Publié le mardi 09 février 2010 à 10H10
NATATION - Grand Prix de Bordeaux. Le journal Sud-Ouest a consacré un sujet au Tahitien. L’article de Sud-Ouest ci-dessous est paru samedi matin avant le début du Grand Prix de Bordeaux. L'auteur du sujet a été bien inspiré de s’intéresser à Stéphane Debaere car le jeune Tahitien a confirmé dans le bassin qu’il avait bien le niveau national désormais. Stéphane a en effet pris la 3e place de la finale du 50 NL en 23’’ 55, Amaury Leveaux gagnant en 23’’ 11, et il a fait encore mieux en finale du 100 NL en prenant la 2e place en 51’’ 49, Leveaux l’emportant en 50’’ 59.
Le Tahitien de Talence, 20 ans, revient d’un stage avec Alain Bernard. Avec les Jeux de 2012, et surtout le plaisir, comme moteurs. Il sera un solide concurrent pour Amaury Leveaux à la piscine Judaïque. Le départ vers Marseille de Grégory Mallet n’a pas laissé la Gironde orpheline de sprinteurs. Même piscine - celle de Thouars à Talence -, même entraîneur - Driss Arslane - que le médaillé olympique de Pékin (1) à ses débuts. Même progression.
Ces dernières années, les performances de Stéphane Debaere sont pourtant passées inaperçues. “Mais ça ne me dérange pas. C’est mon éducation : je n’ai jamais aimé me mettre en avant.” Discret, mais affable, joyeux drille et efficace. Le sociétaire de l’US Talence est aujourd’hui un des leaders de la natation régionale, l’un des plus gros espoirs de présence aquitaine dans les bassins des Jeux Olympiques en 2012. 23” 07 sur 50 m, 49” 81 sur 100 m, le tout à pas encore 21 ans. “Londres, j’y pense, bien sûr. Mais je n’en fais pas une fixation. Longtemps, j’ai fonctionné avec des objectifs très précis par saison. Désormais, moins : je fais passer le plaisir avant tout. Bien sûr, il faut savoir pourquoi on va nager à 5 heures du matin, ou faire un footing l’hiver à 6 h 30. Mais si ça devient une contrainte, on va droit dans le mur.”
Une autre méthode
Ce week-end, à la piscine Judaïque de Bordeaux, le Tahitien, dans l’attente hier des nouvelles de son île après le passage du cyclone Oli, s’alignera sur ses distances fétiches, mais aussi sur le 200 m et le 50 m brasse. Sans objectif précis de chrono mais surtout dans un esprit de travail. “C’est ce qui est ingrat dans ce sport. Le weekend dernier, j’ai participé à un meeting international au Luxembourg et j’ai réalisé des temps pourris (sic).Mais il faut apprendre à être patient. Le but est d’être fort dans quelques mois.” Pendant trois semaines, le Talençais vient en effet d’encaisser du foncier à outrance. Pas n’importe où : à Antibes avec le champion olympique et recordman du monde Alain Bernard, mais aussi le Belge Yoris Grandjean (champion du monde junior du 100 m). Habitué à rentrer l’hiver en Polynésie pour se préparer, Debaere est cette fois-ci resté en métropole et a obtenu l’accord de Denis Auguin, l’entraîneur du champion olympique, pour se joindre au groupe. “J’ai découvert une autre méthode. Ici, à Talence, j’ai l’habitude de travailler la musculation, l’endurance en dehors du bassin. Là-bas, tout est à base de natation à haute dose. Et à plusieurs, quand ici je suis seul. Je suis rentré lundi, épuisé, et j’espère que j’aurai récupéré pour ce week-end. J’ai l’impression de ne plus avancer dans l’eau. Mais c’est aussi psychologique : je suis comme un poisson quand il change d’aquarium. Il faut se réadapter.”
8e Français en petit bassin
Le changement, l’enfant de Papeete, qui a écumé jusqu’à 13 ans les compétitions sur son île et en Nouvelle-Zélande, y est pourtant habitué. Il y a sept ans, il a fait le grand plongeon vers la métropole, grâce à l’appui de son grand-père, Edmond, maire de La Douze (Dordogne) et de ses parents, chefs d’entreprise à Tahiti. “Philippe Lucas (NDLR : l’ancien entraîneur de Laure Manaudou) a raison quand il dit que l’argent est un facteur déterminant du sport de haut niveau. S’ils n’avaient pas eu lesmoyens de m’aider, et sans le soutien dumaire de Talence (Alain Cazabonne), jamais je n’aurais pu continuer”, pointe le 8e Français en petit bassin (sur 50 et 100 m), parti cet été en quête de sponsors privés pour acquérir “de l’indépendance.” “Quand je suis arrivé à Bordeaux, j’étais complètement déboussolé. Je n’avais pas vraiment le niveau du pole, la vie était complètement différente de chez moi : je m’étais toujours promené en short et en claquettes, j’avais l’habitude de tutoyer tout le monde...”
Mais la détermination a payé : vice-champion de France minimes puis 3e junior, bachelier littéraire au Creps, il a grignoté les dixièmes pour être aujourd’hui candidat à intégrer le groupe d’Alain Bernard. “Denis Auguin m’a dit qu’il était prêt à m’accueillir l’année prochaine. J’ai découvert une ambiance familiale, c’est tentant. Maintenant, je suis bien à Talence où ma soeur m’a rejoint pour faire ses études, je suis très proche de mon entraîneur qui me connaît par coeur : à n’importe quel moment de la journée, il est capable de savoir ce que je fais. On verra...” Car avant, il y a les Championnats de France, en avril à Saint-Raphaël, voire une place en relais dans ceux d’Europe, en août à Budapest. Abordés avec le sourire. “Je veux positiver. Enmétropole, je trouve qu’il y a beaucoup de stress. Dans le tramway, dans la rue, les gens regardent leurs pieds. Moi, j’ai envie de dire bonjour à tout le monde.” Et d’être heureux, en nageant.
Nicolas Le Gardien (Sud-Ouest)
(1)Deuxième place en tant que remplaçant sur le relais 4x100m.




