Publié le vendredi 10 octobre 2008 à 10H00
HIVA OA - Marathon pour Yves Jégo La vie et les chansons de Jacques Brel ont résonné de toutes parts hier à Hiva Oa. Le secrétaire d’État à l’Outre-mer Yves Jégo et Miche Brel ont commencé la journée sous une pluie battante, pour le dévoilement de la plaque rebaptisant l’aérodrome de Hiva Oa du nom du célèbre aviateur. “Seuls quatre aéroports français portent un nom propre” dont deux en Outre-mer (Aymé Césaire, Roland Garos, Charles de Gaulle et Saint-Exupéry), a rappelé le secrétaire d’État. Ce dernier était accompagné d’une très nombreuse délégation, autant marquisienne que du gouvernement local mais aussi des amoureux de Brel.
À côté de la délégation officielle, on pouvait rencontrer quelques fans, comme une dame venue exprès de Belgique, suivant de près toutes les inaugurations et prenant fébrilement des photographies tout au long de la journée, visiblement très émue. Comme l’a rappelé Étienne Tahamoana, le tavana hôte, “cet événement en l’honneur de notre ami Jacques aura un retentissement international”. Et le tavana de rappeler tout ce que l’artiste avait fait pour la commune : relais postal, organisation de séances de cinéma, etc. “En septembre 77, il est parti enregistrer son dernier album en Europe. Il était dédié à notre archipel. En quelques mois il s’est vendu un million d’exemplaires”, a rapporté le maire, qui espère que l’aéroport portant son nom, l’espace qui lui est dédié avec l’avion restauré et la statue inaugurée par sa veuve, attireront des touristes fans du chanteur, du compositeur, du poète, de l’aviateur… de cet homme aux multiples facettes qui trente ans après sa disparition a, en attendant que les touristes n’affluent, attiré bien des visiteurs et journalistes pour une seule journée.
Pour Gaston Tong, c’était “beaucoup d’émotion” de donner ce nom prestigieux à l’aéroport, autant que d’inaugurer l’aéroclub et de baptiser le même avion que celui de Brel du nom de Mokohé. “C’est surtout l’homme et ses qualités de coeur qui ont conquis ceux qui l’ont rencontré. Il a tant donné”, a rappelé le président du Pays. Yves Jégo s’est révélé plus poétique dans son discours, estimant qu’il est “difficile de mettre des mots sur celui qui les a si bien maniés. La pluie ce n’est pas parce que Brel doit pleurer de bonheur, mais plutôt comme m’a dit Miche qu’il veut dire mais pourquoi vous venez m’emmerder !
L’arc en ciel qui est survenu quand Gaston Tong Sang a parlé, ce doit être un signe, peut-être de Gauguin ou de Brel”. Gérard David, représentant de Dassault aviation, un des initiateurs du projet, a rappelé que parallèlement sur les Champs Élysées, Les Marquises rayonnaient. Après l’inauguration des plaques de l’aéroport, de l’aéroclub et de l’avion Mokohé avec une magnifique danse de l’oiseau de Kahu Tametona, la délégation a été fleurir les tombes de Brel et Gauguin.
Un groupe d’enfants a chanté “Quand on a que l’amour” et accompagné le ministre Joseph Kahia à interpréter “Les Marquises”, tandis qu’un artiste chantait ensuite a capella “La Quête”. Après une très rapide visite au centre administratif, l’espace Jacques Brel incarnait l’étape suivante. Une sculpture de l’homme a été inaugurée. Elle aurait coûté, selon les dires, près d’un million Fcfp à la commune. Après une brève visite du musée Gauguin, du GSMA, Yves Jégo, le haut-commissaire et le président du Pays se réunissaient avec les maires (lire par ailleurs). La soirée s’est terminée dans un hôtel de l’île avec un spectacle au son, bien sûr, des chansons de Brel.
Lara Dupuy
Réactions
Patrick Poivre d’Arvor, journaliste
“J’adorais sa liberté”
Pour quelle raison avez-vous souhaité assister à cette cérémonie ?
Il y a cinq ans j’étais venu parce que j’étais parrain de l’opération qui avait abouti à restaurer ce Jojo, le premier avion. J’avais été très ému par l’accueil des Marquisiens. Certains avaient volé avec lui, ils nous avaient raconté leur vision de Jacques Brel. Ils ne le connaissaient pas comme chanteur. Cinq ans après, on est passé à une étape supérieu
re avec un aéroport à son nom ; il n’y en a que 5 en France. Ça donne une autre tonalité. J’ai voulu être là, j’adorais Brel. J’adorais sa liberté, c’est un chanteur et poète exceptionnel.
Pensez-vous qu’il aurait apprécié de telles cérémonies ?
