Les livres, rois du salon

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Publié le vendredi 27 novembre 2009 à 09H52

CULTURE - Ouverture de la 9e édition de “Lire en Polynésie”

livre150.jpgLe salon du livre en Polynésie, qui fête son neuvième anniversaire, a ouvert ses portes, hier matin, dans les jardins de la Maison de la culture, à Tahiti, pour quatre jours dédiés à la découverte de la littérature océanienne. Cette édition, devenue populaire à Tahiti, est un bon cru, à n’en pas douter, avec un superbe casting : de nombreux auteurs locaux, mais aussi des écrivains venus de Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Zélande et Australie, tels qu’Albert Wendt, Patricia Grace, Witi Ihimaera, pour ne citer qu’eux.

Avec la volonté de faire partager le goût des mots et de l’écriture au public polynésien, tous revendiquent une identité littéraire propre à leur culture, kanak, maori, aborigène, exprimant avec force et sensibilité, bien souvent sans complaisance, leur vision très personnelle, et surtout traçant un vrai courant littéraire distinct et original. Ce salon a également séduit, cette année, des personnalités littéraires métropolitaines, telles que le grand voyageur, traducteur et écrivain Marc de Gouvenain, auquel on doit notamment la traduction de la fameuse trilogie à succèsMillénium,mais également le journaliste et chroniqueur littéraire du magazine Lire, Tristan Savin.

livre400ok.jpgTout au long de la manifestation, à laquelle participent éditeurs et libraires, se déroulent également diverses animations, telles que des contes racontés par Léonore Caneri ou Aimeho Charousset, des rencontres et conférences, mais aussi des dédicaces d’auteurs d’ici et d’ailleurs. On constate que l’adage “la lecture nourrit l’âme” fonctionne toujours, même si les libraires souffrent de plus en plus d’une désaffection de la clientèle, liée notamment aux achats en progression sur Internet. Dés l’ouverture cependant, cette édition a été marquée par l’affluence du public, dont beaucoup d’enfants, mais aussi d’adultes amateurs de livres, qui n’ont pas manqué ce rendez-vous placé sous le signe de l’écriture, mais aussi de la diversité culturelle. Le salon se poursuit jusqu’au 29 novembre. Courez-y pour faire un beau voyage…

Dominique Jezegou

brotherson200.jpgMoetai Brotherson, auteur polynésien (“Le roi absent”)

“Un regard polynésien à apporter”

C’est l’amateur de livres et l’auteur qui est venu à ce salon, ou les deux à la fois ?

Les deux. (rires) “L’amateur de livres” en a découvert plusieurs… Notamment celui d’Alec Ata (Dites-nous les arbres), que j’ai lu avec délectation ! C’est une prose particulière, mais que j’affectionne ! J’ai découvert aussi le livre d’Edgard Teitahiotupa et le très beau livre de poèmes d’Isidore Hiro, vraiment très bien ! Il y en a d’autres, mais je suis venu pour rencontrer les auteurs océaniens, nos “grand frères”. Il y a aussi Marc de Gouvenain pour Millenium, mais aussi Maëtte Chantrel pour Étonnants voyageurs de St-Malo… Ce sont de belles rencontres en perspective !

C’est une petite respiration dans toute cette agitation… ?

Oui cela fait beaucoup de bien, cela aère l’esprit !

Quelle est votre actualité littéraire ?

Je me suis engagé au Silo, en Nouvelle-Calédonie, à livrer un manuscrit avant la fin de l’année… C’est un polar qui se situe dans le milieu chinois en Polynésie. Je suis curieux de voir l’accueil qui lui sera réservé. En avril 2010, il devrait être dans les bacs polynésiens. J’ai d’autres livres en cours : l’un se déroule en Ecosse, un autre évoque les croyances anciennes, un autre parle du christianisme dans l’entre-deux guerres…

La suite du “Roi Absent” ?

Je la réserve en 2011 parce qu’il y a une référence chronologique intéressante. Comment trouvez-vous le paysage littéraire en Polynésie ? Il s’étoffe mais il y a encore des voix timides. Depuis que j’ai publié, j’ai été approché par de personnes qui m’ont fait lire des textes, que j’ai encouragées à publier, tels que Nuihau Laurey (Énergies renouvelables), et je suis très content pour lui. Ce livre est vraiment magnifique et très instructif. Il y a aussi de la poésie ou des nouvelles, mais malheureusement trop peu font le pas.

Il y a encore beaucoup de choses à dire ?

Oui tellement, et il y a un regard polynésien à apporter au reste du monde. Nous sommes un îlot de francophonie dans un océan anglophone. Donc on remarque sans doute plus les autres… Faut-il chercher à s’imposer en français ou chercher à être tradui ?... Je ne sais pas.


anderson200.jpgJean Anderson, traductrice des livres de Patricia Grace, Janet Frame, Chantal Spitz, Moetai Brotherson et Tava’e professeur de français à l’Université de Wellington

“Créer une passerelle entre des cultures séparées”

Qu’est-ce qui vous plaît dans la traduction d’auteurs océaniens ?

Je suis passionnée par la traduction. J’ai la chance de traduire du français vers l’anglais, mais aussi les auteurs néo-zélandais vers le français. Cela m’apporte beaucoup. L’écriture d’écrivains comme Patricia Grace est complexe car elle comporte des structures maori.

C’est un exercice difficile ?

