“J’ai failli perdre la main dans la gueule d’un requin”

Publié le dimanche 21 février 2010 à 09H11

FAKARAVA - Joseba Kerejeta, champion du monde de chasse sous-marine

Depuis l’obtention de son titre de champion du monde de chasse sous-marine en octobre 2008 à Isla Margarita au Vénézuela, Joseba Kerejeta, 40 ans, pompier de métier, s‘est mis en disponibilité pour parcourir le monde et aller chasser aux meilleurs endroits possibles.

C‘est donc dans ce but qu‘il a contacté “G” et Marco de Fakarava dont la réputation de chasseurs de grosses prises était parvenue à sa connaissance. En effet, hormis les compétitions officielles CMAS de chasse en apnée, il existe un challenge officieux pour les très grosses prises hors normes, comme les marlins (haura), les thons (aahi), ou l‘un des rois de la catégorie le thon à dents de chien (vau) dont la Polynésie est l‘un des derniers endroits au monde où de gros spécimens existent encore en quantité. Ce type de chasse au large et dans le bleu est appelé “bluewater” et est régi par quelques règles administrées par deux associations américaines qui homologuent les possibles records du monde.

Une “bluewater” régie par quelques règles

Joseba est l‘actuel détenteur du record dumonde IUSA du marlin noir (Makaira indica) avec une prise de 211,9 kg au Mexique le 26 juillet 2007. “G”, quant à lui, est recordman du monde du marlin blanc (Tetrapturus Albidus) en cours d‘homologation pour une prise de 43 kg au Brésil le 4 janvier 2010. Marco étant, lui, toujours détenteur de quatre records dont trois en Polynésie. Malheureusement, compte tenu des cyclones Nisha et Oli, le programme initialement prévu pour Joseba aux Tuamotu a dû être modifié en attendant à Moorea que les conditions météo s’améliorent.

Une blessure de parei et trois points de suture

L’occasion d’aller chasser avec quelques amis, Matahiapo Lailau ou Zephirin Tarahu, tous deux membres de l‘équipe de Tahiti, plusieurs fois champions de Polynésie et déjà rencontrés lors de compétitions internationales. Résultat : des thons à dents de chien, dont le plus gros faisait 30 kg.

À Tahiti avec Zef, la plus grosse prise fut un aprion (utu) de 2kg, qu‘il a quand même dû aller chercher à l‘agachon par -27mètres en 2 minutes et 30 secondes ! Lorsque Joseba réussit enfin à se rendre à Fakarava, le mauvais temps et des conditions de mer très difficiles exclurent tout déplacement dans les atolls voisins durant la première semaine. Néanmoins, la Passe Nord Te Ava nui, de Fakarava, lui “livra” quelques beaux spécimens comme cette paire de vau de 18 et 20 kg, un “Tatia barracuda à nageoire noire, ou cet autre vau… En une journée sur l‘atoll voisin de Toau, il prit entre autres ce beau “roeroe”, couleur arc-en-ciel. Malheureusement, Joseba fut blessé par un “parei”, poisson chirurgien auquel il doit trois points de suture et autant de jours d‘arrêt.

Malgré ses points, le champion n’a pu résister longtemps à l’appel de la passe sud Tetamanu de Fakarava où de gros vau, tant désirés, l’attendaient dès le matin par un temps bien gris et un courant rentrant la majeure partie de la journée. On a beau être un champion du monde habitué à voyager dans le monde entier, on n’est guère plus armé pour faire face à la voracité des très nombreux requins gris (reira) Albimarginatus (Tapete) et requins soyeux (Tamatukau) très présents dans les eaux paumotu. C‘est donc avec rage et désespoir que Joseba a dû admettre, malgré des tirs pour la plupart dans la tête, la perte de quatre vau dont un de 50 kg et un autre d‘environ 40 kg. D’autant qu’il a vu Marco, à seulement 7 mètres, mettre K.O un vau avec un fusil équipé d‘un simple moulinet, mais d‘un tir plus précis. Son dernier jour dans les Tuamotu, à Toau, fut plus chanceux : Joseba fléchait un vau de 17 kg avec corde et bouée, pendant que “G”, d‘un tir chirurgical en ramenait un de 21 kg tiré au fusil carbone de “170” équipé d‘une flèche de 6,5mm, d‘un sandow de 16mm et d‘un moulinet. La dernière prise du jour revenait au champion : un vau de 27 kg !

Un séjour en Polynésie qui se terminait en beauté pour Joseba qui est parti sur le Vanuatu via la Nouvelle-Calédonie le vendredi 19 février.

Correspondance z1taz

La parole à…  Joseba Kerejeta, Champion du monde de chasse sous-marine

“À Tahiti, il n’y a pratiquement plus de poissons”

Depuis combien de temps et comment t’es-tu découvert une passion pour la pêche sous-marine ?

“Depuis que, à l‘âge de 13 ans, j‘allais à la plage en Espagne avec mes parents.”

Est-ce la première fois que tu viens en Polynésie et les fonds marins y sont-ils aussi propices qu’ailleurs à la pêche ?

“C’est la deuxième fois, et oui les fonds marins ainsi que la faune sous-marine y sont excellents, un des meilleurs endroits au monde.”

Que penses-tu des différents endroits où tu as déjà eu l‘occasion de chasser lors de tes deux visites en Polynésie ?

“Eh bien, c‘est assez surprenant la différence entre les endroits : à Tahiti, il n‘y a pratiquement plus de poissons. À Moorea, c‘est plutôt facile, il reste du poisson, mais plus profond et n‘importe qui avec de bonnes qualités d‘apnéiste peut encore prendre du beau poisson sans problème. Aux Tuamotu, c‘est bien différent ! J‘avais entendu dire que cet archipel était comme un aquarium géant où il suffisait de plonger dans 5 à 10 mètres pour prendre de grosses prises et que les poissons y étaient très nombreux. C’est vrai, mais on avait juste hormis de me dire la difficulté à ramener le poisson entier après le tir ! Je pense, bien sûr à des poissons de belle taille comme les vau où la difficulté est extrême. Même pour moi. Et je me suis aperçu que très peu de gens ont les capacités et la technique nécessaires à ces prises dans les Tuamotu ; mais aussi pour des prises plus petites à certains endroits où j‘ai par deux fois failli perdre une main le même jour, n‘y échappant que par l‘introduction de la poignée de mon fusil au dernier instant dans la gueule du requin qui m‘attaquait. Cela force à réflexion et au respect pour ceux qui pêchent tous les jours dans ces lieux, comme le Paumotu qui se doit de chercher à manger quotidiennement pour nourrir sa famille.”

Quel est ton meilleur souvenir de par le monde ?

“Il y a 10 ans environ, lors d‘une croisière en voilier, la rencontre avec un groupe de baleines en pleine mer ; j‘ai pu nager une heure en leur compagnie.”

Tu es champion du monde depuis octobre 2008, quels sont aujourd’hui tes projets ?

“Voyager encore quelques mois et ensuite préparer le championnat du monde 2010 en Croatie où je remettrai mon titre en jeu tout en espérant bien le conserver ! Mais, ce sera sûrement plus difficile, car je ne serai plus un outsider et tout le monde voudra prendre ma place.”

Quelque chose à ajouter ?

“Je tiens à remercier la Polynésie et tous les Polynésiens de leur accueil si chaleureux et bienveillant à mon égard. Encore mauruuru à tous et à bientôt j‘espère.”

Pour plus d’infos sur ce sujet, consulter les sites web suivants :

http://iusarecords.com/world_record_list.php

http://www.freedive.net/ibsrc/fram_rec.htm.

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