Publié le lundi 15 février 2010 à 11H15
ENQUÊTE - Le corps du colonel Gérard Legris, mort dans de mystérieuses conditions en 2008, exhumé pour autopsie
Il y a un peu moins d’un an, trois jeunes femmes étaient écrouées à Nuutania pour l’assassinat crapuleux d’un septuagénaire, Maurice Méheut. Après l’avoir poursuivi puis tabassé à mort chez lui, à Punaauia, elles avaient dérobé chéquiers et cartes bancaires, avant de mettre le feu à son appartement. Mais cette affaire en avait exhumé une autre des cartons : la disparition mystérieuse, un an plus tôt, d’un autre retraité que fréquentaient les mêmes jeunes femmes, Gérard Legris, et dont les comptes bancaires avaient eux aussi été vidés. Les diaboliques, tueuses en série ? Selon nos informations, les diaboliques de Vairao, qui choisissaient leurs proies dans la pension de retraite familiale où elles travaillaient, à la Presqu’île, ont récemment reconnu avoir dépouillé le malheureux de tous ses biens. Reste à savoir si, comme pour Maurice Méheut, elles l’ont poussé vers la mort. Son corps a été exhumé par la gendarmerie, une autopsie est en cours.
L’affaire avait fait couler beaucoup d’encre, à l’époque. Il y a moins d’un an, alors qu’ils intervenaient sur un feu d’appartement, à Punaauia, les pompiers découvraient, gisant au sol et carbonisé, le corps sans vie du propriétaire des lieux. À première vue, Maurice Méheut, un retraité sans histoire de l’Éducation nationale, aurait pu s’être fait piéger par les flammes. C’était sans compter sur l’autopsie de son cadavre, qui allait mettre les gendarmes de la section de recherches sur une piste bien plus macabre. Le crâne défoncé par un maillet, qui sera retrouvé plus tard dans les décombres, des traces de lutte et la disparition de plusieurs formules de chèques, font rapidement apparaître que le pauvre homme a été assassiné. Ses meurtrières présumées, interpellées moins d’une semaine plus tard, confirmeront les soupçons des gendarmes, en livrant des aveux circonstanciés. Employées dans une pension familiale, à la Presqu’île, jouissant d’un agrément les autorisant à prendre en charge des personnes vulnérables, elles escroquaient le brave homme depuis des années, après l’avoir patiemment mis en confiance. Jusqu’à ce triste soir du 15 avril 2009, où l’avidité dévorante de ces mantes religieuses a conduit les trois jeunes femmes à commettre l’irréparable. L’affaire aurait pu en rester là si le tapage médiatique engendré par ce fait divers, d’une rare violence en Polynésie française, n’avait pas réveillé les soupçons des amis et de la famille d’un autre retraité, mystérieusement disparu un an plus tôt, Gérard Legris.
Elles reconnaissent avoir pillé le compte de Gérard Legris
Ancien colonel de l’armée de l’Air, et proche de Maurice Méheut, qu’il surnommait son “ami poète”, lui aussi était passé par la pension de famille de Vairao, entre les mains de la même équipe. C’est d’ailleurs là-bas qu’il décèdera, en mars 2008, à l’âge de 87 ans, officiellement de sa belle mort, avant d’être inhumé en présence des futures meurtrières de MauriceMéheut, au cimetière de l’Uranie. Ses fils, installés en métropole, se lanceront alors dans une guerre de procédure pour tenter de récupérer l’héritage de leur défunt père, environ 43 millions de Fcfp, déposant même, à l’époque, plusieurs plaintes pour escroquerie contre la pension. Mais en vain. La ficelle est trop grosse, l’enquête est relancée. Et les résultats ne se font pas attendre. “Les suspectes, après avoir nié, ont finalement reconnu avoir détourné l’argent de M. Legris”, confirme à La Dépêche, une source judiciaire. Une première victoire pour les proches du vieil homme, qui vivait en Polynésie depuis plus de 30 ans. Mais l’ont-elles tué pour autant ? Selon nos informations, le rapport d’autopsie pratiqué d’après le dossier médical de Gérard Legris, ne l’indique pas. Mais la justice entend lever tous les doutes, et, pour vérifier si les diaboliques n’en était pas à leur coup d’essai, vient d’ordonner l’exhumation du corps du malheureux.
