Le drapeau FLNKS hissé au Mwa Ka et au Sénat

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Publié le vendredi 16 juillet 2010 à 11H36

Nouvelle-Calédonie Il y a des moments où les souvenirs et les douleurs du passé reviennent en force dans les esprits. Où les regards se brouillent et s’égarent au défilé des temps forts qui marquent une vie. C’est un de ces instants particuliers qu’ont vécu, hier, la plupart de ceux qui ont assisté au lever conjoint des deux drapeaux, français et FLNKS. D’abord auprès du Mwa Ka, emblème kanak érigé Baiede- la-Moselle à Nouméa, ensuite au Sénat coutumier à Nouville.


Les ténors de l’UC avaient prévenu. Si la proposition lancée il y a six mois par Pierre Frogier aboutissait, ils ne feraient pas les choses à moitié. Ils y mettraient toute la solennité et la connotation coutumière qu’exigeait pareille circonstance. Et c’est ce qui s’est passé. Place du Mwa Ka, à partir de midi, ont commencé une série de coutumes où se sont succédé les partis et organisations indépendantistes : UC, Parti travailliste, USTKE, Comité 150 ans… Le grand absent étant l’Uni-Palika, seulement représenté par ses dissidents. Puis, vers 13h30 sont arrivés Pierre Frogier et les principaux dirigeants du Rassemblement et de l’Avenir ensemble : Gaël Yanno, Harold Martin, Eric Gay, Didier Leroux. Au total, une soixantaine de représentants de la famille loyaliste sont venus apporter leur coutume.

“La reconnaissance de ce drapeau va faire naître un grand espoir dans la jeunesse kanak.”


À l’arrivée du cortège loyaliste, quelques visages se sont dissimulés dans les larmes. Pierre Frogier lui-même a eu la gorge nouée plusieurs fois par l’émotion pendant sa prise de parole. Le leader du Rassemblement a relu une partie de son discours prononcé le 24 septembre 2003 lors de l’inauguration du Mwa Ka : “C’est à la fois une histoire qui se termine mais aussi et surtout le fondement, l’assise, d’une histoire qu’ensemble et en commun, nous avons entrepris d’écrire.” Autour de lui, Rock Wamytan, Charles Pidjot, Louis Kotra Uregeï, Sylvain Pabouty, présents pour le lever conjoint des deux étendards. “La reconnaissance de ce drapeau va faire naître un grand espoir dans la jeunesse kanak qui va se sentir enfin reconnue et comprise dans son propre pays” a déclaré Rock Wamytan. “Le geste d’aujourd’hui préfigure ce qui va émerger dans les années qui viennent.” Ensuite, les différentes coutumes ont été “mariées” puis portées au Sénat coutumier. “Ce drapeau est le symbole du combat, de la lutte et du sang versé pour notre reconnaissance”, a déclaré Julien Boanemoi, le président de l’institution. “Le fait que vous nous l’apportiez est un grand moment pour nous, mais aussi pour l’histoire de notre pays. C’est un grand pas que nous vivons tous. C’est un moment de joie car nous franchissons une étape sur le bon chemin.” Cette séquence chargée de profonde émotion se répétera sans doute samedi matin, en présence du Premier ministre, devant le haussariat.

Les Nouvelles Calédoniennes


INTERVIEW - Guy Agniel, professeur des universités en droit public


“Un verrou vient de sauter”


Les Nouvelles calédoniennes : Le lever du drapeau FLNKS à côté du drapeau français est-il, à vos yeux, un pas en avant, un pas de côté, ou un pas en arrière, sur la route du destin commun voulu par l’accord de Nouméa ?

Guy Agniel : Un pas en avant, clairement. Le destin commun passe par la définition de la place de la Nouvelle-Calédonie à l’issue du processus de l’accord de Nouméa. Or les indépendantistes avaient fait des signes identitaires un préalable à toute entame de discussion pour la suite. Et celui auquel ils tenaient le plus, c’était le drapeau. Depuis douze ans, des tas de propositions ont été faites, mais aucune ne convenait à l’ensemble de la population. Ce lever des deux drapeaux marque la reconnaissance réciproque des deux légitimités. Il fait sauter un verrou qui va permettre de discuter concrètement de l’avenir commun. Le symbole c’est beau, mais ça ne fait pas avancer grand chose.

Chacun des deux camps ne met pourtant pas la même chose dans cet événement…

Oui, mais le point commun, c’est cette reconnaissance de la légitimité de l’autre. Ça ne veut pas dire adhérer mais reconnaître son existence. Cela atténue l’affrontement entre les deux légitimités. Par la même occasion, le FLNKS reconnaît l’existence du drapeau français.

Voilà vingt-deux ans que les deux drapeaux flottent déjà côte à côte dans le Nord, sans faire autant de bruit…En quoi est-ce un événement aujourd’hui ?

C’est un événement pour la province Sud, le bastion des non-indépendantistes, qui était très arc-boutée jusqu’ici et qui a décidé de changer de ligne. Ce qui était acquis dans le Nord ne l’était pas dans le Sud. Lors de sa venue en 2003, Jacques Chirac avait fait son discours sous les deux drapeaux, c’est sa fille Claude qui avait amené le drapeau FLNKS de Paris.

