celui de “famille” dans l’intitulé du ministère en charge, semble être en décalage avec le Président de la République qui a fait de la cause des femmes la grande cause de son quinquennat.

 

• Nucléaire

Le sujet s’est violemment invité dans la visite d’Annick Girardin avec la parution en France, en début de semaine dernière, du rapport du Dr Christian Sueur sur les effets à long terme des essais nucléaires sur les enfants polynésiens.

“C’est tellement facile de systématiquement rallumer la mèche ! Je ne me laisserai pas emporter par des gens qui n’ont pas la compétence. S’il faut faire une étude sur la transmission génétique, nous la ferons. Je ne sais pas aujourd’hui comment y répondre, mais il y aura une réponse. Il faut qu’on soit extrêmement transparent dans ce qu’on va faire. Je n’ai pas de tabou”, a affirmé la ministre, qui a également reconnu “pour en avoir parlé avec les associations, (…) qu’il y a une perte de confiance totale”.

Mercredi dernier, durant une réunion de deux heures tenue à huis clos, Annick Girardin a présidé à l’installation du comité de pilotage de l’Institut de mémoire et de documentation, promis par François Hollande, confirmé dans l’Accord de l’Élysée, et qui doit voir le jour avant la fin du quinquennat. Il pourrait être logé – le symbole n’est pas anodin – dans l’ancienne résidence du commandant de la Marine sur le front de mer.

“Je crois vraiment que ce lieu est indispensable. Je souhaite que l’on puisse entrer dans la phase de réconciliation”, a-t-elle déclaré. Dans son dernier discours, elle a renchéri : “Nous devons à la jeunesse une approche sereine et apaisée d’un passé qui, pour elle, fait partie d’une histoire déjà lointaine”, une formulation que certains, qui vivent au quotidien avec les conséquences des essais, ont trouvée extrêmement maladroite.

Les associations, qui attendent la concrétisation de ce projet depuis 2006, sont restées sceptiques : Roland Oldham, président de Moruroa e tatou, craint que le projet ne devienne le “centre de mémoire de la bombe propre par les militaires”.

 

• Réchauffement climatique

Il reste 27 abris anticycloniques à construire, dont 14 prioritaires. L’accès à l’équivalent Fonds vert, dont l’enveloppe est en augmentation, y contribuera.

Dans son allocution finale, Annick Girardin a félicité la Polynésie pour son rôle régional sur la lutte contre le réchauffement, tout en reconnaissant que “ces enjeux sont développés dans l’Accord de l’Élysée. Les enjeux climatiques n’y sont pas totalement absents, mais ils ne sont pas mis en avant”.

 

• Statut : un toilettage pour 2018

Annick Girardin juge le cadre statutaire “robuste”. “Il n’est pas question de le bouleverser. À un moment donné, on ne peut pas tout avoir, avoir un statut particulier et avoir tout ce que les autres ont.”

Il ne sera donc pas question d’un statut à part pour les Marquises : “L’État ne souhaite pas voir remise en cause l’unité de la Polynésie française, mais le président Macron souhaite aujourd’hui que la différenciation puisse être prise en compte. Ça veut dire que les Marquises (…) peuvent être accompagnées différemment des autres archipels. Le rôle de l’État, c’est d’adapter le cadre législatif de l’intercommunalité et d’ouvrir une collaboration plus soutenue entre le Pays et la Codim”, peut-être sous la forme d’un “contrat de compétences, expérimental bien sûr”.

Plus généralement, c’est le partage de compétences imposé par le CGCT qui devrait être modifié cette année et rendrait optionnelles certaines des compétences obligatoires des communes, que ces dernières n’ont souvent pas les moyens financiers d’assumer. Rendez-vous est pris en juin à Paris, mais il faudra “huit mois à un an avant d’apporter une réponse législative”, a déclaré la ministre.

Enfin, le président de l’assemblée, Marcel Tuihani, a fait part à Annick Girardin de son vœu de voir inscrite dans la loi organique la notion d’évaluation des politiques publiques, afin d’asseoir plus solidement la commission du même nom qu’il a créée.

 

• Unesco : le dossier des Marquises

On en parle depuis trente ans. Après l’inscription de Taputapuatea, le gouvernement français avait demandé que ce dossier soit présenté, mais pour Heremoana Maamaatuaiahutapu, ministre de la Culture, “il va falloir qu’on arrête de tergiverser sur certaines choses” pour respecter la date de remise (12 mars) et celle du “grand oral” (10 avril).

Il fait référence à la présélection, qui ne dénombre pas moins de 43 sites. Annick Girardin a annoncé la venue d’un expert pour accompagner le montage du dossier et s’est déclarée optimiste. 

 

C.P

 

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

French bee propose un aller retour PPT - San Francisco à moins de 40 000 F :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete