Habillage fond de site

ASSISES – Les accusés de la rixe de Papara écopent de peines allant jusqu’à huit ans de réclusion criminelle

lundi 18 septembre 2017

assises papara

À la fin de l’audience, le frère de la victime est venu accorder son pardon aux accusés. (© Florent Collet)

“Nous aurions pu être de bons potes.” Plus de trois ans après les faits et après cinq jours de procès, le passage de la justice semble avoir fait son œuvre. Alors que le procès en assises de l’affaire de la bagarre mortelle de Papara s’est ouvert lundi sous de vives tensions entre la famille des accusés de Papara et celle de la victime originaire de Punaauia, l’heure de la réconciliation a sonné, hier, à l’issue d’une matinée consacrée aux plaidoiries de la défense.

Appelé à s’exprimer une dernière fois avant que les jurés ne se retirent pour délibérer, chacun des six accusés a quasiment adressé le même message à la famille de la victime. Des “je regrette infiniment”, “mes excuses à la famille”, “je souhaite que la paix revienne des deux côtés” ont ainsi été prononcés à la barre, comme souvent à l’issue des procès.

Mais ces paroles ont cette fois été suivies d’effet. Le frère de la victime, qui, lui aussi, avait failli laisser la vie dans le quartier Afarerii en juillet 2014, est allé voir les six accusés, en pleurs, assis sur leur banc. Un mot de réconfort, une poignée de main, un geste de pardon…

Chacun des accusés a pu recevoir la preuve que le pardon avait été accepté.

“J’y suis allé pour avoir la conscience tranquille, mais j’ai aussi pitié d’eux. Dix, quinze ou vingt ans, c’est beaucoup. Nous aurions pu être de bons potes”, a confié le frère de la victime à l’issue de cette audience.

Un peu plus tôt, les cinq avocats de la défense ont pris la parole pour défendre chacun de leurs clients, mais tous se sont indignés des réquisitions de l’avocat général, qui vont de peines allant de dix à vingt ans de réclusion criminelle.

“Une balance de la justice injustement chargée”, explique un avocat, “des réquisitions qui m’ont donné la nausée”, relate une autre avocate, “des réquisitions complètement démesurées, à côté de la plaque”, pour un troisième selon qui l’avocat général a profité de la “médiatisation du procès pour faire passer un message sur la violence, l’alcool et le paka”.

 

Pas des “animaux”

 

Tous ont cherché également à démontrer que leurs clients n’étaient pas des “animaux”, comme cela avait pu être dit la veille.

“On ne prend pas tout ce temps pour juger des animaux”, a rétorqué l’un des avocats. Les accusés ayant tous reconnu chacun des faits qui leur étaient reprochés, les avocats ont avant tout voulu mettre en avant le contexte de ce fameux 19 juillet.

Comme cet accusé qui voulait “protéger sa mère venue s’interposer et qui avait reçu un coup de poing dans le dos en provenance de la victime” et “qui avait arrêté les autres quand la victime était au sol”, ou encore le travail bénéfique déjà effectué devant le psychologue alors que les experts ne voient pas de risque de récidive.

 

Enlever l’étiquette de “coupe-gorge”

 

L’avocat de deux des frères a, lui aussi, voulu enlever l’étiquette de “coupe-gorge” collé à cette servitude, “où les gens créent des liens pour survivre, mais lorsqu’un inconnu y entre, on lui prête une lampe frontale” en référence à la lampe prêtée à la victime.

L’avocat d’un accusé a rappelé que son client, aussi, n’avait pas été violent jusqu’à recevoir un uppercut et être pris par l’effet de groupe qui stoppera “lorsque la menace s’arrêtera”.

“C’est un enfant dans un corps d’adulte”, a expliqué l’avocate de l’un des accusés qui a “arrêté de taper quand la victime l’a imploré”.

Et de rappeler là aussi le contexte : la victime et son frère étaient entrés dans la cour de la maison familiale.

Un autre avocat rappelle qu’à Punaauia, les gens du quartier avaient voulu dissuader la victime et son frère de se rendre à Papara, et qu’ils n’étaient pas venus “de manière amiable, dans une démarche pacifique”.

Pour preuve, l’accusé avait enlevé son tee-shirt, prêt à en découdre. Le frère de la victime lui-même est décrit comme “un stéréotype de la violence” devant assumer aussi une part de responsabilité.

“Ce procès n’empêchera pas de boire et de fumer. C’est la pauvreté qu’il faut endiguer”, a expliqué l’avocate du jeune homme ayant subi la plus lourde réquisition.

“Quarante-cinq jours plus tôt, il n’aurait pas eu 18 ans, il n’aurait encouru que dix ans.”

Après avoir rappelé son enfance difficile, dressé par “les coups de barre de fer de son père”, elle a souligné que son client était le seul accusé à ne pas faire partie du quartier ni de la famille et que les témoignages en sa défaveur avaient pu en être facilités.

Au final, les jurés ont rendu le délibéré. L’un des accusés écope de trois ans de réclusion criminelle, dont 18 mois avec sursis, trois écopent de six ans de réclusion et deux des accusés de huit ans.

Mais l’heure du pardon et du deuil semble pouvoir enfin démarrer. “Cela va être difficile de pardonner pour mes parents, mais avec le temps, je pense que cela va aller. Nous allons pouvoir faire le deuil de mon frère”, a confié le frère de la victime à la fin de l’audience.

Il ignorait à ce moment-là que ses parents allaient accorder leur pardon aux six accusés. Ils ont eu la force et la sagesse de le faire avant que le délibéré ne soit rendu.

 

F.C.

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Retraites : Selon-vous, la réforme de la Protection sociale généralisée est-elle nécessaire, même si cela suppose des efforts de tous pour la survie du système ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete