Publié le mardi 10 août 2010 à 10H31
COMMÉMORATION - Il y a trois ans, le Twin Otter d’Air Moorea s’abîmait en mer
Le 9 août 2007, peu après midi, le vol 1121 d’Air Moorea s’abîmait en mer, quelques secondes à peine après son décollage de l’aéroport de Temae. Un dramatique accident qui a coûté la vie aux 19 passagers du Twin Otter et à son pilote, et jeté le deuil sur toute la Polynésie.
> En 3 points
- Il y a trois ans, 20 personnes disparaissaient dans l’accident du Twin Otter d’Air Moorea.
- Les familles des victimes attendent toujours la tenue d’un procès, indispensable, selon elles, à leurs reconstructions.
- Celui-ci pourrait se dérouler “au mieux” fin 2011.
Sans procès, difficile de faire le deuil
Mais difficile, pour les familles, de tourner la page alors qu’aucun procès ne s’est encore tenu, et que, par conséquent, aucune condamnation n’a été prononcée à l’encontre d’éventuels responsables : “Tant qu’il n’y aura pas eu, à la fois d’un point de vue civil et pénal, des coupables et des réparations, même si on ne peut pas réparer ce qui a été fait, on sera toujours dans une situation instable”, déplore le président de l’association 9- 8-7. Pour les proches des disparus, le temps judiciaire est décidément bien long. Trop long. Les multiples demandes de contreexpertises formulées par les avocats des sept mis en examen (dont la compagnie en tant que personnemorale) retardent d’autant l’échéance d’un audiencement de l’affaire, ce qui irrite particulièrement les familles, qui doutent de la “bonne foi” des arguments de la défense. À l’heure actuelle, la bataille des experts fait encore rage dans les coulisses du palais de justice. Les causes de la rupture du câble de gouverne du Twin Otter, qui pourrait être à l’origine du crash, diffèrent en effet selon les parties. Les avocats des mis en examen estiment que cette rupture n’a pas eu lieu en vol, alors que les proches de victimes affirment, pour leur part, le contraire.
“Pour l’instant, il n’y a rien de nouveau. L’instruction suit son cours. Il y a de légères divergences entre les experts et le BEA — le Bureau d’enquêtes et d’analyses —, qui nécessitent d’être étudiées avant d’envisager un renvoi devant le tribunal”, précise-t-on au parquet de Papeete. “Ils — les mis en examen, Ndlr — jouent sur les causes de l’accident, mais elles restent assez accessoires car, finalement, les défauts de maintenance, le problème de gestion de l’entreprise, ils existent. Ils ont été retenus et validés”, martèle, de son côté, Nikolaz Fourreau. Au vu de l’avancement du dossier, un procès se tiendrait “au mieux” à la fin de l’année 2011, voire en 2012, selon les autorités judiciaires. De longs mois d’attente en perspective pour ces familles “traumatisées”, qui tentent aujourd’hui de redonner un sens à leurs vies, soudainement brisées le 9 août 2007.
J.-B. C.
Nikolaz Fourreau Président du l’association 9-8-7
“Il faut se construire comme on peut, tel qu’on est, traumatisé”
Un procès ne devrait vraisemblablement pas avoir lieu avant 2011 ?
Ce sera difficile pour qu’il se tienne cette année. Le planning était déjà tendu s’il n’y avait pas eu de demandes de contre-expertise. La première d’entre elles, c’était pour savoir si le câble avait été rompu au moment où l’on a remonté l’épave. Ça n’a pas été retenu. Maintenant, les mis en examen disent “Il n’a pas été rompu quand on a remonté l’épave, mais peut-être lorsque l’avion a tapé l’eau”. Donc ils jouent sur les causes de l’accident, mais elles restent assez accessoires car, finalement, les défauts de maintenance, le problème de gestion de l’entreprise, ils existent. Ils ont été retenus et validés. Dans l’arrêt de la chambre de l’instruction, les juges acceptent qu’il y ait une contre-expertise, mais ils précisent que ça n’efface pas tous les problèmes de maintenance et de gestion.
A-t-on, aujourd’hui, la certitude que l’accident est lié à la rupture du câble de gouverne ?
Tous les experts le disent. La compagnie dit : “Ce n’est pas ça. On n’a toujours pas la raison qui aurait causé la chute de l’appareil”. Ils ont invoqué une erreur de pilotage, des problèmes de santé du pilote, mais le médecin légiste a bien insisté sur le fait qu’il était en vie jusqu’au choc de l’appareil dans l’eau. Il n’avait donc aucun problème cardiaque. Quand on écoute la bande son, sur les 11 dernières secondes de vol, on se rend bien compte que le pilote était étonné par le changement d’assiette de l’appareil, et qu’il a entrepris des actions sur les volets et les moteurs. Il faut admettre que les mis en examen aient le droit à une défense. Après, que ce soit avec de la bonne ou de la mauvaise foi, c’est autre chose.
