Le récit de l’attaque des calmars

11 contributions

Publié le samedi 21 août 2010 à 12H39

MER - Retour sur l’incroyable mésaventure des cinq pêcheurs naufragés au large de Moorea

Il suffit de voir les 24 entailles laissées par les coups de becs des calmars sur le radeau de survie, pour se rendre compte que les survivants de cette épopée digne du radeau de la méduse, ont bien failli y laisser purement et simplement leur peau. Les blessures de deux marins sont telles que ces derniers sont suivis régulièrement par l’hôpital de Mamao.

La jambe droite du fils est entièrement plâtrée. Un morceau de chair du mollet d’environ 8 cm de diamètre a disparu. Il est environ 17 h, ce mercredi 4 août. La mer est calme. Le soleil se couche. Les cinq pêcheurs — Ernest Hamblin père et fils, Fredo Uuru, Jonas Bougues et Raino Teheura — sont à bord. La fatigue des deux journées de pêche se fait sentir un peu. Le capitaine Hamblin connaît bien la zone de pêche et son bonitier de 12 mètres. Le moteur ronronne. Le cap est fixé sur le port d’attache, à Tahiti.

Voie d’eau soudaine

Soudain, le bateau se met à gîter dangereusement sur le côté droit. Incompréhension de l’équipage : que se passe-t-il ? C’est une grosse voie d’eau, sans doute causée par un tronc d’arbre ! Pas le temps de lancer un SOS radio, et de donner la position. Les hommes pensent à leur vie, et balancent par-dessus bord le radeau de survie, qui se déploie. Les cinq marins s’éloignent de l’épave flottante et des stocks de poissons pêchés… pour éviter de se retrouver dans une zone infestée de requins ! En effet, il y a de fortes chances que les requins soient attirés par le sang du poisson. Nos cinq malheureux soufflent un peu, et regardent l’horizon terriblement plat : pas un seul bateau ne traverse leur champ de vision. La nuit est tombée. Ils sont bien seuls, flottant dans l’eau noire, et n’ayant pour seule lumière que la faible lueur des étoiles. Vers 19 h, un avion passe non loin de leur radeau. Ernest décoche une fusée parachute pour les signaler. À chaque survol d’un avion, il en allumera une, soit quatre au total. Tous espèrent que les avions les auront aperçus. Ils pensent qu’au moins un sur les quatre les aura remarqués, et aura prévenu les secours. Ils attendent dans le noir. Mais les avions sont passés au-dessus d’eux sans les remarquer…

En dessous, ça grouille !

Il est environ 22 h quand le sort semble de nouveau s’acharner sur eux, comme si cela ne suffisait pas. Ils ressentent du mouvement sous le radeau. Puis de l’eau pénètre à l’intérieur. Ils tentent de reboucher les trous avec les rustines préencollées du radeau. Mais elles sont en nombre limité... Le fond du radeau se déchire. En dessous, ça s’agite, ça grouille… Le radeau de survie n’est plus qu’une masse de plastique flottant à la surface, et nos hommes sont à l’eau. Ce sont des calmars ! Ils ont percé de part en part l’embarcation gonflable. Deux hommes se font croquer : Fredo et le fils d’Ernest, qui en arrachera un de son mollet. Le sang coule. On pense aux requins… Les cinq hommes s’attachent, la mer les emprisonne. Elle n’est plus l’amie nourricière de tous les jours. Elle se montre sournoise et violente.

Ils ont prié

Le calme est revenu aussi vite que l’attaque est apparue. C’est de nouveau le silence. Les calmars ont filé, laissant derrière eux, un champ de bataille. Ernest, très inquiet pour son fils, serre un garrot bien fort sur le haut de la cuisse, et l’installe sur la partie restante du radeau, confectionnant un mini radeau de fortune avec un bidon d’eau vide placé sous la cheville. Nos hommes ont peur, et se mettent à prier. Seraient-ce les derniers instants qu’ils vivent ensemble ? Ils se tiennent, se parlent, récitent des prières qui réchauffent un peu leurs coeurs. Ils doivent se battre contre l’engourdissement de leurs membres, ne sentant plus rien. Ils ont de plus en plus froid. Si minuscules et faibles dans cette immensité liquide. Le soleil se lève. Notre grappe d’hommes est toujours à l’eau, et toujours aucun secours. Vers 8 h, Ernest lance la dernière fusée qui lui reste. Dernier espoir, dernière force, dernier souffle. Miracle ! Un bateau les aperçoit, et les repêche. Le capitaine Philippe Hopuare leur tend la main. Beau cadeau du ciel, c’était le jour des 44 ans d’Ernest Hamblin…

Gaëtan Ferchaux

Des questions en suspens

La pratique de la pêche professionnelle est risquée. Tous les marins le savent bien. Les récits de naufragés sont nombreux pour témoigner qu’à tout moment tout peut basculer. Mais comment est-ce possible que des hommes, finalement assez proches des côtes de Maiao et de Moorea, soient restés sans secours aussi longtemps ? Comment est-ce possible que des avions n’aient pas pu apercevoir les signaux de détresse ? Nous savons aujourd’hui que des calmars peuvent percer les embarcations plastiques, la confondant sans doute avec la peau d’un mammifère. Ne faut-il pas revoir la procédure de sécurité, notamment pour les fumigènes à main, qui sembleraient attirer les calmars ? Il serait souhaitable que des expériences soient menées par les Affaires maritimes pour valider l’hypothèse d’Ernest Hamblin qui, du même coup, ferait avancer la recherche en matière de sécurité maritime. Pour que cette aventure malheureuse puisse servir aux autres.

Réactions

Ernest Hamblin Capitaine du bonitier

“Qu’ils aillent au même endroit, dans les mêmes conditions”

“Je ne suis pas assez fou pour couler mon bateau, et ensuite raconter n’importe quoi. C’est mon gagne-pain. On a tout perdu. Je n’ai plus de travail... Ceux qui ne me croient pas, qu’ils aillent au même endroit, dans les mêmes conditions. Ils verront bien… Je pense que les deux fumigènes à main ont dû attirer les calmars car on a eu l’attaque après 22 h. Je demande aux Affaires maritimes de faire une enquête là-dessus. Je tiens à remercier le capitaine Philippe et son équipage de la navette, qui nous ont retrouvés, et qui nous ont donné les premiers soins, ainsi que la commune de Maiao et le tavana de Moorea. Un grand merci à tous !”


Marc Taquet Directeur de l’Ifremer

“Il n’y a pas, a priori, de raison de ne pas croire la version des pêcheurs”

“Il n’y a pas, a priori, de raison de ne pas croire la version des pêcheurs. Premièrement, c’est une version qui paraît tellement incroyable qu’il aurait fallu que les pêcheurs se mettent dans une situation, ou inventer une histoire tout aussi invraisemblable. Pour quelles raisons ? Deuxièmement, les blessures et les attaques du radeau de survie semblent tout à fait compatibles avec la forme du bec de calmar : ronde avec un léger décroché au-dessus. Par rapport à la forme, il existe peu de prédateurs susceptibles de la reproduire, hormis le cookie shark.”

Un géant de 1,70m…

Hubert Pollock, un habitant de Papeari, se dit plus intéressé par ses passionnantes parties de pêche du weekend que par la polémique actuelle sur la présence ou non de calmars géants en surface des eaux polynésiennes, et sur leur agressivité — décrite côté des pêcheurs, et décriée par certains scientifiques de la place. “Je sais ce que je sais ! Le samedi 11 octobre 2008, j’ai ramené à la maison, un calmar, peut-être pas géant, mais d’environ 1,70 m, du bout du bec à l’extrémité de ses tentacules.” Brièvement, mais avec passion, il raconte que, au large (1 300 m) de la passe de la baie Phaëton, à Taravao, une touche certaine lui avait commandé de ramener son fil de pêche, lancé à près de 600 m de profondeur. Avec certitude, il explique qu’à mi-remontée, la prise s’est décrochée, ce qu’il a vérifié dès que ses six appâts (des sardines) ont émergé.

“C’est alors qu’à environ 3 m du bateau, quelque chose a bondi sur les sardines, déjà à l’air libre, avant de reculer brutalement de quelques mètres. Puis, avec fulgurance, ce calmar de belle taille, que j’avais enfin identifié, s’est jeté sur les appâts. Machinalement, je me suis saisi de la gaffe, et ai crocheté le mollusque, vite hissé à bord.”

Ni Hubert Pollock ni ses amis pêcheurs occasionnels de Papeari n’avaient jamais pêché de calmars dépassant les 10 cm. Celui-ci pesait près de 18 kg, “vidé de toute eau de mer”. Il a fini en morceaux, distribués aux amis et voisins. “Il m’en reste encore un morceau au frigo”, lance l’intéressé à l’adresse de sceptiques hypothétiques, qui auraient l’outrecuidance de mettre en doute son témoignage. De notre correspondant Bernard Rémond


… et un autre de 3m de long !

Qui a dit que les calmars géants n’existaient pas ? En témoigne ce calmar de 3 mètres de long, pêché par Jean-Jacques Besson, en 1987. Il avait commencé par voir une chose flotter. En s’approchant, il s’est aperçu que le calmar était toujours vivant, mais fatigué. Il l’a piqué et remonté comme un drap. “Ce n’était pas facile à remonter une chose comme ça. C’est lourd, gélatineux et ça glisse ! Et en plus, ce n’est pas bon à manger !”

G. F.

Gaëtan Ferchaux
Imprimer Recommander Wikio Facebook twitter digg

Les dernières contributions


Commentaires anonymes

27/08/2010 à 03h46

Attendez,kik est un grand pécheur. il va la journée sur son océan à lui(centre commercial) et dans son spot(le rayon surgelés)pêcher des spécimens incroyables. poissons carrés aux écailles de chapelure avec yeux sur les côtés, des beignets de calmars reconstitués et bien d'autres spécimens. 8)

Commentaires anonymes

25/08/2010 à 14h29

N'importe quoi tes commentaires..... Non mais tu crois que ces pécheurs vont perdre leur temps à raconter des conneries. Non franchement???
Avec pour trace une jambe dans le plâtre et morsures. Non franchement tu crois que ce sont des blagues tout ça. Non je dis que cette histoire est vrai à 100 %. Au lieu de faire des commentaires de ce genre tu ferais mieux d'aller dormir...
De plus un pêcheur n'a pas d'heure de bureau comme tout le monde. Il n'est pas assis sur un fauteil, clim, non il bosse dur en plein soleil et en pleine nuit. Alors c'est bon..... tu m'as énervé avec tes commentaires....

