“Immunité n’est pas impunité”

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Publié le mercredi 16 septembre 2009 à 09H50

SÉNAT – Le président annonce le refus de levée de l’immunité de Flosse, mais affirme…

Huit minutes montre en main, sans jamais prononcer le nom de Gaston Flosse. Mardi, vers 12 h 30 (heure de Paris), Gérard Larcher (UMP), le président du Sénat, et Jean-Léonce Dupont (Union centriste), secrétaire du Sénat et viceprésident, ont dévoilé la décision du Bureau prise quelques minutes auparavant. Surprenante. Ni levée d’immunité, même partielle, ni objection. Simplement, un refus de statuer, motivé par un point de droit.

Au terme d’une “discussion approfondie” et d’un vote à l’unanimité sans abstention, le Bureau a estimé qu’il “n’est pas en mesure de statuer. Il ne peut se prononcer que quand le juge a exercé l’ensemble des pouvoirs mis à sa disposition, notamment la mise en examen”, rapporte Gérard Larcher. Pour ces élus, le juge n’a pas encore exercé “l’ensemble des pouvoirs mis à sa disposition”, notamment la mise en examen. Et “il n’appartient pas au Sénat de se substituer au juge”. Conséquence : Gaston Flosse reste à l’abri - dumoins pour l’instant - d’un placement en détention provisoire, que ce soit à Nuutania, ou en métropole. En revanche, si le juge d’instruction décide de son inculpation, le Sénat n’exclut pas de se réunir à nouveau, une troisième fois. “Il y a un certain nombre d’étapes qui doivent être respectées avant de se prononcer. Ces étapes sont la garde à vue, la mise en examen et le placement en détention. La mise en examen est un élément essentiel dans la procédure”, appuie Jean- Léonce Dupont. Le 22 juillet déjà, le Bureau s’était penché sur le cas Flosse et avait autorisé son placement en garde à vue pendant 48 heures (“C’était une étape cohérente”, dixit Larcher). Il avait été entendu pendant 11 heures dans les locaux de la Direction nationale des investigations financières (DNIF), à Nanterre. Les 37 restantes restent d’actualité. GastonFlosse gagne donc du temps. Mais le Bureau du Sénat réfute vouloir protéger l’un des siens. “Ça ne veut pas dire impunité, très clairement. Immunité n’est pas impunité”, formule Gérard Larcher, qui rappelle que le Bureau ne s’est pas opposé au placement en garde à vue lors de la première demande, le 22 juillet. Déjà, à cette époque, la question de l’absence de mise en examen “avait fait partie de la réflexion”, reconnaît le président de la Haute Assemblée. Pour lui, citant Robert Badinter, “La détention doit être l’exception, et non la règle tout simplement”. Jean-Léonce Dupont reconnaît, de son côté, que Gaston Flosse a demandé à le rencontrer quelques jours avant la réunion, demande qu’il a acceptée. “Il a développé ses arguments, je l’ai écouté”, résume le vice-président du Sénat, sans que l’on puisse savoir si cette entrevue a pesé dans la balance ou non.

Et maintenant ?

Tant que Gaston Flosse ne sera pas mis en examen, le Bureau ne se prononcera pas sur la levée de son immunité de parlementaire. Le juge d’instruction peut donc convoquer - ou faire interpeller - très vite l’ancien président pour l’entendre et lui signifier sa mise en examen. Mais, il ne pourra pas demander son placement en détention provisoire comme il l’a fait pour les autres acteurs du dossier. Il devra, pour cela, reformuler une demande aux 26 sénateurs. En espérant, cette fois, qu’elle soit juridiquement indiscutable.

De notre correspondant Paul Leclerc

Bruno Sandras

“Je suis un peu dans la confusion. J’ai du mal à comprendre.”