Justement, ce lever du drapeau FLNKS sera demain le point phare de la visite du Premier ministre en Calédonie. En solennisant cet événement, le gouvernement français serait-il à la recherche d’un fait historique, qui lui fait défaut actuellement ?

Non, car je pense que cet événement n’aura pas un retentissement au niveau national. Le Premier ministre vient solenniser l’événement pour éviter que ça reste un détail auquel on puisse déroger sans problème.

S’agissant d’un simple voeu dénué de valeur légale, ne se dirige-t-on pasmalgré tout vers une application à géométrie variable ?

Il s’agit d’un voeu sans caractère obligatoire, mais je pense qu’il fera certainement l’objet d’une circulaire du Premier ministre, à l’instar de celle sur le drapeau européen. Une circulaire du Premier ministre, ce n’est pas du papier hygiénique sur lequel on s’asseoit. Il y aura peut-être une ou deux exceptions, à l’île des Pins sans doute, mais je pense par exemple que la mairie de Nouméa les mettra.

Selon vous, l’arrivée de l’emblème du FLNKS représente-t-elle un réel bouleversement, voire un coût, pour une partie de la population calédonienne ?

Peut-être pour les beaux quartiers de Nouméa. Mais ça ne pose aucun problème aux Calédoniens de Brousse. Ils ont fait du chemin. Autant ils auraient eu des réticences au drapeau FLNKS seul, autant là ils vont le ressentir comme une sorte d’apaisement. Avant que cette proposition soit faite, la famille Tual — dont le jeune a été tué pendant les Evénements — a été consultée. Son père a dit : « Je n’oublierai pas qu’ils ont tué mon fils, mais si c’est pour faire avancer la Nouvelle-Calédonie, je n’y suis pas opposé.”

Certains partis politiques voient dans cet événement plus un rappel des divisions anciennes qu’un rassemblement autour d’un drapeau consensuel. Ce n’est pas votre avis ?

Non, c’est de l’argutie politicienne. Derrière ces deux drapeaux, au moins nous sommes sûrs que tous les Calédoniens sont rassemblés. Jusqu’à présent, il n’y avait pas de drapeau commun. Maintenant, il y aura deux drapeaux représentant les deux tendances de la Calédonie. C’est mieux que rien du tout. Je suis plutôt pour respecter l’esprit, et pas forcément la lettre de l’accord.Mardi, lors du vote du voeu au Congrès, l’émotion était palpable, surtout chez ceux qui ont connu la violence des Evénements.

Justement, s’agit-il à votre avis d’une simple étape vers un drapeau unique, ou bien est-ce le début d’une coexistence durable des deux drapeaux ?

Je pense que le fait va être intégré rapidement, dans les six prochainsmois. Ensuite, je pense que la réaction des Européens eux-mêmes sera de dire : « On l’a, on le garde. » Le drapeau FLNKS ne redescendra pas, à mon avis. L’acccord de Nouméa demande de marquer au mieux l’identité kanak et parle d’un drapeau qui flottera à côté du drapeau français. Je pense que le drapeau FLNKS deviendra ce drapeau commun. Cette question sera réglée et on pourra quitter le symbolisme pour entrer dans le concret.

Pensez-vous que les Calédoniens non kanak s’en satisferont ?

Oui. L’existence des deux drapeaux servira leur bivalence, de se sentir à la fois français avec le drapeau tricolore, et différent des zoreils avec le drapeau FLNKS. Le Calédonien ne peut pas avoir de drapeau, car il est bivalent.

Les Mélanésiens loyalistes ne seront-ils pas embarrassés ?

Ce sera beaucoup plus facile à intégrer pour eux, si ce n’est déjà fait. Car ils sont d’abord Mélanésiens avant d’être nonindépendantistes. Il faut dépasser les clivages politiques et les conflits d’egos. Le drapeau FLNKS est un drapeau identitaire maintenant. Ce n’est plus un drapeau de lutte.

Pas sûr que ce soit l’avis des militants du FLNKS…

Ils ne le diront pas tout de suite…


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Commentaires anonymes

17/07/2010 à 19h16

Cela pourrait effectivement bien se faire ici, car le gouvernement UMP (Union des Magouilleurs et Profiteurs) en place a fait cette proposition pour endormir les indépendantistes, tout simplement. Ils n'ont aucune autre raison de le faire; on ne me fera pas croire que sarkoléon a accordé ce privilège en reconnaissance du peuple Kanak et des hommes qui ont combattu pour l'indépendance du pays, donc contre la France:'(
Mais c'est bien joué de sa part puisque tout le monde y croit....

Commentaires anonymes

16/07/2010 à 18h45

Y a plus qu'à hisser celui du Tavini à l'Assemblée et le tour est joué !!..........
Vive la France....
Allons enfants........

Commentaires anonymes

16/07/2010 à 17h34

A toi Oscaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarrrrr!!!!!! Fais de même...

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