Comment les familles ont vécu ces trois années ?
Il faut d’abord vivre la transformation de sa vie. On retient souvent le terme “reconstruire sa vie”, mais quand on le vit, ce n’est pas ça. Il s’agit plutôt de construire une vie traumatisée. Il y a aussi régulièrement des choses qui sont prises comme une agression, notamment lorsqu’il y a des demandes de contre-expertises de la compagnie. (…) Cela revient tout le temps dans les medias. Donc c’est très lourd à porter, même s’il faut qu’on en parle pour que les victimes ne soient pas mortes pour rien. En plus, depuis quelques semaines, il y a le fait qu’Air Moorea puisse disparaître, et que, par simplification de raisonnement, les dirigeants disent que c’est à cause de l’accident. Ce n’est pas ça. Les erreurs de management et de maintenance ont provoqué un accident, et les gens ont quitté la compagnie car ils n’ont pas confiance en elle, tout simplement. Aujourd’hui, les familles restent très proches. Mais c’est toujours douloureux. Au bout de trois ans, on entend les gens dire : “C’est bon. Ils nous saoulent avec cet accident”. Pour bon nombre des gens qui se battent aujourd’hui, ce n’est pas exclusivement pour obtenir une réparation, mais aussi pour éviter que cela ne se reproduise. Maintenant, il faut se construire comme on peut, tel qu’on est, traumatisé. Avec l’absence d’un frère, d’une soeur, d’un père ou d’une mère. Les dates anniversaires sont vécues difficilement. Tant qu’il n’y aura pas eu, à la fois d’un point de vue civil et pénal, des coupables et des réparations, même si on ne peut pas réparer ce qui a été fait, on sera toujours dans une situation instable.
Cette année, vous avez souhaité que la commémoration de l’accident soit plus intime. Pour quelles raisons ?
Les familles essayent, aujourd’hui, de plus se protéger. Certaines vont quitter Tahiti, même si elles résidaient ici depuis 35 ans. C’était trop dur à vivre. D’autres ne veulent plus voyager ou aller à Moorea. Les choses sont vécues différemment, selon les gens. La famille de Guillaume, par exemple, qui vivait tout seul à Tahiti, ne peut pas se recueillir sur une tombe. Ils sont loin de Tahiti, et c’est extrêmement difficile. C’est aussi le cas pour les familles des cinq personnes disparues.





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Commentaires anonymes
11/08/2010 à 08h54
Bonjours à tous.
Je souhaites beaucoup de courage à toute les famille toucher par ce drame.
Puis à tout le monde, de toujours avoir une penser pour les victimes.
Et que les accidents comme ça cesse.
Merci.
Contribution modérée
Contribution modérée
Commentaires anonymes
10/08/2010 à 15h57
Il ne faut plus que cela se reproduise!
Une enquête parallèle à cette affaire devrait être menée, pour déterminer le manque de sérieux de certains responsables en matière de navigation aérienne ou de contrôles d’urbanisme.
Aujourd’hui, la population veut qu’on lui rende des comptes .
l faut dénoncer.
Je signale encore le cas de cette grue qui était érigée à l’embranchement des rues MANINI et RFO à FAA’A-PAMATAI .
Cette grue évoluait à l’altitude +120 NGPF, elle n’était pas balisée , elle empiétait de 35 mètres dans les servitudes aéronautiques de dégagementempiétait . Cette grue reconnue comme un obstacle à la navigation aérienne n’a jamais été inquiétée. Il n’y a pas de dérogations en matière d’empiètements de servitudes aéronautiques.
Il s’agit d’un dispositif de construction auquel s’applique les contraintes des servitudes aéronautiques de dégagement. Il n’ y a pas de dérogations en matière servitudes aéronautiques de dégagement.
Cette grue n’a jamais été inquiétée.
C’est grâce à une action en référé que cette grue a été démontéE en deux heures. La Polynésie aurait pu être meurtrie et endeuillée à vie par une collision d’un avion sur cette grue qui n’était pas balisée .
Le spectre des dépôts d’hydrocarbures explosés et implosés avec des cadavres calcinés, irradiés ou des morts vivants en lambeaux de chair a été évité.
L’école maternelle RUATAMA était située juste à l’aplomb de cette grue.
Je demande encore une fois aux autorités, par respect pour ses bambins de bien vouloir mettre sur pied sans délai cette enquête sans attendre une pétition en bonne et due forme.
Il ne faut plus que ce genre de violation ne se reproduise : il faut rechercher, poursuivre, verbaliser et sanctionner les coupables.
Victor, Flavien VAN CAM