Publié le dimanche 15 août 2010 à 10H32
HAO - Gestion de l’après nucléaire
Dix ans après le départ de l’Armée, l’atoll de Hao, en phase de réhabilitation et de reconversion économique, se trouve depuis plusieursmois sur le devant de la scène politique et économique. Alors que sur la dernière décennie, les projets d’envergure se sontmultipliés, sans réelle concrétisation, la population sort aujourd’hui d’une torpeur due à 35 ans de“vie facile” et tente de reprendre enmain son avenir, poussée par le Pays et l’État qui unissent leurs forces pour faire de l’ancienne base avancée du CEP unmodèle de développement économique pérenne. État des lieux d’un gros chantier économique, écologique et social et sondage auprès d’une population partagée entre le sourire de l’espoir et le spectre de la désillusion…
Depuis le dernier essai nucléaire, en 1996, Hao s’est peu à peu vidée de ses effectifs militaires et c’est aujourd’hui l’heure du démantèlement des vestiges du CEP (Centre d’expérimentation du Pacifique). Il s’agit également d’un tournant décisif pour mettre en place un développement durable indépendant des activités militaires. Après près de 35 ans de plein-emploi et d’activité sociale intense, la population de l’île (1 500 personnes) doit réapprendre à vivre sur un atoll des Tuamotu, comme un autre, ou presque…
En 1962, l’atoll de Hao a été choisi par la Direction des centres d’expérimentation nucléaires (DIRCEN) comme “base avancée” des tirs d’essais atmosphériques de Moruroa et Fangataufa (de 1966 à 1974). Les travaux commencèrent en septembre 1964 pour l’infrastructure aéronautique, les ouvrages maritimes et certains aménagements de la “base vie” du personnel civil et militaire du CEP. Le chantier fut colossal : 10 000 cocotiers arrachés sur une bande de 17 km, sur laquelle ont été construits des lieux d’habitation pour les personnels civil et militaire du CEP (environ 2 500 personnes), une base aérienne et ses infrastructures avec une piste de 3 420 mètres, des laboratoires et de nombreux ateliers.

Un air de bidonville…
Sur cet atoll, au paysage initialement semblable à celui des autres îles de l’archipel des Tuamotu, les ruines des bâtiments abandonnés par l’armée ont détruit le charme du petit village de Otepa. Un air de désolation saisit le visiteur à l’arrivée. En effet, depuis le départ des militaires de Hao, effectif en 2000, la population a récupéré les terrains loués à l’armée, démonté les tôles des hangars pour construire des clôtures ou des toits. De nombreuses familles “squattent” les anciens lieux de vie, à grand renfort de tôles et de bâches, pour couvrir les murs dépouillés et les charpentes mises à nu.
De nombreux propriétaires ont en effet souhaité reprendre les constructions laissées sur les terrains autrefois loués pour les besoins du CEP, s’opposant à l’État qui en proposait la destruction. “Ce sont les habitants de l’île qui ont tout dégradé, c’était propre au départ des militaires. sans parler des problèmes fonciers…” constate, amère, cette propriétaire qui partage un terrain avec ses dix frères et soeurs, sans espoir immédiat de sortir de l’indivision, ni de pouvoir un jour véritablement exploiter le lieu. Le village prend à certains endroits des allures de bidonville et l’atoll est jonché d’immenses dalles de béton, d’innombrables vestiges des bâtiments construits par l’Armée, de camions-citernes rouillés, de tas de ferraille gigantesques, de shelters abandonnés.
Les “enfants gâtés” du CEP
Et pourtant, pendant les décennies de cohabitation avec la présence militaire et civile du CEP, le petit atoll de Hao (194 habitants en 1964) a été un Eldorado à l’intense activité économique liée au fonctionnement de la base arrière du CEP. Le mode de vie des habitants en a été brutalement transformé. Plein emploi, argent facile, infrastructures sanitaires à la pointe, loisirs pour tous, voyages sur Tahiti en caravelle pour la population à moindre coût : c’était un véritable âge d’Or pour la population. “Chaque Noël, l’ensemble des enfants de l’île avait droit à des cadeaux, un spectacle, un repas au mess d’officiers, c’était le bon temps”, témoigne une jeune femme trentenaire.
“C’était la bringue partout et tous les soirs !” Il existait en effet de nombreux lieux de rencontre et de distraction, plusieurs bars-dancings, des restaurants, une base nautique tout équipée ainsi qu’un club de plongée. Brusquement, dès l’arrivée des militaires, la population est passée de moins de 200 âmes à près de 4 000 personnes (dont 3 000 militaires). L’atoll s’est transformé en un grand “Club Med” où locaux et militaires profitaient des avantages de l’armée. L’approvisionnement en produits frais était régulier et bon marché. Les femmes pouvaient accoucher à l’hôpital militaire, équipé d’un bloc opératoire moderne et pourvu d’un personnel médical fort d’une quarantaine de personnes.