“Cold case” : deux ans après, l’autopsie peut encore parler
Déterrée, il y a deux semaines, du caveau militaire du cimetière de l’Uranie, la dépouille de Gérard Legris a donc été autopsiée, il y a quelques jours, et les conclusions de l’examen médico-légal devraient bientôt être connues. Mais pour quel résultat, deux ans après sa mise en terre ?“Des fractures consécutives à des coups ou à de la maltraitance seront toujours identifiables”, explique une source judiciaire, qui affirme même que certains cas d’empoisonnement ont déjà pu être révélé des années après par autopsie des os. On n’en est pas là. Contacté par la rédaction, les enfants de Gérard Legris, qui vivent en métropole, n’ont pas souhaité se répandre en commentaires. Mais l’on pouvait déceler tout de même un certain soulagement de voir ainsi l’étau se resserrer sur celles qui ont, sinon tué, en tout cas délesté leur regretté père, de sa fortune : “Mon frère Laurent et moi-même nous nous sommes portés partie civile dans cette affaire, il y a de cela plusieurs mois”, nous a répondu Jean-Marc, l’un des fils Legris. “Les choses ont bien évoluées…” Rappelons qu’à ce jour, seul Maurice Méheut a officiellement payé de sa vie, les escroqueries auxquelles se livraient ses meurtrières sur un certain nombre de personnes âgées, qui se croyaient entre bonnes mains dans leur modeste pension de Vairao. Mais il a payé le prix fort.
Enquête réalisée par Raphaël Pierre
Les parents des suspectes sont aussi dans le coup
Décidemment, la chaleur de l’accueil n’était que façade, à la pension de retraite de Vairao. Et à tous les étages. Poursuivies pour meurtre, tentative d’enlèvement et séquestration en bande organisée dans l’affaire Méheut, les filles qui s’occupaient des pensionnaires de cet établissement, jusque-là agréé pour s’occuper de personnes juridiquement irresponsables, ne sont pas les seules impliquées dans ce sordide dossier. Leurs parents le sont également. En tant que gérants de la pension, ils ont été mis en examen pour recel d’abus de faiblesse, et sont placés sous contrôle judiciaire. Le couple avait fait appel de cette décision. Un appel rejeté le 26 janvier par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Papeete. “Nous leur avons de surcroît retiré l’agrément qui les autorisait à prendre en charge des personnes vulnérables”, a indiqué à La Dépêche, le substitut de l’avocat général, qui représentait le parquet à l’audience, ce jour-là. Les parents ne pouvaient donc pas ignorer les agissements des plus jeunes, âgées, pour mémoire, de 20 à 30 ans. D’autant plus que tout le clan vivait la grande vie, sans rapport en tout cas avec ses revenus : des 4x4 et autres berlines flambant neufs ont été saisies lors des perquisitions, et des travaux de réfection très lourds étaient engagés dans un commerce leur appartenant, mais à l’activité plutôt moribonde. Entre les sommes détournées des comptes de Maurice Méheut et de ceux de Gérard Legris, les diaboliques auraient fait main basse sur près de 80 millions de Fcfp.
Là où tout a commencé…
L’affaire Méheut-Legris s’est tragiquement emballée avec le meurtre sauvage du premier des deux retraités, en avril dernier. Rien ne laissait pourtant présager du pire, à l’époque, en apparence en tout cas. Le septuagénaire, qui avait élu résidence à la pension de Vairao depuis quelque temps, pensait même s’être fait des amies. “Il les considérait comme telles”, raconte un habitant de la Presqu’île, qui le croisait souvent. “Sous le charme de l’une d’elles, il émettait quelques chèques, mais sans doute sans y être forcé.” Au début. Puis les maltraitances ont commencé, au fur et à mesure que l’appétit de ses tortionnaires grandissait. En garde à vue, le quatuor infernal reconnaîtra avoir voulu le dépouiller de tout son argent. Maurice Méheut avait tant bien que mal réussi à s’échapper de la pension de Vairao avant le drame, mais c’est finalement chez lui, à Punaauia, dans la nuit du 14 au 15 avril, que le piège s’est définitivement refermé.
Un guet-apens machiavélique
Les trois femmes, dont l’une accompagnée d’un enfant et affublée d’une perruque, réussissent à pénétrer dans son petit appartement du troisième étage de la résidence Taina Beach. De force, elles tentent d’abord de le saouler avec une mixture à base d’alcool et de paka. Pour l’enlever. Et le ramener à Vairao pour finir le travail ? Impossible. Car, contre toute attente, l’homme, malgré ses 77 ans, résiste. Pendant qu’une complice fait pleurer son enfant derrière la porte fermée de l’appartement, pour faire diversion, les deux autres accomplissent leur basse besogne, et assènent plusieurs coups de gourdin au malheureux, lui défonçant le crâne. Inconscient, mais vivant, Maurice Méheut sera abandonné dans son sang. Avant de partir, pensant effacer ses traces, le trio diabolique achèvera son oeuvre en mettant le feu au petit trois-pièces. Ce sont les pompiers, alertés vers 1 h du matin par une voisine, qui découvriront le corps calciné du retraité.
