Publié le samedi 13 décembre 2008 à 09H47
BORA BORA – Il avait survécu cinq mois en mer en 1964, et au crash des Marquises en 1991
Tenae Temanihi, plus connu sous le nom de papa Tepa ou le double miraculé, est décédé d’une maladie à l’âge de 80 ans et a été inhumé sur le terrain familial, à Nunue, vendredi matin. Papa Tepa aurait pu donner à certains l’idée de croire qu’il était vraiment immortel. Pensez, il avait réchappé à des catastrophes, notamment à une dérive en mer de 154 jours et à un crash aérien.
Le 2 février 1964, Tenae part de Maupiti vers Bora Bora, en bateau, avec un ami. Malheureusement, les moteurs tombent en panne et la dérive commence. Malgré les prières, l’ami décède un matin. Une douleur qui ne quittera jamais Papa Tepa (lire ci-contre). Le 6 juillet 1964, après une dérive de cinq mois, il se retrouve aux Samoa. De-là, il rentre chez lui en Polynésie, où il sera accueilli comme un miraculé, tous ou presque le croyaient disparu à jamais. Mais Tenae n’en a pas fini pour autant avec les catastrophes et les miracles. Le 18 avril 1991, un Dornier 228 s’écrase en mer, aux Marquises, près de Nuku Hiva. Le bilan est lourd : dix morts et 12 blessés… dont fait parti Tepa.“Attention à la sécurité en mer !”
Axel Lichtle, de TNTV, s’était intéressé à son périple maritime. Devenus amis, il a ramené en août 2007, papa Tepa, sur son île d’arrivée aux Samoa, Tau. Un grand moment d’émotion pour le rescapé et sa famille d’accueil. Interviewé en 2006, il avait laissé un message d’espoir pour les jeunes : “Il faut être croyant et garder la foi. Attention aussi à la sécurité en mer quand on sort du lagon.” Tenae était né le 28 juin 1928 à Maupiti. C’était un homme paisible et souriant, d’un calme olympien. Il s’était installé à Bora Bora avec son épouse et ses huit enfants. Ses amis et toutes ses connaissances adressent leurs sincères condoléances à la famille endeuillée.
De notre correspondante Françoise Buil
Photos archives : Mazellier
Je ne pensais pas à la mort. Je priais.”
“Tepa” a longtemps détenu, bien malgré lui, le record de la plus longue dérive en mer : 154 jours (en août 2006, ce “record” fut battu lorsque trois pêcheurs mexicains ont raconté avoir dérivé pendant neuf mois). Son incroyable aventure qui avait tant marqué les esprits dans les années soixante était ensuite tombée dans l’oubli. Jusqu’à ce qu’il soit réuni avec un autre miraculé de la mer en 2002, Tavae Raioaoa (118 jours de dérive). Tepa avait alors eu l’occasion de raconter à nouveau son périple de Maupiti jusqu’aux Samoas américaines, notamment à La Dépêche le 14 mai 2006 : “Je suis parti de Maupiti pour emmener un ami à Bora Bora. Je naviguais sur deux moteurs qui sont tombés en panne, j’en avais deux de rechange. Les deux autres ont lâché aussi. Nous avons commencé à dériver. Je n’ai pas eu peur, nous étions deux. Nous avions un bidon de 60 litres d’eau, une boîte de punu puatoro, un pain et une pastèque. Je ne pensais pas à la mort. Je priais. Un avion est passé le lendemain, sans nous voir.” “Nous avons aperçu une île (Bellinghausen), puis le courant a changé et nous sommes partis dans l’autre sens. Nous n’avions pas de rame. Mon ami m’a dit que nous devions plonger et nager. Mais, nous avions peur des requins et des crampes aussi. Pendant deux semaines, nous n’avons pas pêché de poisson. Nous avons géré l’eau et ce que nous avions à bord. L’ami est décédé un matin, (après 139 jours en mer). J’ai beaucoup de peine quand je me remémore tout cela. Dans sa valise, il y avait un drap, je l’ai enveloppé dedans et l’ai mis à l’eau... Puis, bien des semaines plus tard, j’ai vu une île et des pêcheurs. J’ai plongé, ils m’ont recueilli et m’ont emmené à la police. J’étais arrivé le 6 juillet 1964, sur les îles Samoa. J’ai la foi et c’est cela qui m’a sauvé.”




