Il y a 100 ans débutait l’exploitation du phosphate

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Publié le dimanche 29 août 2010 à 14H42

TUAMOTU – Makatea : l’île oubliée

Il est un atoll qui s’élève jusqu’à 100 mètres au-dessus de l’océan Pacifique, bordé de falaises… Il abrite des installations minières d’un autre temps, totalement à l’abandon.

Véritable musée à ciel ouvert à la gloire de l’ère industrielle, dont on distingue encore, sous une végétation toujours plus couvrante, une voie de chemin de fer de 7 kmde long. Et pourtant l’île ne fait que 24 km2, elle mesure 7,5 kilomètres du nord au sud, avec une largeur maximale de 7 kilomètres dans le sud.

L’exploitation débute en 1910

L’île forme une commune associée à la commune de Rangiroa. Et si aujourd’hui, ses habitants (une soixantaine au recensement de 2007) ne vivent que de l’agriculture, de la culture du coprah, de la pêche et du commerce des crabes de cocotier, ce ne fut pas toujours le cas.

Car la spécificité de cette île de corail soulevée par un ancien mouvement tectonique et située dans l’archipel des Tuamotu (entre Tahiti et Rangiroa) réside dans la composition de son sol. Du calcaire qui, au cours des millénaires, s’est complété du guano (excréments) d’importantes colonies d’oiseaux et formant un sable phosphaté. Jusqu’à ce que cette particularité soit détectée, dès 1884. Après d’âpres tractations avec les propriétaires de nombreuses terres indivises, l’exploitation officielle peut débuter en 1910, il y a 100 ans. À l’époque, ce chantier, l’un des plus grands et des plus cosmopolites du monde, avec la venue de milliers d’ouvriers, marqua fortement la vie économique de la Polynésie française durant la première moitié du XXe siècle ; et eut à surmonter de nombreuses difficultés.

Les principaux outils tels que pelles, pioches et brouettes devinrent vite insuffisants. Il fallut édifier d’imposantes infrastructures et faire intervenir des techniques très complexes : une immense jetée métallique comportant un encorbellement de 106mètres de portée, ou encore un funiculaire et des lignes de chemin de fer, soit le seul train circulant dans toute l’Océanie.

Au premier rang des exportations durant 15 ans

La CFPO (Compagnie française des phosphates d’Océanie) versait à elle seule 28 % des salaires du secteur privé et assurait le quart des recettes budgétaires de la Polynésie française en 1960, à la veille de l’abandon. En dehors de la population de Makatea, 200 personnes à Papeete et 500 aux Australes et aux îles Sousle- Vent vivaient de l’activité de la CFPO. L’ensemble des revenus était supérieur à 100 millions FCFP par an. La CFPO achetait en Polynésie pour 20 millions de FCFP par an environ de marchandises, en importait pour 25 millions de métropole et 27 de l’étranger. Le total des impôts et taxes diverses que la Compagnie versait chaque année a pu représenter jusqu’à 24,5 % du budget du Territoire.

Les phosphates de Makatea ont tenu le premier rang des exportations pendant plus de 15 ans, apportant plus des trois quarts des devises reçues par le Territoire puisque les ventes se faisaient en monnaies étrangères. La Compagnie française des phosphates de l’Océanie exploita ainsi le minerai jusqu’en 1966. En quelques semaines, le personnel plia bagages, abandonnant tout le matériel sur place. Laissant la cité minière à l’état de ville fantôme et l’île truffée de puits d’extraction.

Aujourd’hui, l’OPT (Office public de télécommunications) dédie une série de trois timbres et enveloppes premier jour (voir encadré) émis le 17 août. L’île abrite désormais une agence postale récemment ouverte, le 5 janvier 2010, mais elle ne demeure accessible qu’uniquement pas voie maritime.

Sources : www.tahitiphilatelie.pf www.tahitiheritage.pf

Les vestiges en témoignent

De nos jours, dans le port de Temao, se trouve une darse creusée à l’explosif dans le platier, où des chalands venaient chercher les phosphates dans des paniers en osier pour les transférer vers les navires croisant au large où ils étaient chargés par treuillage ; ce système s’améliorera en 1927, avec une première jetée d’une cinquantaine de mètres de longueur, allant jusqu’à la limite du platier ; elle permet aux chalands d’éviter le franchissement des rouleaux. En 1954, la jetée Seibert, d’une centaine de mètres au porte-à-faux impressionnant, permet au minerai d’être délivré par tapis roulant jusqu’au-dessus des cales des navires. Cette jetée, techniquement complexe, était repliable sur elle-même après utilisation.

Un réseau de chemins de fer à voie de 60 centimètres desservait les mines et le port, où ont circulé cinq locomotives à vapeur de type 040T remorquant des tenders annexes construits par Orenstein & Koppel.

Plus tard, seront utilisés des locotracteurs Boilot-Pétolat, Deutz et surtout trois Billard T100D initialement étudiés pour la ligne Maginot, mais construits pour l’organisation Todt.

Quelle île !

Makatea se situe dans le sous-groupe des Îles Palliser ; elle a été appelée “Aurora” (qui signifie l’”île de la récréation”) par l’explorateur hollandais Jakob Roggeveen en 1722. Plus tard, les Polynésiens l’ont appelée le “Papa Tea” (qui veut dire “la roche blanche”). Le chef-lieu est Moumu sur la côte Est. Une ville abandonnée, Vaitepaua, et un port sur la côte occidentale nord, Temao, datent tous les deux du temps de l’exploitation du phosphate (1917 à 1964). Makatea est l’une des trois îles de corail élevées du Pacifique qui ont eu de grands gisements de phosphate, avec Nauru et Banaba.

