Publié le dimanche 08 août 2010 à 12H10
ENVIRONNEMENT - La baleine à bosse appelée aussi “mégaptère” ou “jubarte”
Appelée “la baleine à bosse” à cause de la protubérance avant et en dessous de la nageoire dorsale, cette espèce de baleine est aussi nommée “mégaptère” qui, en grec signifie “grande aile” en référence aux très longues nageoires pectorales uniques à cette espèce.
En fait, les nageoires pectorales peuvent atteindre cinq mètres de long, ce qui représente un tiers de la longueur du corps d’une baleine de 15 mètres. Ces nageoires sont les plus longs bras du monde. Un troisième nom, “jubarte”, vient du mot latin “gibbus” qui signifie “bosse”. Une baleine à bosse adulte de 15 m de long pèse environ 30 tonnes, l’équivalent de six éléphants adultes d’Afrique.
Les baleines à bosse effectuent une longue migration chaque année entre leur lieu de reproduction et celui de nourrissage. Durant l’hiver austral dans l’hémisphère sud, elles se trouvent dans les eaux tropicales où elles se reposent, se reproduisent et mettent bas. Durant l’été austral, elles se trouvent dans leur lieu de nourrissage dans les eaux sous-polaires de l’Antarctique.
Chant d’amour ou de guerre
Elles parcourent donc de 14 000 à 24 000 kilomètres aller-retour, une migration parmi les plus longues de tous les mammifères. La baleine à bosse ne vit pas en groupe, les groupes que l’on voit sont, en général, des associations temporaires. La gestation dure de 11 à 12 mois, ainsi une baleine femelle enceinte en hiver accouchera de son baleineau au cours de l’hiver suivant, après s’être nourrie dans les eaux froides pendant l’été. Cependant, elles jeûnent de 7 à 8 mois durant leur migration et leur séjour dans les eaux tropicales, ce qui provoque une perte d’un tiers de leur poids, donc 10 tonnes, pour une grosse baleine adulte. Tous ces kilos seront repris durant les 4 à 5 mois de nourrissage dans les eaux froides.
Les mâles des baleines à bosse émettent une vraie mélodie comme les chansons des êtres humains ou quelques espèces d’oiseaux ; les femelles ne chantent pas. Tous les mâles d’une population ont le même chant et chaque population dans le monde a son propre chant. Celui de Hawaii est différent du chant de Tonga, d’Afrique ou de Nouvelle-Calédonie. Mais, il évolue au cours du temps ; il est dynamique et non pas statique. Celui des mâles d’aujourd’hui est complètement méconnaissable par rapport à celui chanté il y a cinq ou dix ans. Et pourquoi émettent-ils ces chants mélodieux ? Peut-être les mâles déclarent-ils ainsi un territoire, un message efficace envers les autres mâles compétiteurs ainsi que vers les femelles durant la période de reproduction.

Un massacre difficilement enrayé
Durant le XXe siècle, cette espèce a été presque exterminée par la chasse industrielle. Selon des différentes estimations, entre 90% et 97% de toutes les baleines à bosse au monde ont été tuées durant cette période ; seules 3% à 10% ont survécu aumassacre. Une bonne partie de cette chasse a été illégale ; une pêche très supérieure au niveau autorisé par la CBI (Commission baleinière internationale). L’ancienne URSS à elle seule a tué, en toute illégalité, plus de 45 000 baleines à bosse au-delà du niveau autorisé par la CBI. Les populations du Pacifique Sud ont été les plus sévèrement massacrées.
Aujourd’hui, la population des Fidji n’existe plus du tout. Celle de la Nouvelle-Calédonie n’augmente pas beaucoup. Celle de Tonga augmente après avoir été réduite à quelques dizaines d’individus à la fin des années 1970. L’IUCN a récemment classé les populations du Pacifique Sud en danger d’extinction. En Polynésie française, les baleines à bosse fréquentent les eaux durant l’hiver et le printemps austral, de mi-juillet jusqu’à fin octobre, voire minovembre.
