Aroma Salmon, l’homme qu’aucun mur n’arrête

    lundi 1 août 2016

    Salmon

    Après la musique et le tatouage, Aroma Salmon se lance un nouveau défi. Il vient de reprendre le bar-discothèque le Mango, qu’il a rebaptisé Hélios. (Photo : Grégoire Le Bacon)


    Tatoueur, chanteur-guitariste et désormais entrepreneur

     

    Tous les lundis, nous vous proposons  de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Aujourd’hui, voici le portrait de Aroma Salmon, personnage incontournable de la scène musicale locale avec le groupe Tikahiri, dont il est le chanteur-guitariste.

    Le colosse de Fakarava est aussi l’un des grands noms du tatouage polynésien. Mais jamais à court de nouveaux défis, il vient d’ajouter une nouvelle corde à la guitare de son talent en reprenant le Mango, le bar-discothèque qu’il a baptisé Hélios. Retour sur un parcours, à l’image du personnage, atypique.

     

     

    Musicien, tatoueur ou désormais businessman ? Difficile de ranger Aroma Salmon dans un tiroir, il refuse d’ailleurs qu’on lui impose une étiquette.

    “Je vis, c’est tout. Je n’aime pas être figé dans quelque chose. Quand on me demande d’où je viens, je réponds que je viens de Tahiti, mais j’ai beaucoup voyagé, nous vivons sur la même planète.”

     

    C’est à Auckland, où son père est parti étudier, que Aroma Salmon voit le jour, jusqu’au jour où la figure paternelle construit “une sorte d’arche de Noé dans le salon, dans lequel il a mis la télé, les meubles, tout ce qu’il y avait dans la maison, sans nous dire ce que nous allions en faire”.

    Son père “suit son instinct” et part pour Fakarava pour le coprah et la pêche.

    “On était dans son sillage, on ne se posait pas trop de questions parce que le pater est un homme fort, tout ce qu’il entreprend doit se faire.” 

    Une façon de penser la vie qui a forcément déteint sur l’aîné de la famille.

    “Cela fait partie de ma nature de penser que les murs n’existent pas. Les murs qui sont les peurs. Il y a des peurs nécessaires, naturelles, mais pas celles d’être jugé ou d’échouer.”

     

    À 7 ans, il passe “sans transition” du monde très british kiwi “aux mouches et moustiques du motu. Cela a été une période difficile, parce que les éléments de la nature sont durs, mais ça forge.”

    L’arche de Noé n’arrive jamais à destination. “Nous avions un sac de sucre, de farine, une hache, du fil de pêche, de quoi subvenir à nos besoins.” 

    Loin de tout, sur ce motu éloigné de l’atoll, son éducation est prise en charge par son père, avec des livres comme cette “encyclopédie que j’ai parcourue des dizaines et des dizaines de fois. Je me suis imprégné de ce qui se passait à l’extérieur de ce qui formait le monde et l’être humain. Pour nous et mes parents, l’école, c’est la vie. Tant que tu es vivant, tu apprends.”

     

    Pour autant, quand vient la puberté, il se lasse de la seule compagnie de son frère, des cochons, des poules et des oiseaux. “Ils avaient tous un prénom”.

    Il fuit l’isolement de Fakarava et retrouve le Tahiti qui a illuminé chacun de ses retours en juillet, lors des vacances.

    “Quand on arrivait en bateau et que, du pont, on voyait les lumières, les papio, on rêvait de chocolat. On ne voulait jamais que ça se termine.”

    Il convainc ainsi son père de le laisser intégrer un lycée professionnel. “J’aimais bien les cours de français, mais le truck qui nous amenait en cours me croisait souvent dans l’autre sens en train de faire du stop pour aller au surf.”

    Deux semaines avant le brevet, il se met à potasser et réussit l’examen, “mon seul diplôme”. C’est l’explosion de la perle et il rejoint la ferme de son père.

    “C’était naturel, j’étais l’aîné de la famille donc j’avais souvent la responsabilité quand mon père partait.”

    L’encyclopédie n’est pas le seul outil pour se connecter au monde. Aroma et son frère s’ouvrent au monde du rock scotchés à un transistor à écouter “les Pixies, les Clash, les Sex Pistols, Iggy Pop… La nuit, seuls sur le motu sous les étoiles, on était attiré par ce son rock.”

    Les deux ados essaient de reproduire le son sur la guitare à trois cordes “sans savoir ce qu’est un ré ou un mi, je ne le sais que depuis quatre ans. On voulait juste faire du son.”

     

    C’est déjà l’heure des premières compositions. “On chantait ce que l’on voulait face au récif, le vent dans les cheveux, en pensant que nous faisions la guerre avec des barbares d’en face. C’était une grosse source d’énergie libératrice.”

    À 18 ans, Aroma Salmon, de retour à Tahiti, a pour idée de monter un groupe de rock métal. Il assiste au concert de Varua Ino et va voir le groupe en première partie pour lui proposer de s’y intégrer : Rising Youth est né.

    Il fait ses premiers live au New Orleans et monte ensuite “Abigor, encore plus destroy et diabolique” et fini par fusionner avec le groupe de son frère Mano, Maruapo.