Mais, si cette apparente abondance matérielle a permis aux habitants de “supporter” la présence militaire, malgré le secret qui régnait sur l’île ainsi que le manque d’information quant à la situation radiologique, depuis 2000, la population sort peu à peu de sa torpeur. Elle se sent “lâchée” par la France et condamnée à vivre sur un atoll défiguré. Car la chute a été dure : l’hôpital moderne s’est transformé en simple infirmerie. Les habitants achètent au prix fort leurs produits frais et doivent désormais payer leurs charges d’eau (osmoseur) et d’électricité, mais surtout, leur cadre de vie est visuellement et écologiquement dégradé. “J’ai honte de mon atoll, c’est un désastre”, confie cet habitant. Cette phrase réflète l’état d’esprit d’une population lasse et désillusionnée, que la perspective d’un chantier de sept ans de réhabilitation ne suffit pas toujours à remotiver.
Un tourisme de “mémoire”
Après le retrait de l’armée en 2000, et plus récemment du GSMA en juin 2010, l’atoll a connu un important repli social et économique. Comme le précisait en 2005 la commission d’enquête de l’Assemblée de la Polynésie sur les essais nucléaires aériens : sur 250 familles, 155 chefs de famille étaient sans emploi. Sur la dernière décennie, plusieurs grands projets ont fait l’objet d’études, mais sont restés sans suite : un projet d’huilerie pour le coprah, le projet d’engraissement de thon Haopa, un projet d’élevage de nacres, l’aménagement de lotissements pour les jeunes ménages sans terrain, etc.
Économiquement, les habitants de l’île tirent aujourd’hui leurs ressources du coprah (moins de 50 tonnes par an), de la pêche (deux navires professionnels de pêche hauturière, une vingtaine de pêcheurs côtiers ainsi qu’une multitude de petits pêcheurs lagonaires), de l’administration (Commune, Éducation nationale, Santé) et des quelques antennes d’entreprises de Tahiti (Air Tahiti, Electra, OPT, Shell). Hao, plus éloigné de Tahiti que la plupart des atolls des Tuamotu, qui attirent une clientèle touristique ciblée - de plongeurs notamment - ne peut réellement prétendre de manière réaliste à une vocation touristique classique. “Pour voir quoi ? Les ruines, à 55 000 Fcfp le billet d’avion ?” rétorque cette mère de famille. Des pistes de réflexion sont aujourd’hui en cours pour développer un tourisme de “mémoire”, avec la création d’un mémorial.
Quant à la perliculture, au milieu des années Quatre- vingt-dix, il existait plus d’une vingtaine de fermes qui ont toutes fait faillite. Il ne reste qu’une petite ferme (300 000 nacres dont la moitié greffée). Le commerce de détail est, quant à lui, représenté par trois magasins principaux, à dominante alimentaire, quelques petits magasins snacks et deux boulangeries. Si depuis 10 ans, le réveil de l’après-CEP est long et difficile, une prise de conscience se fait peu à peu jour au sein de la population : il faut préparer l’avenir et monter des projets pérennes.
Aujourd’hui, les mesures CPIA (Contrat pour l’insertion par l’activité) avec la mairie ou les associations (social, régénération de la cocoteraie) représentent une aide financière considérable pour de nombreuses familles (environ 50 CPIA sur l’île en 2009-2010), mais ne s’inscrivent pas dans une perspective de développement économique durable. Agriculture, pêche lagonaire et pélagique, restauration, hébergement, commerce et artisanat sont autant de secteurs où de petits porteurs de projets souhaitent aujourd’hui développer leur propre activité. Une formation de création-gestion d’entreprise permet aujourd’hui à ces derniers de sortir de l’ombre pour s’investir dans le développement économique de leur île.
Un vaste chantier
Après les travaux de réhabilitation, leministère de la Défense souhaite faire de l’atoll un modèle de développement durable, en mettant l’accent sur les ressources propres. Le Pays a, quant à lui, la responsabilité du grand chantier de reconversion économique, en partenariat avec l’État afin de “reconstruire Hao sur le plan économique et social pour redonner espoir à cette population”, selon les mots du vice-président Édouard Fritch. Sept groupes de travail ont ainsi été constitués (Environnement, foncier, développement économique, embellissement, valorisation des matériaux de construction, commune et communication) afin de travailler de concert sur les différents dossiers avec les services.
