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Assises – Il avait frappé sa compagne dans l’indifférence générale

mercredi 7 juin 2017

assises

À la barre, alors que les témoins mettent en cause l’attitude de la victime, la cour s’interroge sur leur passivité. (© Florent Collet)


Reua H. est jugé hier et aujourd’hui aux assises, accusé de violences sur sa conjointe ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les faits remontent à avril 2015, où une dispute entre les conjoints, alcoolisés, éclate en marge d’un tournoi de pétanque. L’homme, qui ne se souvient pas avoir porté de coups à la victime, encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Sentiment de malaise, hier, dans la grande salle d’audience pour la première journée du procès en assises de Reua H., 31 ans, accusé de violences sur sa conjointe ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec la circonstance que sa moitié, alors âgée de 24 ans, était considérée comme vulnérable, cette dernière, malade, devant partir dans l’Hexagonale pour une greffe de foie.

Si c’est bien Reua H. qui était dans le box des accusés, hier, à l’écoute des témoins, cette journée d’audience a donné l’apparence d’être le procès de la victime, mais aussi celui de l’indifférence de ces derniers, pointés du doigt par la présidente de la cour et l’avocat de la défense.

Des faits, seules quelques certitudes ont pu être mises au jour par l’instruction. Le 5 avril 2015, après avoir déjà bu, Reua H. et sa conjointe se rendent à un tournoi de pétanque dans le quartier, munis d’une bouteille de vodka. L’alcoolisation se poursuit et en fin de journée, le ton commence à monter, surtout venant de la victime.

 

“C’est à cause de ce que la fille a dit”

 

“Ce n’est pas lui qui a commencé, c’est elle qui a dit des mots qu’il ne faut pas dire sur lui. C’est elle qui avait allumé le feu. Je suis désolé pour la famille, mais c’est à cause de ce que la fille a dit. Si elle veut dire ça, elle n’a qu’à rentrer à la maison”, a expliqué ainsi une première témoin.

“Elle lui a lancé des piques, je ne sais pas pourquoi, elle a exagéré. Il lui disait de rentrer, elle ne voulait pas”, a expliqué une autre témoin. Cette dernière a pourtant été choquée après avoir vu Reua H. mettre un violent coup de poing dans la bouche de sa conjointe, la faire chuter en la tirant par la nuque puis par les cheveux pour la ramener à la maison quand la victime s’y opposait.

“Elle avait peur d’aller chez eux et de ramasser encore des coups”, a imaginé la même témoin.

“Heureusement qu’il était là”, a expliqué, de son côté, l’organisateur du tournoi de pétanque en parlant de l’accusé qui a ainsi empêché que la victime ne continue de perturber le jeu de boules.

La plupart des témoins se souviennent exactement des insultes de la victime, mais aucun ne semble se souvenir de ce qui s’est passé ensuite, quand, une fois l’homme et la femme éloignés des terrains, dans le noir, seuls les cris de cette dernière se faisaient entendre.

“Tous ceux qui jouaient ont arrêté tellement les cris étaient choquants”, a ainsi relaté une témoin durant l’instruction. “Cela ne vous a pas gêné ?”, a demandé hier la présidente de la cour à l’organisateur du tournoi qui a raccompagné le couple à l’extérieur. “Si”, a-t-il répondu, gêné. “Et vous n’avez pas appelé les gendarmes ou les muto’i ?”, a poursuivi la magistrate. “Je n’y ai pas pensé”, a répondu l’homme en regardant ses chaussures.

 

“J’avais des bobos, j’ai dû la taper”

 

Un autre témoin a expliqué hier avoir pensé aller voir ce qu’il se passait quand il entendait “des cris comme si on la tapait, comme si elle avait mal”, mais qu’il est resté pour rassurer sa copine, choquée après avoir vu la première scène de violence.

Le mystère demeure sur les faits qui se sont ensuite déroulés. L’accusé n’en a aucun souvenir. “On dirait que le diable est entré en moi”, a-t-il relaté, reconnaissant la violence sans pouvoir expliquer comment il a pu causer ces coups mortels.

“Je crois que j’ai cogné ma femme car lorsque j’ai regardé mes mains, le lundi matin, j’avais des bobos, j’ai dû la taper”, avait-il expliqué quelques jours après les faits.

La jeune femme avait sombré dans le coma, à cause notamment d’un traumatisme crânien. Les médecins disaient alors qu’elle resterait infirme. Elle était finalement décédée au mois d’août 2015.

Le soir du drame, après avoir entendu les cris, deux jeunes hommes viendront sur les lieux et trouveront la victime inconsciente, Reua H. au-dessus d’elle la giflant comme pour la réanimer. Ce sont eux qui appelleront les pompiers et transporteront la jeune femme dans un endroit éclairé. À la fin de leur audition, la présidente les a rappelés : “Je voudrais vous féliciter. De toutes les personnes que nous avons entendues, vous êtes les seules à être intervenues.”

Un peu plus tôt dans la journée, la présidente de la cour avait déjà fait le rapprochement avec l’autre affaire de violences ayant entraîné la mort, jugée la semaine dernière et où, là aussi, “autour, les gens n’avaient pas bougé”. L’avocat de la défense, lui aussi, s’était offensé de l’impassibilité d’une témoin et demandé pourquoi elle n’était pas intervenue. “Pour que ce soit moi qui sois en prison ?”, avait-elle répondu, indignée. “Non, et la victime serait peut-être encore vivante”, a conclu l’avocat.

Le procès se termine aujourd’hui. Reua H. encourt vingt ans de réclusion criminelle. 

 

Compte rendu d’audience F.C.

 

 

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