Après les attentats de Paris, vote anti-Etat islamique attendu à l’Onu, nouvelle attaque jihadiste au Mali

    vendredi 20 novembre 2015

    Une semaine après les pires attentats commis en France, une prise d’otages massive a fait près d’une trentaine de morts à Bamako et l’Onu s’apprêtait vendredi à voter une résolution contre le groupe Etat islamique.

    Après neuf heures d’enfer, l’attaque par un commando armé de l’hôtel Radisson de Bamako, prisé par la clientèle internationale, s’est terminée à l’issue d’une intervention conjointe des forces maliennes et étrangères, notamment françaises et américaines.

    Une source militaire a fait état d’un bilan d’au moins 27 victimes et de trois assaillants tués. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a dénoncé « une attaque terroriste odieuse ».

    L’action a été revendiquée par le groupe jihadiste Al-Mourabitoune, dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dans un document sonore diffusé en soirée par la chaine qatarie Al-Jazeera.

    L’attaque de Bamako est intervenue une semaine exactement après les attentats de Paris, qui ont fait 130 morts selon un nouveau bilan, et provoqué une onde de choc planétaire.

    A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies devait voter vendredi une résolution française autorisant « toutes les mesures nécessaires » pour contrer les jihadistes de l’EI, à l’origine du carnage parisien.

    Le projet de résolution « demande aux Etats qui ont la capacité de le faire de prendre toutes les mesures nécessaires (…) pour redoubler d’efforts et coordonner leurs initiatives afin de prévenir et stopper les actes terroristes commis spécifiquement » par l’EI, ainsi que par d’autres groupes extrémistes associés à Al-Qaïda.

    Le président français a ordonné jeudi l' »intensification » des bombardements contre l’EI en Syrie et en Irak, notamment au moyen du porte-avions Charles-de-Gaulle attendu au large de la Syrie ce week-end.

    François Hollande, qui veut forger une coalition « élargie, unique » contre les jihadistes, doit aller la semaine prochaine à Washington et Moscou, et recevoir entre ces deux déplacements la chancelière allemande Angela Merkel à Paris.

    A Bruxelles, les ministres européens de l’Intérieur et de la Justice se sont engagés, lors d’une réunion en urgence, à adopter avant la fin de l’année le fameux PNR, un fichier de données sur les voyageurs aériens et à renforcer la lutte contre les trafics d’armes dans les Balkans.

    Les Européens ont décidé de renforcer « immédiatement » les contrôles aux frontières extérieures de l’UE, y compris pour leurs ressortissants. Et la Commission proposera « d’ici la fin de l’année » une révision des règles de Schengen dans le même but.

    « Notre réaction collective doit être implacable. Il faut sortir des promesses sans lendemain, des atermoiements et des lenteurs. Sinon l’Europe se perdra », a prévenu le ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve.

    L’illustration des défaillances de la lutte antiterroriste aura été le retour incognito en Europe du jihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud.

    L’hypothèse de sa participation directe aux attaques est accréditée par deux éléments: il a été filmé le soir des attentats dans une station de métro à l’est de Paris, où a été retrouvée une voiture utilisée par les tueurs qui ont mitraillé des terrasses de cafés et restaurants, et ses traces ont été retrouvées sur une arme dans le véhicule.

    Comment ce Belgo-marocain, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international, a-t-il pu revenir en Europe pour coordonner les attentats du 13 novembre ? « Nous ne savons pas », a reconnu jeudi soir le Premier ministre français Manuel Valls.

    Le corps d’Abaaoud a été identifié dans les décombres d’un appartement pris d’assaut mercredi à Saint-Denis au nord de Paris.

    Sa cousine Hasna Aitboulahcen, une Française de 26 ans d’origine marocaine, a été « formellement » identifiée parmi les trois personnes tuées par la police, mais elle n’est pas morte en kamikaze contrairement à ce qui avait été évoqué jeudi, selon une source policière.

    Les enquêteurs recherchent toujours activement un des auteurs des attentats du 13 novembre, Salah Abdeslam, soupçonné d’avoir fait partie du « commando des terrasses », qui a mitraillé des bars et restaurants de l’Est parisien. Il pourrait être en France ou en Belgique.

    Quatre kamikazes ayant péri dans les attaques, tous Français, ont été identifiés. Reste à mettre un nom sur trois autres, dont deux contrôlés en même temps en octobre en Grèce après s’être dissimulés parmi des migrants.

    Côté belge, neuf personnes ont été interpellées jeudi près de Bruxelles, où avaient résidé la plupart des membres des commandos de kamikazes.

    Vendredi, le Parquet fédéral belge a annoncé l’inculpation d’un suspect pour terrorisme.

    Cette personne, « emmenée hier pour audition dans le cadre du dossier concernant les attentats commis à Paris vendredi dernier, a été mise sous mandat d’arrêt par le juge d’instruction », a indiqué le Parquet. « Il est inculpé de participation à des attentats terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste », a ajouté la même source.

    « La menace est toujours présente et va être longue et permanente », a prévenu Manuel Valls.

    – Hommage national le 27 en France -Les perquisitions administratives, facilitées par l’état d’urgence, se poursuivent à un rythme soutenu, près de 800 depuis le 13 novembre, dans toute la France. 90 personnes ont placées en garde à vue, 164 assignées à résidence et 174 armes saisies.

    Mesure rarissime, un couvre-feu a été décrété après une saisie d’armes dans une ville moyenne du centre du pays, Sens, en vertu de l’état d’urgence dont le Parlement français a voté la prolongation jusqu’à fin février.

    Un hommage national sera rendu vendredi prochain aux victimes des attentats, pour lesquelles les premiers permis d’inhumer ont été délivrés. Dans de nombreuses mosquées en France, des textes condamnant le « terrorisme » ont été lus vendredi.

    A Paris, des habitants ont défié la peur vendredi soir en levant leurs verres dans des cafés voisins de ceux visés une semaine plus tôt par les jihadistes. « On va trinquer au fait qu’on est en vie », résumait Tiphaine, 22 ans, sirotant un mojito à la terrasse de l’un d’eux.

    Ailleurs, la solidarité avec le pays reste de mise: la Marseillaise retentira ce week-end avant tous les matchs du championnat de football d’Angleterre.

    Sur le front des attentats dans le monde, l’EI a revendiqué vendredi une attaque meurtrière contre l’armée dans le sud-est du Yémen (50 militaires tués). Et au sud de Bagdad, un double attentat à la bombe a fait au moins six morts près d’une mosquée chiite.

     Agence France-Presse

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