La majorité passe en force pour être dans les temps

Publié le vendredi 18 décembre 2009 à 10H53

ASSEMBLÉE - Le projet de budget 2010 a passé la barre de la commission des finances Le projet de budget de la Polynésie française a finalement obtenu son tampon de passage en commission des finances, et peut filer sur les bureaux des élus de l’Assemblée. Contre toute attente, alors que les représentants membres de cette commission s’apprêtaient à passer au minimum deux jours à son étude, le budget est passé, en force, par la majorité. Un passage rocambolesque, qui va plomber encore un peu plus l’ambiance lors de l’étude du texte, la semaine prochaine, à Tarahoi.

Mercredi matin déjà, la majorité, qui venait d’arracher le plus grand nombre de sièges en commission des finances, et l’opposition, qui détient toujours la présidence de la commission, se sont affrontées. A peine plus d’une heure de retard pour les élus de l’UDSP en commission. Banal et anodin si la majorité n’avait pas le couteau sous la gorge.

Un couteau qu’elle s’est elle-même mis en promettant de faire voter le budget primitif de la Polynésie avant la fin de l’année. La lecture des 63 amendements s’est poursuivie toute la journée jusqu’à ce que la présidente, Françoise Tama, décide de suspendre pour reprendre le lendemain matin. Pressée par le temps, lamajorité a insisté auprès des élus de l’opposition, qui n’ont rien voulu savoir. L’affrontement a finalement tourné court. Françoise Tama, Tony Géros et Jean- Christophe Bouissou ont quitté la commission (Hiro Tefaarere était déjà parti), laissant lamajorité seule. Les élus du camp GTS prennent la balle au bond, et profitent de la vice-présidence de Tarita Sinjoux pour faire passer, avec leurs seules et néanmoins suffisantes voix, le budget 2010.

“Ne pas tomber dans le piège”

Robert Tanseau s’en expliquait hier matin, à l’heure où les élus de l’opposition pensaient revenir à l’Assemblée pour poursuivre l’étude du projet de budget. “Alors que nous avions le quorum, nous avons accepté d’attendre deux élus le matin, qui étaient déjà à Tarahoi. Le soir, quand Françoise Tama s’est levée et a voulu clore la journée, nous avons refusé. L’opposition a insisté, mais seul le président de l’Assemblée peut décider d’une suspension de séance, pas une présidente de commission.” Un peu facile, mais pas irrespectueux des textes. “Nous avions 63 amendements à étudier”, poursuit Robert Tanseau. “Il y avait 63 pages, et non 300, comme le disait Géros. Ils voulaient retarder les débats. Nous ne sommes pas tombés dans le piège.”

C’est ainsi qu’à elle seule, en trois heures, la majorité a étudié 48 amendements, alors qu’avec l’opposition, 15 amendements seulement avaient été étudiés dans la journée. Bien sûr, ce coup de force a été salué comme il se doit pas l’opposition, hier. Les élus du groupe Ia ora te fenua ont ainsi rappelé la chronologie. Soixante-trois amendements qu’ils ne connaissaient pas avant de les découvrir en commission. Une commission réunie du jour au lendemain, mais surtout une façon peu cavalière de faire de la part de la majorité. “Il n’y avait aucune intention de retarder l’étude du budget, mais au contraire de l’étudier dans de bonnes conditions démocratiques, qui sont celles du débat”, explique le communiqué de Ia ora te fenua. Le groupe à l’Assemblée conclut : “L’autonomie version Tong Sang a pâle mine dans les coulisses de la démocratie”.

Pour renforcer le malaise, l’opposition s’est présentée hier, en commission. Sansmajorité, sans Philip Schyle, Tony Géros a fait constater l’empêchement de poursuivre les travaux budgétaire par huissier, et a formulé un recours au tribunal administratif contre la constitution de la commission des finances, la semaine dernière, et donc sur la légitimité de sa tenue, mercredi.

Bertrand Prévost

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