Un millier d’individus
Basé sur Moorea, j’ai pu identifier (grâce aux taches et cicatrices sur leurs queues) environ 550 individus autour de Moorea et Rurutu depuis 1993. Quelques-unes ont été observées par mes collègues du South Pacific Whale Research Consortium( un regroupement de scientifiques du Pacifique Sud) aux Îles Cook, à Tonga, aux Samoa américaines, et même en Nouvelle- Calédonie. Selon mes calculs et ceux de mes collègues du SouthPacific Whale Research Consortium, la population de la Polynésie entre 1999 et 2007 serait de 949 baleines plus oumoins 16%, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas moins de 816 individus et pas plus de 1100 individus dans nos eaux durant ces huit années.
Pour effectuer des analyses sur leur ADN, j’ai pu obtenir des échantillons de peau de plus de 250 spécimens. Les résultats montrent que la population de la Polynésie française est génétiquement distincte de celles des îles Cook, Tonga, Samoa américaines et de Nouvelle- Calédonie. Les enregistrements du chant des mâles en Polynésie française montrent qu’il est également différent que celui des autres populations du Pacifique Sud. Selon toute évidence, la Polynésie française est un lieu de reproduction pour une population de baleines à bosse complètement inconnue il y a quelques décennies : de petite taille, génétiquement distincte et qui émet son propre chant. En septembre, nous commencerons un projet à Fakarava, Hao et aux Gambier pour vérifier si les baleines que l’on rencontre là-bas font partie de la même population.
Dr Michael Poole Programme de recherches sur les mammifères marins Moorea et South Pacific Whale Research Consortium, Nouvelle-Zélande. Photos : T. Calver - A. LeplusUn sanctuaire depuis 2002
Les baleines à bosse font partie de notre patrimoine et il faut les respecter et les protéger. Depuis 2002, la Polynésie est leur sanctuaire (et celui des dauphins) et elles sont toutes protégées par une réglementation officielle.
Quelques règles à suivre :
- les embarcations ne peuvent pas approcher des baleines à moins de 50 mètres et si un baleineau est présent, les bateaux doivent respecter 100 mètres ;
- les embarcations doivent se mettre entre des baleines et le récif et non pas coincer des baleines entre leur bateau et le récif ;
- les embarcations ne peuvent pas couper la trajectoire des baleines, ni se placer devant ou derrière des baleines ;
- les nageurs ne peuvent pas approcher à moins de 30 mètres, ni utiliser le scaphandre autonome sous l’eau (seule l’apnée libre est autorisée) ;
- la vitesse d’un bateau est limitée à 3 noeuds dans un rayon de 300 m autour d’une baleine ;
- les prestataires de service qui font du “whale watching” (observation des baleines) doivent être autorisés par le gouvernement, sans permis, cette activité touristique est interdite aux prestataires ;
- l’équipe de tournage d’un film doit également demander une autorisation du gouvernement pour filmer des baleines ; un permis de “whale watching” ne suffit pas.
Si ces règles sont respectées, il sera possible d’assurer la présence de ces animaux dans les eaux polynésiennes pour nos enfants, les enfants de nos enfants… Nous sommes privilégiés en Polynésie, car nous avons l’opportunité d’observer ces géantes. Il ne faut pas oublier qu’elles viennent ici pour se reposer et se reproduire, il faut donc leur laisser un peu de tranquillité. À Hawaï, depuis 30 ans, la population de baleines à bosse a bien augmenté en nombre d’individus, mais elles se trouvent plus loin de la côte qu’avant, en réponse au harcèlement des bateaux. Il est impératif que nous soyons plus responsables en Polynésie française, où les baleines évoluent encore à quelques centaines de mètres de la barrière de corail, voire dans les lagons. C’est à ce prix que leur nombre augmentera et qu’elles ne s’éloigneront pas de nos côtes.
