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“Après la greffe, tout ne s’arrête pas. La suite, c’est de garder le rein”

jeudi 20 septembre 2018

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Le professeur Christophe Legendre (deuxième en partant de la gauche) sera durant une semaine aux côtés de l’équipe du service de néphrologie de l’hôpital de Taaone. Il doit rencontrer une dizaine de patients par jour. (Photo : J.R.)

La pêche de Tahiti est allée mardi à la rencontre du professeur Christophe Legendre, chef de service de néphrologie et transplantation adulte à l’hôpital Necker à Paris, qui est actuellement sur le territoire. Durant une semaine, ce spécialiste va accompagner l’équipe du service de néphrologie de l’hôpital de Taaone, à Pirae, et dispensait mercredi soir à l’hôtel Tahiti Beach Resort un enseignement post-universitaire.

C’est la première fois que vous venez au fenua. Quelles en sont les raisons ?

Nous avons un lien avec la Polynésie française car, avant que le territoire mette en place la transplantation rénale, nous recevions un certain nombre de patients polynésiens, avec leur donneur, à l’hôpital Necker.

Aujourdhui, je suis là pour rencontrer l’équipe de néphrologie de l’hôpital et pour discuter des dossiers de certains patients qui posent problème. Un patient greffé reste un malade difficile car après la greffe, tout ne s’arrête pas. La suite, c’est de garder le rein, d’éviter le rejet.

 

Vous allez donc rencontrer des patients ?

Oui. Chaque matin, nous allons en voir entre six et huit avec qui nous discutons des meilleurs traitements possibles.

Vous participez à un enseignement post-universitaire. En abordant quels sujets ?

J’explique ce qui existe aujourdhui de nouveau dans la prise en charge des patients transplantés. Ce sont éventuellement des nouveaux traitements qui sont soit à l’essai, soit qui viennent d’être introduits sur le marché, mais cest aussi de faire des diagnostics de rejets qui sont plus précis que ceux que nous faisions avant.

Pendant longtemps, on a cru que les patients perdaient leur greffon à cause de la toxicité des médicaments. Maintenant, on sait que ce nest plus vraiment le cas. Nous sommes confrontés à une nouvelle forme de rejet que nous connaissons depuis quelques années et quon commence à prévenir dans un premier temps puis qu’on traite quand cela arrive.

De quelle forme de rejet parlez-vous ?

Ce sont des personnes qui fabriquent des anticorps contre le rein quon leur a donné. Si ces personnes nont pas assez de traitement, les anticorps augmentent jusqu’à détruire le rein. Donc ce que nous faisons, c’est essayer d’éviter que ces anticorps apparaissent. Lorsquils sont apparus, nous regardons sil y a du rejet et si cest le cas nous le traitons.

Quelles différences existe-t-il entre ces nouveaux traitements dont vous parlez et les précédents ?

Ils ne sont plus du tout toxiques pour le rein et sadministrent par voie veineuse une fois par mois. Cela permet d’éviter aux patients de prendre un très grand nombre de pilules par jour et d’être sûr quils suivent bien leur traitement.

Ce type de traitement peut-il être mis en place ici en Polynésie française ?

Oui, rien ne sy oppose car il sagit dun traitement simple qui est très bien toléré par les patients. De plus d’après nos discussions, certains patients pourraient déjà en bénéficier car ce médicament est déjà arrivé sur le territoire pour des patients qui ont reçu une transplantation cardiaque.

Sur une centaine de patients greffés, combien de personnes sont concernées par le rejet du greffon ?

Si vous prenez 100 personnes que vous greffez en même temps et que vous regardez dix ans après, il y en aura encore 60 qui auront un rein qui fonctionne et 40 qui seront soit décédées soit reparties en dialyse. On est donc quasiment certain que tout le monde, un jour ou lautre, perdra son rein parce que cest quelque chose de très anormal dimposer un organe étranger à un corps. La nature est très puissante et sait se défendre contre ça. Les traitements anti-rejets maintiennent pendant très longtemps le rein, mais il suffit quun patient ne prenne pas bien son traitement ou loublie pour quil soit moins bien protégé et donc plus à même de faire un rejet.

Généralement, combien de temps dure un greffon ?

Nous avons un patient transplanté depuis quarante cinq ans, cest la plus grande durée de vie que nous connaissons. Mais en moyenne un rein à partir dun donneur en état de mort encéphalique dure dix ans et oscille entre quinze et vingt ans pour un donneur vivant.

 

Pourquoi le rein dure-t-il plus longtemps lorsquil vient dun donneur vivant ?

D’abord parce quon réalise un maximum dexamens sur le donneur vivant alors que lon na pas le temps de les réaliser sur quelquun qui vient de décéder. Ensuite parce quune personne décédée est morte dune cause et que généralement cette cause est vasculaire donc touche les vaisseaux. Les artères sont donc un peu abîmées ce qui fait quun rein dune personne de 60 ans décédée, ce nest pas la même chose quun rein dun donneur vivant de 60 ans. Et ce petit bénéfice, en terme de qualité, se ressent dans le temps car même s’il y a du rejet, le rein est plus à même dy faire face parce quil est parfait dès le départ.

Propos recueillis par Jennifer Rofes

 

 

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