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01 septembre 2014

L'ère de l'hydroélectricité

Publié le mardi 09 septembre 2008 à 11H26

25 ANS DE DEVELOPPEMENT ENERGETIQUE EN POLYNESIE FRANCAISE La semaine de l’énergie qui s’est tenue récemment à Tahiti en présence de professionnels du secteur, a permis de souligner l’urgence du développement de divers projets de production d’énergie renouvelable. Ces rencontres ont également mis en évidence les progrès très importants accomplis depuis 25 ans à Tahiti en terme de développement énergétique.

En effet, sur l’île de Tahiti, près d’un tiers de la production électrique provient de l’hydroélectricité. En l’absence de toute ressource en combustibles fossiles, la nécessité de lutter contre la précarité de l’approvisionnement énergétique de la Polynésie française et d’accroître son indépendance dans ce domaine a été ressentie dès le début du XXe siècle. C’est un ingénieur métropolitain, Dominique Auroy qui sera finalement à l’origine de ce développement, près de soixante ans plus tard. Un défi jugé impossible à l’époque par EDF et pourtant bel et bien relevé par celui qui est à l’origine, de l’indépendance énergétique de Tahiti puisqu’il a développé, suivi par d’autres ensuite, près de la moitié de la production hydroélectrique en vingt ans. Petite rétrospective…

En 1920, Émile Martin, entrepreneur polynésien, conscient des contraintes structurelles et géographiques, véritables handicaps de l’insularité en matière énergétique, manifeste son souhait d’exploiter l’énergie des rivières de Tahiti. Dans les années 70, le Territoire charge la Société d’économie mixte, Enerpol, d’étudier l’aménagement hydroélectrique de la vallée de la Papenoo, mais la décision d’EDF (solicité à l’époque de la réalisation d’une étude NDLR) est sans appel : les ouvrages ne sont pas réalisables et trop coûteux. Dominique Auroy – arrivé en Polynésie française en 1965 pour le compte de la société CGEE, (aujourd’hui Cégélec) afin de participer à la construction des premières centrales d’énergie électrique, puis à l’origine de nombreuses électrifications dans les îles et notamment aux Marquises – va être le pionnier du développement de l’hydroélectricité à Tahiti.

“En 1979, mon plan de carrière à la CGEE me ramenait à la direction générale, à Paris, tout en gardant la responsabilité du Pacifique, explique Dominique Auroy. Je considérais que je pouvais participer de façon qualitative au développement de l’hydroélectricité et de l’amener en coût économique jusqu’à 50 % de la consommation électrique de l’île de Tahiti”. La tâche sera ardue… L’avis négatif de l’EDF pour la réalisation d’un ouvrage hydroélectrique ne facilite pas les choses.

À l’époque, la production en énergie hydroélectrique est située au sud de Tahiti (produite par le syndicat intercommunal du sud de la Presqu’île Secosud) alors que la consommation principale se situe au nord. L’électrification s’arrête au niveau du Pk 20 à l’ouest de l’île, et au Pk 16 à l’est. En outre, l’énergie produite par Secosud est en 50 périodes, à l’inverse d’EDT qui produit 60 périodes. Il y a 30 000 branchements en 60 et 3000 en 50 sur Tahiti. “La logique voulait qu’on démarre à la Presqu’île, le kilowatt était plus cher. Tout développement hydroélectrique au niveau général de l’île de Tahiti impliquait d’uniformiser les fréquences pour que la puissance du sud puisse être acheminée vers le nord, précise Dominique Auroy. Il convenait de parvenir à réaliser des aménagements permettant d’obtenir un prix du kWh inférieur au prix du thermique de l’époque et d’une fiabilité indiscutable pour les utilisateurs avec une puissance garantie significative.”

 

Le premier kWh hydro-électrique est fourni le 30 juin 1981

 

En 1980, Dominique Auroy rencontre Tinomana Ebb, nouveau maire de Teva I Uta et lui propose un premier aménagement sur la rivière Vaite, à Papeari, qui dispose déjà d’un captage d’eau communal. Les deux hommes créent ensemble le 22 mai 1980, la Société hydroélectrique de Teva I Uta au capital de 30 millions Fcfp avec une trentaine d’actionnaires. Le coût du premier aménagement est de 120 millions Fcfp pour une puissance de 700 kilowatts. Trois aménagements hydroélectriques sont réalisés sur les deux côtes : sur la Vaihiria (côte sud), sur les plateaux de Hitiaa (côte est) et l’installation d’une ligne électrique permettant d’écouler l’énergie des plateaux de Hitiaa jusqu’à Papenoo, avec le raccordement sur le réseau EDT. Le 25 février 1981, la Société hydroélectrique de Teva I Uta devient Marama Nui (La Grande Lumière) et Tinomana Ebb son PDG. Le premier kWh hydroélectrique est produit le 30 juin 1981. En juin 1981, le Pays décide d’uniformiser la fréquence de l’île en 60 périodes. L’augmentation de la fréquence aura toutefois une incidence quelque peu gênante sur les moteurs des machines à traire de la laiterie de Taravao qui vont tourner 20% plus vite !

> L'électricité en quelques chiffres
  • Des millions de m3 de roches déplacés
  • 150 emplois pendant 20 ans
  • 150 km de routes ouvertes
  • 100 km de conduites
  • 20 milliards de travaux à Tahiti

Pour le lancement du deuxième programme, les actionnaires fondateurs prennent la décision de changer la dénomination de la société et de l’appeler Compagnie de développement des énergies renouvelables (CODER) Marama Nui.