Oui car il y a des subtilités et un objectif politique. Le français tolère beaucoup moins que l’anglais des petites tournures locales différentes. On est plus indulgent en anglais ! (sourire) En Polynésie, on ne trouve pas cela, le beau style français y est pour beaucoup. Il y a aussi un objectif des écrivains polynésiens, c’est de montrer qu’on peut écrire dans un excellent français avec un style local. J’admire ainsi le travail de traduction d’Henri Theurau pour le livre de Célestine Teuira parce qu’il a dû inventer une nouvelle façon de s’exprimer.

Le plus difficile c’est de faire passer l’émotion ?

Nous savons que nous avons fait un bon travail quand nous relisons le texte, et que nous sommes émus ensemble. Et quand nous tombons sur le même mot au même moment. Mon rôle, c’est de respecter le sens des nuances.

Qu’est-ce qu’on découvre quand on traduit les auteurs océaniens ?

On découvre des micro-structures au niveau de la langue, des expressions, des jeux de mots… On a l’impression de connaître le texte à fond.

Vous êtes habitée par l’auteur que vous traduisez ?

Cela dépend de l’auteur, mais c’est souvent par affinités. Certains textes vous parlent plus que d’autres.

Que pensez-vous de cette première journée du salon ?

C’est la deuxième fois que je viens. J’ai l’impression de revenir voir des amis. Ce qui m’intéresse dans le contexte de la littérature océanienne, c’est de créer une passerelle entre des cultures séparées pour des raisons historiques aléatoires.


savin200.jpgTristan Savin chroniqueur littéraire du magazine Lire et rédacteur en chef des hors séries. Également journaliste pour l’Express.

“Il se passe ici des choses passionnantes”

Découvrez-vous la littérature du Pacifique, et notamment d’Océanie ?

Je commence. J’ai lu plusieurs livres, et je constate qu’il y a encore peu d’auteurs polynésiens, même s’il y a tout de même une émergence, et davantage d’auteurs néo-zélandais. On note un besoin identitaire de s’exprimer à travers sa propre culture, et c’est à encourager. J’ai découvert les “Belles étrangères”, il y a deux ou trois ans, en Nouvelle-Zélande et un univers insoupçonné.

On connaît toujours mal l’Océanie en Europe, en France ?

Oui, on la connaît surtout à travers des clichés. C’est d’ailleurs ce contre quoi (Victor) Ségalen s’était érigé en écrivant un essai (cf Essai sur l’exotisme) que je considère comme très important. Quand on parle de la Polynésie depuis Paris, c’est tellement loin qu’on en a des images faussées, qui sont les mêmes depuis toujours : le Bounty, les vahine, etc. On voit ce qu’on a envie de voir, et plus c’est loin plus c’est déformé. On connaît mieux les Antilles françaises, mais la distance avec l’Océanie ajoute encore plus à sa méconnaissance. Et puis, la Polynésie, c’est mythique, c’est l’Eden, la Nouvelle Cythère. C’est pour cela qu’il est important qu’il y ait une littérature ici.

Est-ce qu’ici les souffrances sont moins violentes qu’aux Antilles ou en Nouvelle-Calédonie ?

À travers ce que j’ai lu, ce n’est pas l’impression que j’ai. Il y a de la colère chez certains auteurs polynésiens, que j’avais ressentie chez certains auteurs antillais. Je sens une volonté de s’affirmer ici par opposition. Les grands poètes, dans l’histoire, sont des gens en colère : chez Céline il y avait de la haine, chez Rimbaud de la violence… Il vaut mieux l’exprimer artistiquement qu’avec un fusil.

Les mots peuvent pourtant blesser ?

Oui, mais ça fait moins mal… Je ne peux qu’encourager à écrire. J’entends aussi des choses qui m’interpellent, comme de jeter toute l’histoire littéraire de la Polynésie ! C’est un peu excessif de penser que seuls les Polynésiens ont le droit d’écrire sur la région ! On sait que certains Français ont été parmi les premiers à dénoncer le colonialisme.

Vous avez pu rencontrer quelques auteurs, tels que Chantal Spitz ou Moetai Brotherson ?

Pas tous. J’ai commencé le Roi absent, de Moetai Brotherson. Je constate qu’il y a une vraie écriture chez ces auteurs. On sent qu’il y a du talent, une vraie personnalité.

Que pensez-vous de l’édition en Polynésie ? Il y a là aussi une recherche de qualité et d’exigence ?

Oui, complètement. C’est ce qui m’a marqué tout de suite quand j’ai reçu les productions d’éditeurs d’ici. Oui, ce n’est pas qu’une démarche commerciale, comme on le voit un peu trop en métropole. Je ressens une passion et un désintéressement. Il y a une vraie envie de faire reconnaître des talents. Ce n’est pas toujours le cas. Les éditeurs parisiens sont souvent dans une tour d’ivoire… Et ont tendance à considérer le travail des éditeurs régionaux et d’outre-mer, comme du folklore.

Qu’allez-vous rapporter de ce voyage et de ce salon ?

Je vais essayer de faire découvrir une réalité. Il se passe ici des choses passionnantes, c’est un nouveau monde. Sans esprit de conquête. C’est un carrefour négligé. Ces gens ont besoin d’apporter leurs voix à la culture mondiale. Ecoutons-les…

Propos recueillis par Dominique Jezegou

 

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Commentaires anonymes

30/11/2009 à 09h08

félicitations à ceux qui ont programmé cette manifestation,
bonne continuation,
lumière,

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