Aranui : 30 ans de croisière mixte

mardi 12 mai 2015

 La Compagnie polynésienne de transports maritimes (CPTM) vient de fêter ses 30 ans de transport mixte à bord de l’Aranui.
Le cargo de croisière a su, au fil des ans, faire cohabiter fret et touristes pour le plus grand plaisir des Marquisiens, qui vivent au rythme de ses allées et venues.  La “success story” continue, puisque l’Aranui 5 viendra remplacer l’Aranui 3 en fin d’année pour une clientèle fortunée de plus en plus exigeante et venue du monde entier.

Un feu d’artifice illumine le ciel de Nuku Hiva. Les passagers sont médusés, encore sous le coup de la prestation du groupe marquisien Henua Haka. Il fallait au moins ça pour célébrer les 30 ans de croisière de l’Aranui. À bord, le 4 mai, une cinquantaine d’invités, parmi lesquels des élus, l’administratrice d’État, des commerçants et des clients fidèles depuis trois décennies se mêlent aux 144 touristes. La fête bat son plein autour du gigantesque buffet.
“Nous avons choisi cette croisière du 25 avril au 8 mai pour marquer cet anniversaire”, explique Romina Wong, la directrice de l’hôtellerie chargée du marché local, montée à bord pour l’occasion.
Elle fait partie de cette grande famille chinoise qui a su rebondir alors que, dans les années 1980, la compagnie, qui possède à l’époque deux bateaux de fret à destination des Tuamotu et des Marquises, connaît une crise financière sans précé-
dent. Avec un manque de liquidités nécessaires pour faire fonctionner l’Aranui 1, le navire reste au port durant 18 mois. Les dettes liées aux prêts d’achat des navires continuent de s’accumuler. Les choix sont, soit la faillite, soit trouver une solution pour sauver la compagnie. À ce moment-là, à Tahiti, Jules Wong, le plus ancien de la famille, rencontre ses frères pour concevoir un plan. Après avoir visité l’Aranui 1, il réalise qu’il y a une possibilité d’installer des cabines pour passagers qui pourraient être vendues à l’international.
L’étude comptable réalisée démontre que le navire peut offrir 17 cabines pouvant accueillir jusqu’à 40 voyageurs.

La clientèle internationale continue d’augmenter et elle réclame plus de commodités.

Le nouveau cargo mixte effectuera son voyage inaugural en novembre 1984 en transportant 27 passagers pour une croisière de 17 jours aux Tuamotu et aux Marquises.
Si les débuts sont chaotiques, la cohabitation marins/passagers sera de plus en plus maîtrisée, jusqu’à devenir un des points forts de cette croisière originale. Un article du Los Angeles Times, puis l’aide d’une agence de voyages américaine en Californie, augmenteront l’intérêt pour la destination.
Très vite, un nouveau bateau s’impose, ce sera l’Aranui 2 en 1990. Acheté en Allemagne, l’intérieur de ce navire est complètement réaménagé. Il est doté de 36 cabines et d’un dortoir qui peut accueillir jusqu’à 90 passagers.
Le moment est mal choisi, car il coïncide avec la guerre du Golfe. Le tourisme en général accuse un brusque déclin pendant quelques années avant de rebondir en 1992.
Pendant cette période, la demande pour les croisières commence à croître en Europe et elle deviendra finalement le plus grand marché vers les Marquises. La clientèle internationale continue d’augmenter et elle réclame plus de commodités.
En 2000, Jules Wong estime qu’il est temps d’offrir un véritable produit hôtelier. Ce sera l’Aranui 3, construit en Roumanie. Il offre 86 cabines, des suites, des cabines standards et est en mesure d’accueillir 200 passagers. Avec l’arrivée du nouveau navire, les marchés australiens et néo-zélandais commencent à augmenter.
 

“Le succès de cette croisière, c’est la connexion entre les matelots et les passagers, c’est la seule raison”

Aujourd’hui, l’Aranui 3 transporte chaque année environ 2 600 passagers provenant de tous les continents curieux de découvrir les Marquises.
Mais l’Aranui, c’est aussi jusqu’à 2 500 tonnes de fret livrées aux îles Marquises, toutes les trois semaines, avec l’agitation des chargements et déchargements auxquels assistent les touristes. “Le succès de cette croisière, c’est la connexion entre les matelots et les passagers, c’est la seule raison”, ira jusqu’à dire Tino, l’un des marins emblématiques de l’Aranui, présent depuis 30 ans. Il n’a pas totalement tort, puisqu’il aura été assailli de questions lors de sa conférence sur le fret qui est désormais programmée à bord.
Au total, 67 membres d’équipage, redoutablement efficaces, sont à la disposition des passagers, de l’équipe de restauration aux machinistes en passant par les blanchisseuses, les femmes de ménage, les animateurs et les pêcheurs, tous sous la houlette du capitaine, Francis Chougues, seul maître à bord, secondé par des officiers et la directrice de croisière.
Dans son sillage, l’Aranui aura développé également des compétences sur la terre des hommes. Artisans et prestataires sont à pied d’œuvre lorsque l’Aranui arrive. Restauration et transport sont parfaitement orchestrés. À Nuku Hiva, première île visitée, pas moins d’une trentaine de 4×4 attendent leur flot de touristes à chaque passage.
Trente ans après, si l’organisation est bien huilée et si plus aucun passager, local ou non, ne dort sur le pont, il reste le charme d’une croisière atypique avec son lot d’anecdotes racontées par l’équipage, ses rituels et les petits services rendus entre l’équipage et la population des Marquises.
“Certains ont voulu changer les habitudes, mais ils s’y sont cassé les dents”, murmure le capitaine, dans un sourire.

Sandrine Guyonnet

 

L’aventure continue avec l’Aranui 5

Après 12 années de service, l’Aranui 3 sera remplacé par l’Aranui 5 d’ici la fin de l’année. Pas de chiffre 4, qui signifie la mort en chinois. Le navire naviguera donc sous les meilleurs augures à partir du mois de novembre. Si retard il y a, le bateau sera opérationnel quoi qu’il en soit pour la croisière du Festival des Marquises, à Hiva Oa, à la mi-décembre.
“Nous avons des réservations sur l’Aranui 5 sur les quatre premiers mois”, assure Romina Wong. Dorénavant, le bateau pourra en effet répondre à la demande plus rapidement puisque le navire actuel manque cruellement de cabines luxueuses avec balcon. “L’arrivée du nouveau navire se justifie avant tout par un besoin de montée en gamme pour répondre à la demande”, explique Romina Wong. Le bateau sera à peine plus grand, conçu à partir des plans de l’Aranui 3. Son principal avantage sera les cabines, mais aussi ses deux moteurs et son tirant d’eau afin de pénétrer plus aisément dans les eaux des baies marquisiennes qui ne sont pas assez profondes.
De nouveaux membres d’équipage seront recrutés et, à terre, les prestataires vont devoir s’adapter. “On les motive. Des appels d’offres ont été lancés pour ceux qui veulent s’occuper de nos clients”, confie Romina Wong.
Autre objectif : attirer une clientèle plus jeune et plus familiale. Pour cela, la compagnie a ajouté Bora Bora depuis quelques mois déjà à son circuit. Un final en beauté dans les bleus du lagon après les terres abruptes et luxuriantes des Marquises.

catusse isabelle 2015-05-12 15:32:00
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