Publié le mardi 23 février 2010 à 10H46
FOOTBALL - Marama Vahirua, attaquant vif et technique de Lorient, revient sur sa carrière.
On les compte sur les doigts des deux mains en Ligue 1 : les artistes purs, ceux qui n’ont rien concédé à l’époque et qui font vivre leur différence - vision, équilibre, prescience du jeu - dans une L1 où les joueurs sont d’abord construits pour gagner les duels. Jérôme Leroy à Rennes, Gervinho à Lille, Julien Féret à Nancy… C’est au FC Lorient Bretagne Sud (9e au classement) qu’évolue le plus efficace de ces joueurs-là : l’attaquant tahitien Marama Vahirua (29 ans), meilleur passeur (7) de France et 8 buts au compteur. On s’est posé avec l’homme qui signe ses buts en pagayant “parce que Tahiti n’a pas de drapeau” : sa carrière, sa façon de voir et le reste.
S’il avait fallu changer quelque chose ?
Je suis arrivé en métropole à 17 ans avec la mentalité de celui qui s’amuse en bossant. Donc, quand tu ne t’amuses plus, tu travailles moins. Le travail physique, franchement… Peut-être que j’aurai dû me faire mal. Cela dit, je crois avoir été incompris par tous mes entraîneurs sans exception.Même si j’avais cavalé, cavalé, je ne serai jamais devenu un coureur de fond.
Le jeu moderne a des impératifs de puissance, de dureté…
(Il coupe) Vous savez quoi ? Il y aura toujours des joueurs comme moi : petits, vifs, techniques. Ça ne s’arrêtera jamais. Après… quand je suis arrivé en formation à Nantes, en 1997, on disait : “Il faut deux grands dans une équipe.” Aujourd’hui, c’est plutôt : “Il faut deux petits.” La proportion s’est inversée.
Comment imaginiez-vous le foot quand vous étiez adolescent ?
Comme aujourd’hui. À 15 ans, j’ai fait un essai au centre de formation d’Auxerre [où jouait alors son cousin, Pascal Vahirua, ndlr]. J’étais venu pour deux semaines : je suis parti au bout de quatre jours. Ils voulaient me garder. Mais le football-élevage (sic) m’a fait peur, je ne voulais pas devenir une machine à centrer ou à gagner des matches. Je me suis retrouvé dans le bureau de Guy Roux. Je lui dis : “Je m’en vais.” Lui : “Écoute, ton cousin était assis là, à ta place, et il m’a dit exactement la même chose. Il vient ici, il pleure une heure, il téléphone à Tahiti, et ça lui passe. Ça va six mois. Il a un nouveau coup de blues, il revient, etc. Mais il tient le coup.” Je suis parti quand même.
Qu’est-ce qui vous a marqué en métropole ?
La ségrégation. À Tahiti, je ne connaissais pas. Au centre de formation d’Auxerre, j’ai vu les Blancs manger avec les Blancs, les Noirs avec les Noirs… Les gamins faisaient ça inconsciemment, sans arrière-pensée. Pour moi, c’était terrible. Pareil pour les barres HLM ; les pauvres avec les pauvres. Dans mon île, ça marchait autrement. Un morceau de terrain vide ? Tu poses ta maison sans te poser de question. Depuis, les mentalités ont changé. Si les propriétaires du terrain s’en foutent, leurs enfants et petitsenfants ont compris qu’il y avait de l’argent à faire.
“Dans un grand club, à la fin de l’entraînement, les mecs rentrent chez eux direct.”
À votre arrivée à Nantes, vous étiez quel joueur ?
Je courais partout ! Mes coéquipiers me disaient qu’ils n’arrivaient pas à me suivre ! Il me fallait tous les ballons, alors je faisais des appels de balle sans arrêt. Une fois, Reynald Denoueix [entraîneur du FC Nantes entre 1997 et 2001] a fait le compte : 55 appels en trente minutes. Bref, du grand n’importe quoi. Mais j’étais raccord avec la culture maison. Qui dit appel de balle dit mouvement, anticipation : c’était ça, le Nantes de l’époque. Un patrimoine, un truc qui ne quittera jamais le joueur formé làbas. Cristiano Ronaldo a beau être un des meilleurs joueurs du monde, il est nul (sic). Parce qu’il tue le jeu : la circulation de balle s’arrête dès qu’il reçoit le ballon, il n’y a aucune chance ni raison qu’il le donne avant d’être en galère [c’est-à-dire cerné par plusieurs défenseurs].
OK, mais Ronaldo joue au Real.