Les projets ne manquent pas. Au programme : une coopérative de pêche dont la construction démarrera en novembre 2010 (60 millions Fcfp dont 40 millions pris en charge par l’État), le développement de l’agriculture par la mise à disposition de terrains domaniaux, la mise en place d’une antenne administrative des Tuamotu-Gambier, la régénération des cocoteraies, un lotissement social permettant l’accès à la propriété des ménages, de la formation pour les porteurs de projets, des projets basés sur l’exploitation d’énergies renouvelables (hydroliennes, solaire, éoliennes) mais également un vaste plan de traitement des déchets.
Le chantier est vaste, mais l’avenir de la population des “enfants” du CEP en dépend. “Nous avons appris dans le passé à ne plus faire confiance aux politiques, nous devons aujourd’hui réapprendre à tenir debout, par notre travail avant tout… C’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu”, résume cette mère de famille. “De nombreux besoins sont encore insatisfaits localement. Il y a une population de popa’a au fort pouvoir d’achat, qui consomme. Encore faut-il leur proposer des produits, dans l’alimentation, l’artisanat, les services…” L’âge d’Or est certes révolu, mais une nouvelle ère commence : celle d’un renouveau économique orchestré qui cependant ne portera ses fruits que par la mobilisation de l’ensemble de la population qui doit retrouver confiance dans sa capacité à générer ses propres ressources.
IO
Y a-t-il eu contamination radiologique ?
L’atoll souffre aujourd’hui de son image et de son passé nucléaire pour le développement de ses activités liées au tourisme et à la pêche avec en sus, la présence de ciguatera sur de nombreuses espèces lagonaires. En dehors de l’aspect visuel, choquant au premier abord, des restes des constructions de la base arrière du CEP, ce qui inquiète le plus la population, c’est la face immergée de l’iceberg. Hao a été le siège de décontamination des avions Vautour chargés d’effectuer des prélèvements dans le nuage radioactif à H + 45 minutes. Les habitants se souviennent des zones délimitées par des fils de fer barbelé interdites au public, mais également des hommes en combinaison orange chargés de les nettoyer. “Après chaque tir, nous avions ordre d’éviter de rester sous la pluie, de manger le poisson du lagon, de nous baigner. mais, nous ne savons rien des conséquences sanitaires réelles…” De nombreux témoignages évoquent le manque de protection des habitants après le retour des avions, mais également leurs doutes sur la destination des effluents issus de la décontamination, les batteries et autres rejets qui joncheraient le lagon et la passe.
En 2005, la commission d’enquête de l’Assemblée de la Polynésie sur les essais nucléaires aériens accuse : “Il est irresponsable de laisser une ancienne zone de décontamination des avions libre de circulation.” Le rapport du CRIIRad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité ) précisait quant à lui que “les prélèvements effectués en octobre 2005 sur les atolls de Mangareva, Tureia, et Hao n’ont pas révélé d’anomalies radiologiques qui mettraient aujourd’hui en danger la santé publique.” Cependant, il préconise l’établissement d’un état des lieux radiologique approfondi et de vérifier qu’il n’y a pas présence de déchets radioactifs enterrés.
Pour l’instant, le démantèlement ne concerne que les structures terrestres et l’environnement sous-marin sera traité dans un deuxième temps. Il s’agit là d’un vaste chantier, délicat, qui nécessite des études complémentaires et des moyens techniques importants pour les investigations sous-marines.





Les dernières contributions
Commentaires anonymes
03/09/2010 à 03h39
Lorsqu'il y a eu le contrat de cessation sur les essais nucléaires en Polynésie sur les sites de Mururoa et Fangataufa, le parti majoritaire de l'époque, a négocier 18 milliard de dommage pour les dix ans futur à partir de l'acceptation. GF n'a pas négocié que les militaires devaient démanteler leurs installations. Dix ans sont passés, où est l'argent? Qui devait démanteler les installations? C'est après coup, lorsque tout est resté à l'abandon et que l'on pouvait plus rien en faire que maintenant l'on pointe du doigt l'Etat de n'avoir pas déblayer et démanteler les sites. Où sont donc passé tout ce qui a été démantelé...?
Dans le profond océan...? Qui pourra prouver qu'elles étaient encore radioactives?
Hiroshima a été bombardé, des milliers de morts, et encore aujourd'hui des milliers de personnes sont contaminées. Tchernobyl, il n'y a pas si longtemps a été contaminé par l'explosion d'un réacteur atomique fournisseur d'énergie électrique...