À l’Assemblée nationale, en fin d’après-midi, Bruno Sandras venait d’être reçu par Jean-François Copé, président du groupe UMP. Il a accepté de commenter le refus du bureau du Sénat de lever l’immunité parlementaire de Gaston Flosse. “À titre personnel, je ferai la différence entre la fonction de sénateur et la personne de Gaston Flosse. Je m’attacherai à rester seulement sur la fonction de sénateur, puisqu’il s’agit de lever ou non l’immunité d’un parlementaire. Je suis parlementaire moi aussi et c’est un cas qui peut se présenter plus tard. Je voulais dire que sur la décision, j’ai un peu d’incompréhension. Au mois de juillet, le bureau du Sénat a examiné la demande des magistrats, il a même levé partiellement l’immunité et autorisé une garde à vue, mais pas plus de quarante-huit heures et en demandant aux juges d’étoffer davantage leur dossier. Ce qu’ils ont dû faire depuis, puisqu’ils ont fait une nouvelle demande. Or, aujourd’hui, la position du bureau Sénat est de dire qu’il refuse de se positionner par rapport à la demande ; le magistrat n’ayant qu’à faire son travail. À titre personnel, je suis un peu dans la confusion. J’ai du mal à comprendre. Je me suis lancé dans la création d’un parti politique pour faire comprendre aux gens, qui déjà aujourd’hui sont un peu perdus, pour les éclairer sur les relations de la société civile avec les institutions. Déjà qu’ils apprennent que certains parlementaires ont une espèce de carapace avec une immunité ! Et aujourd’hui, avec la décision qui a été prise, je pense que ça va plonger d’avantage l’opinion politique dans un flou le plus total.”

Propos recueillis par Ph. Binet

“Ne pas se substituer au juge”

Voici le communiqué intégral adressé aux rédactions par le service de presse du Sénat. “Le Bureau du Sénat a examiné aujourd’hui une nouvelle demande de levée de l’immunité parlementaire de M. Gaston Flosse, sénateur de Polynésie française.

Cette demande a été adressée au Sénat le vendredi 28 août par le Garde des Sceaux. Elle a été formulée par le Procureur général près la Cour d’appel de Papeete sur demande d’un juge d’instruction. Elle vise à obtenir le placement en détention provisoire. Elle fait suite à la garde à vue de M. Gaston Flosse, qui a eu lieu le 24 juillet à Nanterre sur autorisation du Bureau du Sénat votée le 22 juillet. Gérard Larcher, président du Sénat, a confié à Jean- Léonce Dupont, vice-président du Sénat et président de la délégation chargée du statut du Sénateur, l’instruction de cette nouvelle demande. À l’issue de la présentation du rapport et d’une discussion approfondie, le Bureau du Sénat a pris la décision suivante à l’unanimité des votants : “Le Bureau considère, en application de la révision constitutionnelle du 4 août 1995, qu’il ne peut se prononcer que lorsque le juge a exercé, en toute indépendance et responsabilité, l’ensemble des pouvoirs mis à sa disposition, notamment la mise en examen après audition devant lui et débat contradictoire dans les conditions fixées par le code de procédure pénale.

Le Bureau considère qu’il ne peut se substituer au juge et n’est pas, en l’état, en mesure de statuer sur la demande de levée d’immunité parlementaire dont il est saisi”.

Me Leborgne Avocat de Gaston Flosse à Paris

“Ne mettons pas la charrue avant les boeufs”

Interrogé, une heure à peine après la conférence de presse du Bureau du Sénat, au cours de laquelle il a annoncé ne pas donner suite à la requête du procureur général de la Cour d’appel de Papeete, Me Leborgne, défenseur de Gaston Flosse, a accepté de réagir à cette décision.

L’avocat n’était pas encore en possession de la motivation de la décision du Bureau du Sénat, cependant il constate que : “La levée de l’immunité parlementaire qui semblait poursuivie avec une certaine ténacité – pour ne pas prendre un mot plus vif – par les magistrats instructeurs n’a pas été accordée. Nous nous retrouvons donc dans le statu quo ante. Je crois que la levée d’immunité parlementaire ne pouvait avoir d’autre signification que de prendre une mesure de coercition et de limitation de liberté à l’égard du président Flosse, et qui me paraît sans aucun intérêt dans cette procédure ; pour autant que je la connaisse. Et je crois qu’il faut maintenant passer aux choses sérieuses et instruire cette affaire”.

