Article publié dans l’Hebdo – Les algues des trésors de bienfaits au fil de l’eau

    jeudi 10 novembre 2016

    La piquante  Turbinaria ornata ci-contre à droite et la Sargassum pacificum ci-dessus sont des macroalgues qui ont colonisé les lagons polynésiens. On les recense à Tahiti, Moorea, Raiatea et même aux Tuamotu.

    Ces algues sont des macroalgues qui ont colonisé les lagons polynésiens. On les recense à Tahiti, Moorea, Raiatea et même aux Tuamotu.

     

     

    Profitant de la mortalité des populations de coraux, elles colonisent nos lagons et appauvrissent les fonds marins. Elles ? Ce sont les algues brunes, l’une s’appelle Turbinaria ornata, elle s’agrippe aux maillots de bain et vous pique les pieds si vous avez le malheur de marcher sur l’une d’elle séchée par le soleil. La seconde est truffée de petites cloques qui claquent entre les doigts quand on les presse, c’est la Sargassum pacificum. Ces macroalgues prolifèrent sans être inquiétées par leur prédateur notamment le poisson perroquet, car cet herbivore est victime de la surpêche. Les scientifiques s’alarment de cette situation, mais des solutions existent et notamment la consommation de ces algues et leurs exploitations en engrais. Le point avec Terii Karel Luciani, notre expert “bio”.

     

     

    En Bretagne, la filière algues est maintenant bien développée, on les commercialise pour l’alimentation mais aussi comme engrais. Cette exploitation des algues envahissantes de nos lagons ne permettrait-elle pas de faire coup double ? Nettoyer les lagons tout en développement une nouvelle filière créatrice d’emplois ?
    “Si bien sûr, elles représentent un problème écologique grave. Elles prolifèrent surtout à cause de la pollution, de l’activité humaine et du ruissellement qui entraîne pesticides, déchets, eaux usées… dans le lagon. Cela favorise le développement de ces algues qui sont une vraie menace. La difficulté c’est qu’elles sont accrochées aux récifs et qu’il est impossible d’envisager une extraction sans risques pour les coraux, mécaniquement. Cela endommagerait le récif et, à la main, ce ne serait économiquement pas rentable. La manière la plus simple est de ramasser les algues échouées sur les plages après une forte houle ainsi que celles qui flottent à la surface, on les appelle les radeaux d’algues”.

    Cela resterait une collecte aléatoire et non adaptée à une industrie, mais plus à un marché artisanal ?
    “Oui, on n’est pas du tout dans la configuration des grands champs d’algues que l’on trouve en Atlantique. Je ne crois pas que cela créerait beaucoup d’emplois ici, mais cela peut être une vraie valeur ajoutée. Notamment dans le domaine des cosmétiques, mais aussi dans l’alimentaire et même les engrais. J’ai d’ailleurs en projet de la création d’une gamme d’engrais de poisson enrichie aux algues”.

     

    Quelle est cette valeur ajoutée ?
    “Les algues sont des trésors de bienfaits, nutriments, oligo-éléments, minéraux… Les agronomes disent d’elles, qu’elles ont un effet «vaccin». Les algues sont des plantes stressées par leur environnement, la houle, le soleil… Elles développent des qualités de résistance, qu’elles transmettent aux plantes. C’est l’effet “vaccin”, les plantes nourries ainsi sont plus robustes aux maladies, plus vertes. Les algues s’utilisent aussi simplement au jardin ou dans le composteur”.

    On peut les ramasser sur la plage et les mettre ainsi dans son potager ?
    “Non pas avant de les avoir rincées à l’eau claire. Le sel tuerait les plantes. Il faut bien les laver puis les disposer au pied des plantes ou dans son composteur, ce sera un super compost au final ! Des agriculteurs bio de la presqu’île les utilisent déjà depuis longtemps. Lors des épisodes de fortes houles, ils vont les ramasser sur la plage de Taravao. À Punaauia, chaque mois l’association, qui s’occupe du nettoyage des plages, remplit des sacs d’algues et les donne. Les personnes intéressées peuvent se servir, c’est tout bon pour le jardin. En septembre, ils ont été contraints de jeter les algues à la poubelle, c’est dommage”.

    Vous évoquiez tout à l’heure une nouvelle gamme d’engrais où en est votre projet ?
    “Je travaille dessus. J’ai besoin de diversifier mes produits en créant une gamme avec des engrais de poisson enrichis aux algues. Pour développer ce projet, j’ai répondu à un concours sur le Développement des entreprises, catégorie “économie circulaire” organisé par le ministère de l’Économie. Si je gagne les 5 millions de Fcfp, je pourrais me lancer. Nous aurons la réponse d’ici deux semaines. Vous savez, je pourrais me lancer plus facilement en important des extraits d’algues d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. Là-bas, les grandes algues sont récoltées mécaniquement. Mais ma démarche est tout autre : je souhaite développer cette gamme tout en étant acteur de la préservation de la biodiversité en exploitant des algues qui colonisent nos lagons”.

    Certaines algues sont comestibles. Des débouchés dans l’alimentaire, de façon artisanale seraient envisageables, comme un sel de Bora Bora enrichi aux algues du fenua, une poudre d’algues en condiment, des rillettes de thon aux algues ?
    “Oui, de façon artisanale c’est jouable et intéressant gustativement. Certaines sont déjà consommées crues, mais posent un problème de conservation. Il y a des études qui existent sur les algues de Polynésie, et des entrepreneurs peuvent se lancer surtout que l’extraction est facile, je peux le faire avec mon matériel”.

     

    Cl. C

     

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