Il faudrait diffuser les films en Polynésie que l'on voit en Europe et pas au fénua...Tout ce que l'on nous a caché pour que le peuple ne puisse pas en être informer des risques que cela occasionnent. Et puis pour le tourisme c'est pas bien du tout...
Les travailleurs et les militaires ont été irradiés. Beaucoup de morts par le cancer. Trop... Il y a un taux plus élevés qu'à Paris. Allez donc visiter nos malades à Paris, vous saurez combien de nos gens y sont.
Qui sont donc ses personnes qui obturent la libre circulation des informations? La vrai liberté de presse, non pas celle qui est orienté.
Bref, le peuple a pêché par ignorance, et nos dirigeants par manque de maturité dans les affaires politiques.
Souhaitons que lorsque nous ne serons plus là, que nos enfants continueront à demander des dommages et intérêts pour les préjudices physiques, moraux, culturels que cela ont occasionné dans ce pays.
Lorsque la manne nucléaire et les militaires avaient apportés à ce pays, toutes les confessions religieuses étaient confiantes, les partis politiques aussi, le CESC aussi...qu'il n'y avait pas de danger...Aiaaaa ho'i e. Quand allons nous ouvrir les yeux. Ce n'est pas une affaire d'indépendance ou non, c'est une affaire sur la sécurité et la santé public.
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18/08/2010 à 07h30
dommage, la caution de la CRIIRAD pour tous les aboyeurs....
Indemnisez tous les personnels et prenez en charges toutes les maladies qui pourraient être radio-induites sur les générations des années 60 à 80, cela serait justice
Qu'on s'attaque enfin aux autres bombes qui menancent la santé publique en Polynésie : (le diabète), les pesticides, le tabac bison et la bibine parce qu'avec ça du CANCER vous allait en faire
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17/08/2010 à 21h25
je suis propriétaire de quelque terre louée au cep j'ai un bail de 30 ans le jour ou le bail prend fin le cep laisse tout en état c'est ce qu'ils ont fait mais la population se sont empréssée de tout piller alors voyez la suite ...arrêtez d'accuser le cep si vous ne savez rien fermez la
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17/08/2010 à 19h13
Bien fait! C'est l'heure de rentrer dans la période de vaches maigres! Vous avez fait comme la cigale: vous chantiez? Et ben maintenant, dansez!!!
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17/08/2010 à 14h21
VOilà le devenir de toute la polynésie..
Peace.
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17/08/2010 à 08h58
Il n'y a pas eu de contamination, JAMAIS !
Il y a seulement eu des sites où il ne faut pas y aller car il y avait des tupapau qui vous donnaient des maladies, comment dire déjà ? ah oui ! RADIO-INDUITES !
Sacrés tupapau va !
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17/08/2010 à 08h29
Hao
Indépendance…le jour d’après !
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16/08/2010 à 17h58
Ruines et carcasses laisses par la France :
NON !!
En quittant Hao , le CEP a laissé des batiments en état "potable" que les habitants se sont empressé de piller pour retaper leur fare ,ne laissant que les dalles et les armatures.
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16/08/2010 à 10h51
Vous n'êtes pas un peu honteux, tout au moins fiu, de nous remettre tous les trois mois votre french novelas "d'une nouvelle ère qui commence"? Ia matou, 'ua tahiti roa.
Et alors, j'adore votre petite leçon en conclusion. Si j'ai bien compris, les adeptes d'Oscar que vous seriez comptent que la population se mette à "plantez, plantez" pour satisfaire aux besoins ces "papa'a au fort pouvoir d'achat" qui attendent que ça leur tombe tout cuit dans les marmites! Des larbins qui devraient avoir les moyens de ramener de Papeete des barges entières de terreau pour planter et vendre leurs légumes à vos majestés. Et en tirer trois sous!! Il n'y a pas à dire, il y a en ce bas monde les rentiers de la France et ses larbins, toujours les mêmes. Au fait, que deviennent les 7 milliards promis par la France et De la Gravière? De l'enfumage envolé avec vos particules toxiques?
Récemment, un habitant qui nous faisait visiter son île, les ruines et carcasses incontournables laissées par le CEP, disait au groupe "hélas, on ne croirait pas que la France est passée par là" pensant qu'ils auraient pu laisser un petit-quelque-chose de potable. Le seul popaa de la bande (Thanks God, il y en a qui sont d'honnêtes) relevait, "mon pauvre, tu veux dire qu'on voit bien que la France est passée par là"!!! Well, it's quite true; and you should stop moaning at us when you are the only one to blame.