Oui, parce qu’il y avait l’homme oiseau qui baptise un avion qui porte le nom d’un oiseau, et ce mélange assez joli du sacré, du politique, de la danse, du traditionnel… ici aux Marquises, l’âme parle, la terre parle, il y a quelque chose qui émane de la terre. Ses restes sont quelque part mais ici il y a des restes de tous, c’est le culte des ancêtres avant tout aux Marquises. Je pense qu’il aurait apprécié même si c’est difficile de parler en son nom ; sa veuve a vécu ça comme quelque chose de beau et un nouveau départ en donnant la possibilité d’aider de jeunes Marquisiens, c’est ce qu’il faisait quand il était là.
Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-mer
“Une promotion mondiale”
Que pensez-vous de l’utilisation de Jacques Brel à des fins touristiques ?
Il ne faut pas avoir une volonté d’utiliser qui que ce soit. Jacques Brel a été un grand amoureux des Marquises. Il en a fait une promotion mondiale. Il est normal que nous lui rendions hommage parce que c’est un grand artiste francophone, un grand acteur de cinéma, un grand chanteur, qui a porté très haut les couleurs de la francophonie. Qu’il ait choisi les Marquises ce n’est pas par hasard. Si ça peut permettre aux Marquises de passer un message tant mieux, l’hommage d’aujourd’hui n’est pas marketing mais du coeur.
Catherine Maunoury aviatrice et voltigeuse aérienne
“Une initiative marquante”
Pour quelle raison êtes vous venue à cette inauguration ?
Je suis pilote et j’ai toujours adoré Jacques Brel. Gérard David trouvait bien que des pilotes passionnés et un peu spécialisés soient là. J’ai beaucoup voyagé mais je n’étais jamais venue en Polynésie. Je vais revenir !
Que pensez-vous des bienfaits de cet aéroclub ?
Je pense que pour les jeunes ça va être important. L’aérologie n’est pas facile avec la météo particulière aux Marquises. Je ne connaissais pas ce côté aussi sauvage et luxuriant de la nature qui fait qu’il y a beaucoup de nébulosités. Justement, l’avion est un sacré moyen de communication avec le monde. Plus il y aura de pilotes ici, plus on pourra amener des choses. C’est une initiative qui me semble marquante. Ce n’est pas vain, il y a un avenir derrière, et c’est ce qu’avait souhaité Brel mais qu’il n’avait pas réalisé. Ça aurait certainement déjà été fait s’il était encore là.
Miche Brel veuve de Jacques Brel
“Il avait trouvé l’île perdue”
C’est votre premier voyage aux Marquises, qu’en pensez-vous ?
Il rêvait d’une île perdue et il l’a trouvée.
Que ressentez-vous ?
C’est très difficile à dire. Je trouve que l’accueil ici est vraiment formidable et tout le possible a été fait pour réaliser le rêve de Jacques : un aéroclub, c’est le commencement d’une nouvelle ère marquisienne.
Pensez-vous que ces cérémonies lui auraient plu ?
Pour arriver à concrétiser ce que Gérard David avait envie de faire, c’est-à-dire créer l’aéroclub, ce qui est la chose la plus importante, il faut passer par les demandes et les ministères. Ça fait partie du jeu. Il y a beaucoup de monde mais c’est le final qui compte.
Ne craignez-vous pas une utilisation trop touristique de Jacques Brel ?
Non, c’est fait avec tellement de coeur et de générosité. Les gens sont tellement adorables, chaleureux et gentils, c’est ça qui me touche. Jacques voulait aussi attirer les touristes pour sortir les Marquisiens de l’isolement. Ça fait donc partie de ce qu’il avait envie.
Sandrine de Turkeim, Pilote ATN
“L’homme avion”

Que pensez-vous de cette initiative de l’aéroclub ?
Ça offre une opportunité aux jeunes Polynésiens, aux jeunes Marquisiens en tous cas, de pouvoir prendre des cours de pilotage sur place. C’était le voeu de Jacques Brel. Je suis de Fatu Hiva, mais j’ai grandi ici à l’école des soeurs. Je n’ai pas eu la chance de connaître Brel, j’avais 7 ans à l’époque.
Comment avez-vous connu l’aviation alors que vous êtes originaire d’une île qui n’a pas d’aéroport ?
J’ai fait beaucoup de métiers dans l’aéronautique avant d’être pilote. J’ai travaillé au sol, hôtesse de l’air, etc… À Fatu Hiva les gens sont un peu étonnés que je sois pilote, surtout que je suis la première femme chez ATN, c’est parce qu’on parlait beaucoup des avions. Le surnom de Brel c’était l’homme avion, on en parlait, peut-être qu’inconsciemment ça m’a influencé.