À cette époque, la côte Est est dépourvue d’électricité et le Pays a prévu de verser une subvention à l’EDT pour procéder à l’électrification. La société propose alors de réaliser le transport en électricité gratuitement, en suggérant au Territoire d’entrer dans la société. “Finalement EDT qui allait devenir notre principal client, a trouvé un intérêt à entrer également dans la société, confie Dominique Auroy. Le Territoire et l’EDT sont entrés dans le capital de Marama Nui le 31 juillet 1981, de façon minoritaire.” En décembre 1981, la ligne d’interconnexion de Taravao, Hitiaa et Papenoo est mise en service, puis le premier aménagement de Vahiria et les plateaux de Hitiaa en 1982. Les aménagements de l’est et de l’ouest se poursuivent jusqu’en 1990. Les banques qui n’ont pas souhaité financer les projets au départ, ont accepté progressivement d’aider la société. En 1990, le capital de Marama Nui est passé de 30 millions à 1,2 milliard Fcfp et la productivité représente 23% de la consommation. À partir de 1991, l’activité de Marama Nui a porté essentiellement sur l’aménagement de la Papenoo et la réalisation de trois centrales. Une à deux centrales ont été créées chaque année jusqu’en 1998.

En 1998, une charte de l’énergie a été mise en place avec un moratoire pour faire cesser le développement des énergies renouvelables en Polynésie française pour une période de cinq ans. Dominique Auroy a vendu ses participations de la société Marama Nui en 1998 à l’EDT. Il y a actuellement sur l’île de Tahiti, treize centrales hydroélectriques, dont sept sur la côte Ouest, trois sur la côte Est et enfin trois au coeur de la vallée de la Papenoo, le site au potentiel le plus important.

D. J.

> Hydroélectricité et environnement

Pour un arbre abattu, nous en replantions dix !

Les travaux entrepris par la société Marama Nui et notamment la construction d’ouvrages hydroélectriques ont suscité auprès de certains à Tahiti, notamment dans la vallée de la Papenoo, la méfiance, notamment en termes d’impact sur l’environnement, les écosystèmes mais aussi sur l’agriculture, le tourisme ou encore l’archéologie. Selon Dominique Auroy, cette recherche d’équilibre entre intérêts énergétiques, économiques et environnementaux a toujours été présente dans le développement des installations hydroélectriques à Tahiti. “Quand nous avons commencé, il n’y avait aucune réglementation, c’était la bonne conscience qui primait, rappelle-t-il. En France, personnellement j’avais été choqué de voir des tuyaux qui défiguraient des vallées et dés le départ Marama Nui a toujours intégré les problèmes environnementaux dans le cadre de ses aménagements. Les tuyaux et les câbles électriques sont enterrés, de façon à ce qu’une fois les ouvrages réalisés, on les voit le moins possible. Il faut savoir que nos travaux représentent moins de 1% des surfaces foncières de chaque vallée. Pendant les travaux, c’est choquant certes, on agresse le paysage, mais lorsque c’est terminé, la végétation reprend vite ses droits. Dans la vallée de la Papenoo, nous avions promis que pour un arbre abattu nous en replantions dix, et nous l’avons fait !”

L’association Haururu financée 10 millions par an

01.jpgDes sites archéologiques uniques en Polynésie, ont été mis à jour lors des travaux. Cela a valu à Marama Nui un certain nombre de critiques et de problèmes ; ce qui nous a décidé à travailler en permanence avec une personne du service archéologique. “Si le site l’exigeait, nous déplacions certaines routes. Les barrages s’intègrent parfaitement dans le paysage. Nous avons fait des barrages en enrochement, j’ai tenu à ce que les pierres soient rangées comme dans les anciens marae. Si certains sites de la Papenoo ont été restaurés, c’est grâce à Marama Nui, puis avec la TEP quand elle s’est créée. Nous voulions que les sites soient entretenus par des gens de la vallée et nous avons créé l’association Haururu. Nous l’avons financée à raison de plus de dix millions Fcfp par an pour entretenir les sites jusqu’en 2001. Nous avions aussi confié à cette association le soin de replanter des arbres et nous avons financé. Cette vallée nous l’apprécions comme les autres et nous ne voulons pas la casser, ni la détruire. Je considère qu’il y a toujours eu un mana positif dans cette vallée. D’ailleurs, nous n’avons subi aucun accident imputable directement à la montagne ; au contraire, nous l’avons respectée et l’avons même rendue accessible.”

Propos recueillis par D. J.

> 3 questions à

Dominique Auroy

Directeur général de la Société Marama Nui de 1980 à 2000

Les énergies renouvelables, une nécessité en Polynésie

La Polynésie doit-elle songer dorénavant aux énergies renouvelables ?

Je crois que c’est une nécessité par rapport au coût du pétrole. Les politiques sont bien conscients qu’il faut aider ce développement, c’est l’intérêt du pays et c’est créateur de richesses, d’emplois et de stabilité économique. Il n’y a pas que l’hydro, même s’il y a encore un fort potentiel à développer, il y la houle, le solaire, l’éolien, la biomasse, l’énergie thermique des mers… Un potentiel énergétique important peut se mettre en oeuvre sur les cinq ans qui viennent. Cela devrait permettre de rattraper notre retard.

Quels sont les projets ?

Certains sont en train de se concrétiser et j’espère que le conseil des ministres permettra d’en voir certains émerger.

Il y en a que vous voudriez voir aboutir particulièrement ?

C’est un secteur dans lequel nous avons beaucoup investi et dans lequel on travaille depuis plus de vingt ans. Il y a les projets concernant la houle, la climatisation par l’eau glacée, l’éolien, l’hydro, la biomasse, sur lesquels nous sommes prêts à démarrer. Le domaine de la géothermie pourrait être prometteur, mais nous ne sommes qu’au début des études.

Dominique Jézegou
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