Arue – Qui peut sauver les anguilles de Pipine ?

    mardi 4 octobre 2016

    anguilles

    Les anguilles ont élu domicile sous les blocs de béton, mais leur petite mare se réduit en raison de la sécheresse. (Photo : Jean-Luc Massinon)

     

    C’est un vrai appel au secours qu’a lancé Orélia la semaine dernière. Résidant en bord de mer, près de la mairie de Arue, cette mère de famille de 56 ans n’arrive plus à supporter la détresse d’une dizaine d’anguilles piégées entre la plage et une évacuation d’eaux pluviales. Les animaux ont été attirés par l’eau douce d’une petite rivière qui se déverse là.

     

    La Pipine, qui dévale de derrière la mairie, est canalisée dans une buse avant de passer sous la route de ceinture et d’être évacuée vers le lagon. Poussées par leur instinct, les puhi ont suivi le filet d’eau douce, mais voilà, l’ouvrage en béton semble les empêcher de poursuivre leur montaison vers un milieu plus propice. Pourtant, la bordure en béton n’est haute que d’une trentaine de centimètres et on sait que les anguilles peuvent franchir des obstacles bien plus élevés.

    Le réseau souterrain d’assainissement ne leur permet peut-être plus de gagner l’amont de la rivière et elles retombent à leur point de départ. Aussi, les plus grosses anguilles ont élu domicile sous des blocs en béton et les plus petites se dissimulent au fond de la mare, sous un tapis de feuilles mortes. Mais la période d’étiage leur fait courir le risque d’être privées d’eau. La Pipine s’écoule faiblement et la mare d’eau douce où les animaux évoluent se réduit de jour en jour.

     

    Nourries et rafraîchies

     

    Orélia, leur bienfaitrice, pense que les anguilles ne sont pas à leur place, car ce cours d’eau est pollué. Les caniveaux de la zone, qui convergent vers l’exutoire, charrient sans cesse des canettes et des déchets, mais surtout des eaux de lessive et parfois même des résidus de peinture. La riveraine ne livre pas de coupables, mais elle croit savoir d’où proviennent ces pollutions.

    Face à l’infortune des anguilles, Orélia fait ce qu’elle peut depuis des semaines. Elle va chercher au port de pêche des restes de poissons pour nourrir les animaux piégés et, régulièrement, elle tire son tuyau d’arrosage pour réoxygéner et rafraîchir la petite mare surchauffée par les rayons du soleil. 

    Puis, il y a quelques jours, Orélia et sa sœur ont sollicité la mairie. Les deux femmes pestent contre la commune : “Plutôt que d’organiser un festival d’antan, le maire devrait d’abord se préoccuper de l’environnement dans la commune.” Un agent s’est déplacé sur les lieux, avec l’idée emmener les anguilles pour les relâcher dans la rivière Pu’o’oro, près du camp militaire. Malgré les tentatives d’appâter les animaux avec du poisson, et surtout sans épuisette, la pêche aux anguilles s’est soldée par un échec.

     

    Appel aux spécialistes

     

    Ne voyant pas de solution venir, les deux sœurs ont sollicité La Dépêche pour lancer un appel. Elles pensent qu’un spécialiste des anguilles peut peut-être sauver ces animaux. Après enquête auprès de la mairie, l’employé revenu bredouille de la pêche aux anguilles a pris contact avec la direction de l’environnement, qui a réorienté l’infortuné pêcheur vers le laboratoire du Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) de Moorea et en particulier vers Pierre Sasal, le spécialiste des anguilles.

    Nul doute qu’une solution pourra être apportée rapidement pour tenter de déloger ces anguilles et les réintroduire dans une rivière plus accueillante. Mais à la prochaine saison des pluies, il est fort à craindre que de nouvelles anguilles, à la recherche d’un lieu de vie en eau douce, viendront encore se faire piéger sur cette plage de Arue. 

     

    J.-L.M.

     

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