    Un style de musique qui n’est pas du goût de tout le monde. L’association des familles catholiques s’insurge.

     

    “Ils nous traitaient de satanistes, ils n’avaient pas tort. Mais cela nous faisait de la pub gratuite car tout ce qui est interdit attire.”

     

    Jusqu’au jour où une cinquantaine de fidèles armés de pancarte fait interdire un concert avec l’accord du maire, pendant qu’un diacre tente de les
    exorciser.

    Les débuts d’une vie de famille apaisent les frères Salmon, mais le nombre de compositions en stock leur donne envie de remonter sur scène. Ils font la connaissance de Simon Pillard et son violoncelle. “Cela traduit le son de lave souterraine, sombre, lourde et chargée.”

     

    Ils remportent le concours “9 semaines et 1 jour” puis rencontrent Stéphane Rossoni. “Avec lui, nous sommes devenus structurés”. Le groupe multiplie les concerts, y compris à l’étranger, en Europe, en Chine et bientôt au Japon et en Russie où ils comptent de nombreux fans.

    “En live, cela procure une source d’énergie que tu ne peux pas trouver ailleurs, c’est fort et intense. Tu es au même niveau que le public, il y a un grand moment de partage.”

    Un sentiment qu’il ressent également avec le tatouage, l’une des pierres angulaires de son parcours. “Ce n’est pas anodin, c’est quand même marquer les gens dans leur peau, à vie, échanger notre énergie à travers le sang qui coule. C’est passer un moment vraiment intense avec les gens.” 

     

    Tout démarre avec le passage d’un oncle tatoué aux Samoa. “Il nous a expliqué le processus”. Son premier, c’est son frère qui lui grave sur l’avant-bras avec de l’encre fabriquée avec de la savate fondue dans une casserole.

    À l’époque, le tatouage est encore “catégorisé bad boy, taulard”. C’est loin de l’effrayer. À Tahiti, il travaille pour les activités nautiques d’un hôtel, “mais je ne me sentais pas bien en tant qu’employé, je voyais cela comme une contrainte”.

    Il tatoue déjà au rasoir à pile pour arrondir ses fins de mois, mais il souhaite ouvrir son tatoo shop. “Quand tu penses très fort à quelque chose, tu dors avec, tu te réveilles avec, quand cela t’habite, ça se réalise. Je ne pouvais pas me débarrasser de cette envie, c’était vivant en moi.”

    C’est ce qu’il se produit.À la recherche d’une machine professionnelle, il entre au Lotus Bleu, en ville. Il y passera un an avant de reprendre l’échoppe à son nom. Il la gère pendant 15 ans et participe à de nombreuses conventions et autant de voyages autour du monde. “J’en suis reconnaissant”

     

    Russell Crowe, Benjamin Castaldi et autres personnalités passent entre ses mains,  jusqu’à connaître une période de saturation où il arrête pour s’occuper des affaires de la pension familiale à Fakarava.

    Il reprend ensuite le magasin du front de mer et s’entoure d’une équipe pour “préparer sa reconversion. Je ne vais pas faire la même chose toute ma vie et je veux faire les choses avec envie, le plaisir, sinon, il n’y a plus le mana.”

     

    L’heure d’une nouvelle aventure a sonné…

     

    “J’étais avec un copain de fête. On discutait sous un arbre dans un bar de la deuxième période de notre vie et l’on voyait un yacht qui s’appelait Limitless, sans limite. Cela m’a parlé. Quelqu’un qui se paie un bateau comme cela, c’est qu’il ne se pose pas de barrière.”

    Ainsi naît l’idée d’un bar qui puisse accueillir ce type de yachts lors de l’ouverture du Mahana Beach. Mais au vu de l’échéance éloignée, il prospecte les bars-discothèques en vente en ville. Sa quête le mène à reprendre le Mango.

    “C’est la première marche. Après, il y a un escalier. À terme, j’ai un projet dont je ne veux pas encore parler. J’avais besoin d’un challenge”, explique le nouveau businessman, une appellation qu’il refuse catégoriquement.

     

    “Je ne pense pas à ramener de l’argent, j’ai un comptable qui s’occupe de cela. Mais moi, je pars du principe que la vie est courte, qu’il faut des challenges pour pouvoir se construire. Si j’ouvre ce genre de lieu, c’est parce que j’aime que les gens soient heureux, passent un bon moment. Je suis aussi un fêtard. Pour la soirée d’ouverture de l’Hélios, j’ai passé un bon moment.”

    Sans renier son passé, Aroma Salmon ne souhaitait pas que l’on sache qu’il était le nouveau propriétaire de ce lieu pour se défaire de l’image de Tikahiri.

    “Les gens ont du mal à me dissocier de mon frère et du groupe. Ils pensent que l’on va passer du métal. Mais chacun vit sa vie. Les gens sont bloqués sur cette étiquette.” 

     

    Aujourd’hui, Aroma Salmon souhaite qu’autour d’Hélios, dieu du soleil, gravitent le bonheur et la vie et “faire que le Vaima soit le pôle de la nuit”

     

    Florent Collet

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