Les cendres de Maurice Méheut dispersées en Nouvelle-Zélande
Coïncidence. Alors que le corps de Gérard Legris était exhumé du cimetière de l’Uranie pour les besoins de l’enquête, c’est en toute intimité, à quelques kilomètres de là, dans la petite salle de prières des pompes funèbres Min Chiu, à Pirae, que son compagnon d’infortune, Maurice Méheut, a enfin eu droit à la veillée mortuaire qu’il méritait. La cérémonie s’est déroulée jeudi dernier. Il aura donc fallu patienter près d’un an pour que le malheureux, âgé de 77 ans, repose enfin en paix, après son meurtre sordide, en avril 2009. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? Émus par sa fin tragique, de rares amis, l’association des handicapés de la Mission, la mission catholique et une amicale d’anciens militaires de la Presqu’île, ont décidé de tout mettre en oeuvre pour que soient respectées les dernières volontés que le septuagénaire avait pris le temps de coucher sur son testament : être incinéré en Nouvelle-Zélande. Des démarches qui ont pris du temps. Après une émouvante cérémonie, célébrée par monseigneur Coppenrath en personne, le corps de Maurice Méheut s’est donc définitivement envolé, vendredi dernier, vers sa dernière demeure, au pays kiwi.
Les dates clés d’un fait divers hors normes
- 15 avril 2009 Maurice Méheut, 77 ans, meurt dans des conditions troublantes, dans l’incendie de son appartement de la résidence Taina Beach, face à la marina de Punaauia.
- 23 avril 2009 Les gendarmes interpellent quatre femmes à Vairao, soupçonnées d’avoir suivi le vieil homme chez lui pour le voler avant de le tuer.
- 25 avril 2009 Après 48 h de garde à vue, les suspectes passent aux aveux, et sont écrouées. Elles profitaient de la gentillesse de Méheut, depuis des années, pour l’escroquer.
- Mai 2009 L’enquête s’oriente sur la mort, en mars 2008, de Gérard Legris, un autre retraité passé entre les griffes des diaboliques. “On voulait lui faire comme à Legris”, avait lâché l’une des suspectes lors de sa garde à vue, en parlant du sort qu’elle réservait à Maurice Méheut. Une information judiciaire est ouverte.
- Fin 2009 Les fils de Gérard Legris se constituent partie civile. Les suspectes reconnaissent avoir vidé ses comptes en banque, mais pas l’avoir tué.
- Janvier 2010 La dépouille de Gérard Legris est exhumée du cimetière de l’Uranie, et autopsiée dans la foulée par un médecin légiste. Les conclusions de son analyse ne sont pas encore connues.





Les dernières contributions
Commentaires anonymes
17/02/2010 à 21h44
La peine capitale a été abolie pour plusieurs raisons, mais la principale qui touchait de trés près BADINTER était que pas mal d'innocents, dont certains qu'il avait défendu avec ardeur, ont été exécutés à tort.
Ce risque pourrait toucher n'importe lequel d'entre nous....
Commentaires anonymes
17/02/2010 à 08h11
je connaissais Mr maurice Méheut Qui étais un habituer du petit restaurant qui se trouve dans carrefour punaauia. C'étais un monsieur sans histoire avec ses petites habitudes.A l'époque j'étais une simple serveuse mais nous aimons bien servir cet habituer qui étais toujours fort agréable ! Il m'avais demander mes coordonnées au cas ou il lui arriverais quelque chose si je pouvais venir l'aider. Je ne comprend pas comment en peu agir ainsi et j'espère que sa ne leurs porteras pas bonheur et qu'elles vont rester très longtemp en prison. Je serais d'accord pour la peine capital ! C'est vraiment dégeullasse d'agir de telle sorte. Paix à leurs ames qu'elles trouvent le repos éternelle et une pensée de soutien pour leurs proches.
Commentaires anonymes
16/02/2010 à 12h34
La France devrait réviser la loi concernant la peine capitale et la rendre de nouveau applicable. Cette loi servira de leçon à certains qui seraient tentés par le mal comme ces horribles femmes assassins. La prison de Nuutania est saturée, et il faut entretenir les prisonniers, et çà coûte cher, alors pourquoi ne pas s'en débarrasser tout simplement. Cette histoire sordide rappelle celle qui s'est déroulée le mois dernier en France où trois jeunes adolescentes ont séquestré deux vieillards. Ces dernières risquent la perpétuité. Pourquoi pas la peine capitale tout simplement, hein ! Qu'en pensez-vous Messieurs et Mesdames ?
Commentaires anonymes
15/02/2010 à 19h52
C'est déguelasse d'avoir agit ainsi. Paix aux âmes de ces deux hommes et grosses pensées pour leurs enfants.
Commentaires anonymes
15/02/2010 à 15h29
c vraiment horrible c que ces femmes ont fait. J'espère qu'elles resteront à vie à nuutania. Puré j'ai carrément envie de les tabasser. Oser faire ça à des personnes vulnérable!!!!, n'importe koi!
Commentaires anonymes
15/02/2010 à 14h34
Nouvoté film dramatique tourné a tahiti
arme blanche et bientot des arme a feu
a moins que .............deja!