D’après les motifs de la décision du Sénat, il semble que le fait que les juges n’aient pas encore utilisé toutes les mesures qu’ils ont à leur disposition (la mise en examen, notamment), fait obstacle à toute nouvelle levée d’immunité parlementaire. L’avocat estime en effet que : “L’analyse juridique du Bureau du Sénat lui appartient. Il faut surtout retenir que le Bureau a parfaitement compris que la finalité de cette levée d’immunité parlementaire était de porter atteinte à la liberté du président Flosse et que pour l’instant il a refusé cette mesure. Donc il est clair que grosso modo, si l’on veut expliquer cette décision pas trop juridique, on peut dire : instruisons, voyons ce qu’il y a dans ce dossier. Que les juges aillent jusqu’au bout des choses. Ne mettons pas, si j’ose dire, la charrue avant les boeufs, en prenant une décision concernant la liberté alors que rien encore n’a été exploré.” Me Leborgne assure par ailleurs qu’il a déjà signalé aux juges que son client et lui-même étaient à leur disposition. Cela veut dire également que Gaston Flosse peut toujours être mis en examen avant toute demande de privation de liberté. “On n’imagine pas que l’on veuille prendre une mesure coercitive, restrictive de liberté à l’égard d’un homme et qu’on n’aille pas lui expliquer pourquoi, fusse dans le cadre d’une mise en examen ! Nous attendons sereinement la suite des choses,” explique-t-il. Étant donné qu’en juillet dernier, la durée totale possible de la garde à vue de Gaston Flosse n’a pas été épuisée (il reste 11 + 24 heures, après les 11 heures de garde à vue à Paris) rien n’empêcherait sans doute les juges d’utiliser le solde. Me Leborgne estime que : “C’est possible en théorie, en déduction de ces onze heures”.

Propos recueillis par Ph. Binet


21 septembre 2008 : comment éviter la case “prison”…

Gaston Flosse reste sénateur pour le moment, et garde son mandat qu’il a débuté en 1998, en prenant la succession de Daniel Millaud. Une tribune, et surtout une immunité, non négligeables donc. D’où l’importance de ce succès électoral obtenu en septembre dernier, grâce à l’alliance avec l’UPLD à l’époque. Gaston Flosse avait été élu dès le premier tour, totu comme Richard Tuheiava, malgré le plan de bataille concocté par Gaston Tong Sang et la majorité To tatou ai’a, à l’époque au pouvoir. Le dimanche 21 septembre 2008, le sénateur Gaston Flosse, réélu pour un second mandat (cette fois de six ans) savoure cette victoire… Qui lui évite l’inconfortable placement en détention à Nuutania presque un an plus tard. D’où l’importance de cette élection sénatoriale réservée aux grands électeurs et difficilement compréhensible pour l’homme de la rue…

 

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Commentaires anonymes

17/09/2009 à 06h26

Et oui,ce vieux requin s'en sort encore une fois de plus.
Mais nous savons tous que les Politik'S de chez nous son nul et proteger par la justice.
C'est que du bla bla bla pour tout ce qui tourne autour de ce requin.
Il ne lui arrivera rien du tout au niveau justice.La justice fera tout pour retarder les proces et toutes les autres affaires le concernant,il aura bientot 80 ans arriver a cette age PRISON IMPOSSIBLE parce qu'il sera trop age soit disant.
Mais c'est pas Dieux le lui pardonnera tout le mal qu'il a fait.

Commentaires anonymes

16/09/2009 à 13h38

Que dire devant tant de "justice" pour les politicards verreux
Que faire devant tant de bonté pour les plus malhonnêtes
Il faut croire que les squelettes que G F a dans ses placards sont trop énormes et concernent ceux qui rendent la justice d'hier et d'aujourd'hui et autreS ex présidents retirés des affaires de l'etat avec un petit e.

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