Va dormir

Commentaires anonymes

24/08/2010 à 13h55

"Et vous trouvez ca normal vous un bonitier a cette heure là au large de Maiao en route sur Moorea ?"

Mais c'est vrai ça punaise ! ils ne peuvent pas respecter les horaires de bureau comme tout le monde : 8h-15h !! C'est tout de même incroyable !

Commentaires anonymes

23/08/2010 à 20h50

Tiens peu de commentaire ici.
Où ils sont les donneurs de leçon de l'autre post ?
[url="http://www.ladepeche.pf/iles/faits-divers/10328-a-la-derive-ils-ont-ete-attaques-par-des-calmars-geants-.html"]http://www.ladepeche.pf/iles/faits-divers/10328-a-la-derive-ils-ont-ete-attaques-par-des-calmars-geants-.html[/url]
Au lieu de dires des conneries mieux vaut se taire parfois.

Commentaires anonymes

23/08/2010 à 16h56

Non nous n'avions rien d'illégal à bord ce soir là. C'est juste que nos glaçières étaient pleines de thons.Nous avions eu près d'une centaines de poisson ce soir là:des thons de 6kg,près de quatre-vingt bonites (ttes tailles) et surtt une quinzaines de grosses pièces qui ne rentrait pas dans les glaçières des thons rouges (big eyes)entre 15 et 35 kg.C 'est tt ce qu'on avait.

Quand tu es pêcheurs il t'arrive souvent de quitté le quai très tôt le matin et de revenir très tard le soir.
C'est pas toi qui commande le mordage du poisson.

Que tu trouves un band c'est bien mais est-ce que le poisson qui est là à fini de manger ou non? C'est là que tu attends!!C'est sa la truck!!

On nous rabbache souvent si notre poisson est frais,alors quand tu penses tu aurais laissé ton poisson fraîchement pêché à l'air libre sans glace???

Si tu veux on peut t'amener pour une partie de pêche. Nous prenons tt l'monde, ceux qui nous croivent ou nn.

Comme mon père la dit dans l'article, que ceux qui ne nous croivent pas aillent au large en pleine nuit faire l'expérience de ce qu nous avons vécu.
J'ai eu peur, je nai pas honte de le dire,peur pour moi et surtt pour mon père j'ai sauté à l'eau pour lui faire de la place dans le canoe de survie.
On avait qu'une seule envie s'éloigner du bonitier par peur que des requins arrives attirer par les poissons.

Voilà ce message est pour toi Kik.Merci à tt ceux qui nous soutiennent, à ceux sans qui nous ne serions peut- être plus de ce monde!!!

Commentaires anonymes

23/08/2010 à 10h23

Encore la faute au gouvernement qui n'a pas pris les mesures adéquates concernant les attaques de calamars et les risques d'invasions des criquets roses homosexuels !

Ah, le réchauffement climatique a bon dos quand même !

Commentaires anonymes

23/08/2010 à 09h38

je ne comprends pas pourquoi on a remis en cause le témoignage de ces pêcheurs; ils n'avaient auucune raison d'inventer des histoires et en plus, ils ont subi une épreuve difficile. Rien qu'à voir la photo de la jambe du fils, on se doute que l'attaque n'a pas été des moindres. Pourquoi pas des calmars géants et aggressifs dans nos eaux? Après tout, 30 ans d'essais nucléaires et aucune répercussion sur le monde marin?
Bon rétablissement pour un retour à la pêche dans de bonnes conditions.

Commentaires anonymes

22/08/2010 à 17h15

Et vous trouvez ca normal vous un bonitier a cette heure là au large de Maiao en route sur Moorea ? Aucun marin ne prend ce risque s'il n'a pas quelque chose d'illégal a bord. Le braconnage a de beaux jours devant lui avec de telles articles ! les calamars ont bon dos !

Commentaires anonymes

22/08/2010 à 08h04

De belles bêtes quand même, maintenant ce qu'il faudrait savoir c'est si ceux-ci sont juste de passage, ou bien si ils logent dans nos eaux.

Commentaires anonymes

22/08/2010 à 03h46

soudainement, ça me rappelle une histoire qui s'était passé en Californie où plusieurs calmars géants sont remonter à la surface http://www.zigonet.com/encornet/des-calmars-geants-envahissent-la-cote-californienne_art10200.html
Des choses pas normals doivent sûrement se passer au fond des océans pour qu'ils remontent à la surface:( Je pense qu'il faudrait avoir une réflexion autour du réchauffement climatique et ses conséquences

Commentaires anonymes

22/08/2010 à 00h52

ça fait peur
dommage qu'on mette toujours en doute les paroles des gens....

Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.ladepeche.pf