Justement, c’est la raison. Dans des clubs de ce niveau, les mecs sont tellement forts que l’équipe doit jouer pour eux. Le collectif ne sert qu’à mettre la star en situation.
Comment vous situez-vous dans la hiérarchie des attaquants de L1 ?
Ah… Une fois, mon entraîneur à Nice, Frédéric Antonetti, m’a dit que pour la technique et la vision… (silence). Depuis mes débuts, j’ai toujours eu besoin de connaître le gars avec qui je suis aligné en attaque. Le voir en dehors, aller au resto avec lui… Ce n’est pas tant que j’ai besoin de le comprendre : je veux surtout l’avoir là-dedans (il montre son coeur). Quand c’est le cas, tu joues pour lui, tu lui lâches le ballon sans arrièrepensée. Dans un grand club, à la fin de l’entraînement, lesmecs rentrent chez eux direct. Il y a le côté : “C’est bon, ça va, j’en ai bavé pour arriver là, j’ai assez donné…” Au-delà d’un certain niveau d’attente et de pression, tu t’isoles. Comme pour la jetset à Hollywood. Moi, je suis à l’aise dans les clubs familiaux.
Mais c’est quoi un club familial ?
Un club où tu fais un petit poker avec le mec qui s’occupe du marketing.
Ça mérite de limiter ses propres ambitions ?
Je ne sais pas. Écoutez, c’est un tout. On m’a beaucoup parlé des enfants. J’ai entendu : tu as été père trop jeune. Mais j’ai toujours voulu que mes enfants me voient jouer au foot. Donc, j’ai eu le premier à 21 ans. J’en ai trois aujourd’hui. Les huit ou neuf heures de sommeil, tu oublies. C’est compliqué. Mais j’ai fait ma petite carrière tranquille, sympathique (sic).
Au fil des années, vous avez cassé l’image de l’attaquant “à la nantaise”, c’est-à-dire timide, fragile…
(Il coupe) Mais je n’ai jamais été comme ça. Après, l’image… Jusqu’à mes 17 ans, je joue sur la plage, à Tahiti, contre des mecs qui ont 10 ans de plus que moi etmettent des coups de partout, des types qui taclent au niveau du genou pour te casser. Dès mes premiers matches de Ligue 1, je prends cinq, six très gros tacles par match - et souvent dès les premières minutes, avec le défenseur qui te demande si t’as compris. À Nice, mon coéquipier Olivier Echouafni me disait : “Si un mec te touche, on le défonce.” Là-bas, on m’appelait “le fils”, sous-entendu celui de l’entraîneur Gernot Rohr. On me couvait un peu.
Et aujourd’hui ?
Plus besoin. Ça va mieux. Quand tu croises les mêmes adversaires pendant dix ans, il y a du respect.
Par Grégory Schneider (Libération)




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Commentaires anonymes
26/02/2010 à 22h11
Mauruuru j'aime le foot ball un de tes fan de raiatea
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24/02/2010 à 02h32
Natif de la région nantaise je suis supporter du FCN depuis 1972 (date de mon premier match dans les tribunes de SAUPIN (!). Aujourd'hui c'est la galère !!Je n'oublie pas les match joués par MARAMA ni sa simplicité, comme tous les tahitiens (mon épouse est native de AFAREAITU MOOREA) lorsque nous le croisions à la sortie du centre de formation LA JONELIERE . Je regrette qu'il soit parti du FCNA. Il se dit incompris de tous ses entraîneurs, mais je pense qu'il doit garder de bons souvenirs de SUAUDEAU et de DENOUEIX, contrairement à AMISSE ( une certaine finale de coupe). Ah s'il pouvait revenir au FCN, mais avant il faudrait que notre club change de dirigeants.
MARURU MARAMA . Amitiés d'un supporter Nantais.
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23/02/2010 à 21h28
Cristiano Ronaldo a beau être un des meilleurs joueurs du monde, il est nul (sic)
tonton!!!, mea rahi ta oe pererau!!!!
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23/02/2010 à 17h08
Les blancs avec les blancs. C'est terrifiant. Normal qu'il y ait desz problèmes dans le 93 et autres banlieues. Il faut sortir du communautarisme et des religions qui l'entretiennent. Sinon la société est foutue.
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23/02/2010 à 14h37
Je suis avec toi... où dirais-je, je suis avec vous. Toi et ton foyer.
Tu es un exemple pour tous ceux des îles qui rêvent de faire une carrière pro.
Tu es un exemple. J'ai hâte de pouvoir rejouer encore avec toi sur la plage de sable noir devant chez papa ma. On t'attends au Fenua.
Continues comme ça, tu es un roi!