Quoi ? Où ? Quand ? Comment ?

  • Le minerai de phosphate (roche concentrée en sels de phosphate) est une roche sédimentaire dite exogène : elle se forme par concentration lorsque des ions phosphate précipitent dans une roche en diagenèse. Les formes biogènes, telles les guanos d’oiseaux et de chauve-souris, sont exploitées depuis des siècles.
  • Les gisements les plus importants se trouvent au Maroc, en Amérique du Nord, sur Navassa, en Tunisie, au Togo, en Israël, en Jordanie, en Chine et dans certaines îles d’Océanie laissés à l’abandon comme Makatea : Nauru et Banaba .
  • Nauru : État-confetti d’Océanie (21 km2, 8 000 habitants en 2007). L’exploitation du phosphate a débuté en 1906. À partir de la fin de l’année 2003, Nauru est en faillite totale et ses habitants se rapprochent du seuil de pauvreté. Les banques saisissent des biens, notamment les matériels d’extraction du minerai, des propriétés comme la Nauru House de Melbourne. Certaines entreprises cessent de fournir leurs services allant jusqu’à couper les liaisons téléphoniques avec l’île.
  • Banaba (Kiribati) : Le phosphate fut exploité dès le début du XXe siècle et les Banabans déportés à Rambi à 1500 km de leur terre natale..Sur les 695 hectares de l’île, seuls 60 ont été épargnés, sans doute l’exploitation en était moins rentable. Tout le reste aujourd’hui est une ruine minérale : blocs de corail pouvant atteindre 25 mètres de haut et déchets industriels constitués par tout le matériel d’extraction de la BPC, dont la valeur a été largement amortie et abandonné sur place. Depuis 1980, une centaine de Banabans sont revenus sur la terre de leurs ancêtres et essaient d’y survivre dans des conditions fort difficiles.
  • Les phosphates sont utilisés dans l’agriculture comme engrais pour enrichir les fruits et légumes en source de phosphore [3]. Ils peuvent également apporter de l’azote (phosphate d’ammonium), du calcium (phosphates de calcium) et de l’aluminium (phosphate d’aluminium). Ces engrais peuvent être d’origine organique (poudre d’os, arêtes de poissons, ...) ou inorganique (attaque d’acide sur du minerai), ce qui est de plus en plus le cas, hormis en agriculture biologique où les engrais de synthèses sont interdits.
  • Le phosphate se trouve aussi impliqué dans la fermentation vinicole (type de fermentation éthylique).
  • Le minerai, en général du phosphate de calcium, peut être épandu directement sur les terres acides après avoir été finement broyé. Ayant tendance à se combiner au calcium, ce qui le rend moins assimilable, il doit être rendu plus hydrosoluble avant d’être employé sur les sols calcaires afin d’accroître son assimilation par les plantes.
  • Dans la structure des êtres vivants, les groupes phosphates sont des éléments de la chaîne composant les hélices de l’ADN.

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Les dernières contributions


30/08/2010 à 14h52

Dommage, le site abandonné [url]http://www.makatea.pf/[/url] par la mairie, car si on fouillait un peu, il y avait des merveilles [url]http://www.makatea.pf/sommaire.html[/url]

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30/08/2010 à 13h22

La réflexion, peut être que tu devrais l'appliquer à toi même..Claire la manne financière continue..ET ALORS? cela change quoi RIEN, et pire encore elle ne remplacera jamais ce qui a été détruit. LA NATURE.

Si un jour cette Terre manque de nourriture, alors tu pourra donner à manger à tes gosses avec 1 billet de 10 EUROS, et vachement ils seront rassasiés..

Peace and love

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30/08/2010 à 07h36

Pourquoi ce titre "Ile oubliée" ? "abandonnée après son pillage" serait plus juste.
Pendant 60 ans cet endroit a été un eldorado, et après le pillage de son sol, il ne reste que des milliers de trous interdisant toute utilisation ou même déplacement sur son immense plateau. Pas de programme de remise en état, rien d'imposé à la société minière privée, qui en a tiré un profit considérable pendant 50 ans ?
... à méditer !
"âpres tractations avec les propriétaires de nombreuses terres indivises" on peut imaginer ! âpres ou glauques ?

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29/08/2010 à 18h00

Cela donne à réfléchir : lorsque l'exploitation des phospates a cessé, le CEP (essais nucléaires) est arrivé à point pour déverser sa manne financière...Et quand les phosphates sont partis ils ont continué de donner à titre de compensation ? Heureusement que le CEP c'était l'Etat et que des années après il verse encore...

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29/08/2010 à 17h01

L'expedition de Jacob Roogeven fut la première à decouvrir cette ile: Elle fut nommée "Verquicking" qui signifie "refreshment "(anglais) et non pas "Aurora".Les hollandais ayant ceuillis des plantes car ils avaient beaucoup de scorbutiques..
Petit detail: Les hollandais débarquerent sur l'ile et eurent des contacts avec les habitants..Ils eurent même droit à une embuscade!!Ceci se passait 46 ans avant Cook: Les Polynesiens connaissaient donc les grands "pahis" bien avant Wallis; Il n'est donc pas etonnant que des personnages avertis aient pu predire savamment l'arrivée de ces bateaux car ils savaient que celà existait.
source:The journal de Jacob Roggeveen edited by Andrew Sharp.
Il serait interessant de corriger de nombreuses "vérités" déformées.!!

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