MP
Biographie de l’auteur
Michael Poole, docteur en biologie marine de l’Université de Californie, est titulaire de deux nationalités, française et américaine. Il est arrivé en Polynésie française en 1987, marié depuis 1990 et père de deux garçons âgés de 18 et 16 ans.
Depuis 1980, Michael Poole mène des recherches scientifiques sur les baleines et les dauphins. Titulaire d’une maîtrise de l’université de Miami (Floride), avec contribution aux études sur les lamantins et les dauphins, ses trois années de recherche de Masters (Université de Californie, à Sonoma) l’amènent à découvrir l’itinéraire et la période propre aux baleines grises femelles et à leurs petits dans leur migration vers le nord, le long des côtes de la Californie. Il étudie par ailleurs les grands dauphins dans le golfe du Mexique, ainsi que plusieurs espèces le long des côtes de Californie.
Michael Poole obtient en 1995 un doctorat de l’université de Californie à Santa Cruz, résultat de six années de recherches sur les dauphins à long bec à Moorea et à Tahiti en Polynésie française.
De 1987 à 1996, il est basé à l’antenne scientifique de l’Université de Berkeley (Californie) à Moorea.
De 1997 à 2006, il est directeur du Programme de recherches sur les mammifères marins au Centre de Recherches Insulaires & Observatoire de l’Environnement (Criobe) à Moorea. Il est également chercheur associé de la National Oceanic Society, fondation de recherche dont le siège est aux Etats-Unis, membre de la Société internationale de Mammalogie marine, membre de la Société américaine des Mammalogistes et membre du Comité exécutif du South Pacific Whale Research Consortium. En 1988, il crée le premier réseau de repérage et d’intervention en cas d’échouage de dauphins et de baleines en Polynésie française. Ainsi, plus de 1000 rapports portant sur 20 espèces de dauphins et de baleines à proximité d’une trentaine d’îles lui ont été communiqués. Par ailleurs, ses recherches ont fait l’objet de comptes rendus adressés au Groupe spécialisé sur les cétacés du Programme environnemental régional du Pacifique sud des Nations unies.
En 1992, il fonde, à Moorea, la SARL Dolphin & Whale Watching Expeditions, le premier écotour d’observation des baleines et dauphins en Polynésie française. Depuis, cette activité touristique ne cesse de progresser et aujourd’hui d’autres sociétés dans d’autres îles de la Polynésie ont suivi cet exemple. La contribution économique au pays de cette activité touristique n’est pas négligeable. Sa découverte majeure est qu’une population génétiquement distincte des baleines à bosse vient se reproduire dans les eaux de la Polynésie française.
Le 13 mai 2002 est pour le Dr Poole, une étape majeure, la récompense la plus importante au plan scientifique pour la cause qu’il défend : le gouvernement de Polynésie française adopte un projet de législation visant à créer un sanctuaire pour les baleines et les dauphins sur l’ensemble de la zone économique exclusive du Pays, ce qui en fait le plus vaste du Pacifique Sud.
En 2005, l’ONG World Wildlife Fund a accordé à la Polynésie sa plus grande récompense, le « Gift of the Earth Award » en reconnaissance de la création du sanctuaire.
Le 27 septembre 2008, lors de la célébration de la Journée mondiale du Tourisme, le ministère de l’Environnement de la Polynésie et le GIE Tahiti Tourisme ont décerné à Michael Poole un prix spécial “en reconnaissance pour votre contribution au tourisme et à l’environnement”, pour sa création de l’activité touristique de whale watching, ainsi que sa collaboration dans la création du sanctuaire pour les baleines et dauphins.




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Commentaires anonymes
09/08/2010 à 11h10
Es ce que par hasard , M Michael Poole pourrait nous donné des hypothèses sur les calamars géants, enfin si il a des collégues qui s'y connaissent ou bien essayer d'établir un lien avec les baleines, et es ce que la dépéche pourrait faire un petit article dessus, juste pour ceux qui ne croivent pas aux calamars géant ...