Attentats: Hollande en chef de « guerre » face à une fragile unité politique

    samedi 14 novembre 2015

    François Hollande se pose en chef de guerre après les pires attentats jamais commis en France, mais il aura du mal à établir l’unité nationale de l’après-Charlie, face aux premières critiques sur la sécurité et la politique étrangère en Syrie, venues de la droite.
    Dix mois après la première vague d’attentats de janvier 2015, marquée par une unité politique – brève mais quasi-totale – et des rassemblements géants de solidarité à travers la France, le chef de l’État a conclu son allocution solennelle à l’Élysée samedi matin par un appel à « cette unité indispensable ».
    Le président s’en est pris à un « acte de guerre » commis par « l’armée terroriste » de « Daech », l’organisation État islamique (EI).
    Sur TF1 samedi soir, le Premier ministre Manuel Valls a embrayé sur ce discours martial. « Nous sommes en guerre », a-t-il affirmé, assurant que la réponse française contre l’EI, qui a revendiqué les attentats, se ferait « au même niveau que cette attaque ».
    François Hollande, qui a décidé de porter à 3.000 le nombre de renforts militaires déployés, principalement en Ile-de-France, s’est rendu au chevet de victimes samedi en fin de journée à l’hôpital Saint-Antoine.
    Il recevra Nicolas Sarkozy dimanche matin à l’Élysée, puis dans l’après-midi les responsables parlementaires des deux chambres et les chefs de partis. Avant de s’exprimer devant le Congrès à Versailles lundi, une première pour lui.
    Dans un jeu de miroirs avec son successeur, Nicolas Sarkozy a pris la parole quelques minutes seulement après François Hollande. Et a adressé un premier message politique, en exigeant des « inflexions majeures » pour que « la sécurité des Français soit pleinement assurée ».
    « Au-delà du nécessaire état d’urgence, et des contrôles aux frontières », annoncés vendredi soir par M. Hollande, « nous soutiendrons toutes les décisions qui iront dans le sens d’un renforcement drastique des mesures de sécurité qui permettront de protéger la vie de nos compatriotes », a-t-il ajouté, dans un soutien en forme d’injonction.
    A droite, François Fillon et Alain Juppé ont tous deux appelé l’exécutif à faire de l’État islamique la cible prioritaire en Syrie.
    « L’unité nationale doit se construire autour d’un consensus entre la majorité et l’opposition, autour de deux questions fondamentales: est-ce qu’on a une politique étrangère adaptée à la situation (…), deuxièmement est-ce qu’on a fait tout ce qu’il fallait pour assurer la sécurité intérieure ? A ces deux questions, ma réponse est non », a critiqué François Fillon sur TF1, demandant une « évolution » de la politique étrangère et une « opération militaire d’envergure » contre l’EI.
    Quant à Alain Juppé, il a appelé l’exécutif à abandonner sa ligne « ni Daech, ni Bachar » al-Assad, le président syrien, qu’il partageait jusqu’à présent. « Il y a des hiérarchies, il y a des priorités, il faut écraser Daech », a-t-il dit sur France 2.
    Jean-Christophe Lagarde (UDI) a lui aussi exprimé des réserves, en appelant M. Hollande à « faire réellement la guerre » contre les « barbares de Daech », et « pas seulement avec des moyens secondaires ».
     
    Critique des choix de Hollande ?
     
    Pour le politologue Jérôme Sainte-Marie (PollingVox), ces critiques devraient se faire moins discrètes cette fois-ci contre l’exécutif: après un « réflexe immédiat de solidarité de l’opinion », le président risque « un effet de retour peut-être très douloureux ».
    « Autant dans l’épisode de janvier, cela pouvait être très favorable au chef de l’État, autant là, peut-être que la répétition des choses peut provoquer une réflexion politique sur les choix élyséens, des critiques. D’une part sur l’efficacité de la prévention, l’aspect sécuritaire, mais également l’aspect diplomatique, +est-ce que les choix français en matière diplomatique sont les bons+? », estime-t-il.
    « Le choix de l’unité s’impose à tous », a estimé François Bayrou (MoDem). Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) a appelé à « refuser la division » afin de « faire échec aux objectifs des meurtriers ». 
    « La France et les Français ne sont plus en sécurité, mon devoir est de vous le dire. Et des mesures d’urgence s’imposent », a pour sa part lancé Marine Le Pen.
    « Le président de la République a annoncé l’état d’urgence et le contrôle temporaire aux frontières, c’est bien », a-t-elle salué. « Mais quoi qu’en dise l’Union européenne, il est indispensable que la France retrouve la maîtrise de ses frontières nationales définitivement », a-t-elle affirmé.
    Chez d’autres proches du FN, comme Gilbert Collard, ou de l’aile droite des Républicains comme Lionnel Luca et Nadine Morano, les attaques ont été sans retenue.
    « Compte tenu de l’impopularité du chef de l’État, de la réitération des choses, cet événement profite directement et massivement au FN », estime Jérôme Sainte-Marie, à moins d’un mois des régionales, dont la tenue a été confirmée samedi soir par M. Valls.
     
    AFP

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