Athlétisme/dopage: la Russie clouée au pilori, de ses athlètes jusqu’au sommet de l’Etat

    lundi 9 novembre 2015

    Le dopage dans l’athlétisme mondial a son accusé numéro un : la Russie, son gouvernement et ses athlètes ont été cloués au pilori par l’Agence mondiale antidopage (AMA), qui a réclamé lundi leur mise au ban du monde sportif dans un rapport explosif.

    Quelques mois après le football et le début du scandale à la Fifa, un nouveau séisme ébranle un autre des sports les plus populaires de la planète, l’athlétisme. Mais cette fois, l’accusé est un pays tout entier, et l’un des plus puissants du monde de surcroît.

    La Russie doit être suspendue de toute compétition en athlétisme, dont les JO-2016 de Rio, en raison de cas de dopage qui n’auraient « pas pu exister » sans l’assentiment du gouvernement, a estimé l’AMA en rendant ce rapport très attendu.

    L’AMA « n’a pas le droit de suspendre » la Russie, a rétorqué le ministre russe des Sports, Vitaly Moutko, tout en promettant de coopérer « avec n’importe quelle commission, à condition qu’elle soit impartiale ». L’Agence russe antidopage, elle aussi mise en cause, a rejeté des accusations « infondées ».

    Malgré ces protestations, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a lancé un ultimatum à la Russie: elle a jusqu’à la fin de la semaine pour répondre aux accusations, a déclaré son président, Sebastian Coe, qui tente de sauver son sport du naufrage. Faute de quoi, le pays risque une suspension provisoire, qui pourrait être prononcée avant même la prochaine réunion de l’IAAF, les 26 et 27 novembre à Monaco.

    Dans son rapport, l’Agence antidopage juge que les JO-2012 de Londres ont été « sabotés » par la présence d’athlètes dopés et recommande la suspension à vie de cinq athlètes féminines russes: la championne olympique du 800 m Maryia Savinova, la médaillée de bronze de ce même 800 m olympique Ekaterina Poistogova (également championne d’Europe en salle), Anastasiya Bazdyreva (coureuse de 800 m), Kristina Ugarova (1.500 m) et Tatjana Myazina (800 m).

    Si le document est accablant pour Moscou et ses performances en athlétisme, l’AMA précise que le « dopage organisé » concerne d’autres pays et d’autres sports, qui échappent au domaine de compétence de ce rapport.

    – Interpol et les écuries d’Augias -Signe de l’ampleur du scandale, Interpol a annoncé dans la foulée du rapport qu’il allait coordonner une enquête mondiale sur le dopage, pilotée par la France. Une opération au nom évocateur : « Augias », comme les écuries qu’avait nettoyées Hercule dans la mythologie.

    Le texte mis en ligne lundi après-midi relève « un haut niveau de collusion parmi les athlètes, les entraîneurs, les médecins, les officiels et les agences sportives pour fournir de façon systématique aux athlètes russes des produits dopants afin d’atteindre le principal objectif de l’Etat (…): produire des vainqueurs ».

    Le rapport de plus de 300 pages décrit « une culture profondément enracinée de la tricherie ».

    « La décision d’un athlète de ne pas participer (à la tricherie généralisée, ndlr) est susceptible de le priver d’entraîneurs de premier plan », insistent les auteurs, qui fustigent « une mentalité fondamentalement dévoyée, profondément inscrite chez tous les athlètes russes ».

    Il faut « résoudre ce problème qui peut détruire l’athlétisme », a martelé le Canadien Dick Pound, président de la Commission indépendante de l’AMA, lors d’une conférence de presse à Genève. C’est cette commission qui a rédigé le fameux rapport.

    La publication de ce document explosif suit de quelques jours la mise en examen de l’ancien président de l’IAAF, le Sénégalais Lamine Diack, par la justice française. Diack, à qui Coe a succédé en août dernier, est soupçonné d’avoir reçu des sommes d’argent en contrepartie de la couverture de pratiques dopantes, principalement en Russie.

    – Poutine: « Faites du sport! » -Tout est parti de reportages réalisés par la chaîne allemande ARD en décembre 2014 puis août 2015, avec des témoignages d’anciens dopés russes devenus lanceurs d’alertes. Rapidement, l’AMA a mis sur pied sa commission indépendante pour enquêter sur ces allégations.

    Parallèlement, la justice française s’est emparée de l’histoire, avec des perquisitions et des auditions qui ont abouti la semaine dernière à trois mises en examen. La première, la plus explosive, a été celle de Diack (82 ans) pour corruption passive et blanchiment aggravé.

    Les deux autres touchent des proches, son conseiller juridique sénégalais Habib Cissé ainsi que l’ancien médecin responsable de la lutte antidopage à l’IAAF, le Français Gabriel Dollé. Tous deux sont mis en examen pour corruption passive.

    Le rapport de l’AMA a provoqué la stupeur sur la planète athlétisme. « C’est bien pire que ce que j’avais imaginé », a affirmé la Britannique Paula Radcliffe, détentrice du record du monde du marathon. « Le rapport envoie un message clair à la Russie: ils ne seront pas autorisés à tromper le monde de l’athlétisme et à échapper à la justice », a espéré le patron de l’Agence américaine antidopage (USADA), Travis Tygart.

    Ironie du sort, quelques heures avant la tempête, Vladimir Poutine encourageait ses compatriotes à « faire du sport », lundi matin dans une interview télévisée. Le président russe l’assurait: « Si vous le faites d’une façon subtile, le succès viendra ».

     Agence France-Presse

    moana 2015-11-10 14:17:00
    Comment se fait il que le modérateur (s'il existe) laisse passer de tels messages?
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